
Née de la volonté de proposer une série pour enfants basée sur les valeurs culturelles africaines, Koné Alimata Salouka, scénariste et directrice de production, s’est lancée dans l’écriture du scénario de la série « Enfant abeille ». Une série en production attendue avec impatience sur les petits écrans au Burkina Faso.
Bonjour Mme Koné Alimata Salouka. Vous êtes scénariste et directrice de production sur le projet « L’Enfant abeille ». Que pouvez-vous nous dire sur ce projet ?
Il faut préciser que la série « L’Enfant abeille » est produite par la société X AERO DESIGN PRODUCTION, une société de production spécialisée dans les films d’animation.
Notre projet consiste à produire pour nos enfants des films d’animation divertissants et éducatifs adaptés à notre culture et à nos valeurs.
Les aventures de « L’Enfant abeille » sont une sorte de conte moderne inspiré du terroir, mettant en scène un jeune garçon et ses deux compagnons, dotés tous de pouvoirs exceptionnels et œuvrant pour la protection de la nature et pour la justice sociale. La série télévisuelle est un format populaire qui permet de toucher un large public, de raconter une histoire et de traiter des thèmes en plusieurs épisodes, offrant ainsi une opportunité de développement des personnages et des intrigues plus complexes.
En gros, la série « L’Enfant abeille » est une aventure épique qui suit les exploits de trois jeunes héros, Sansan, Madongui et Zézouma, qui luttent contre les forces du mal qui menacent notre environnement. Avec nos petits héros, nous plongeons dans un monde où la nature est vivante, où les animaux et les plantes peuvent communiquer avec les humains et où les méchants cherchent à exploiter et à détruire cette nature pour leur propre profit.
Quel est l’objectif visé ?
Notre objectif est de captiver le public avec une série d’actions palpitantes, mais également de lui faire prendre conscience de l’importance de la préservation de notre environnement. Nous voulons inspirer une génération de jeunes à devenir des gardiens de la nature, à prendre soin de notre planète et à lutter contre les forces destructrices qui menacent notre monde.
Quels sont les différents thèmes abordés ?
Les thèmes abordés dans la série incluent la nature, la protection de l’environnement, la diversité culturelle, l’amitié et l’entraide, la défense des faibles, la promotion de la paix, la lutte contre l’injustice, la protection de minorités telle que les albinos, les handicapés… La série transmet des messages positifs sur la préservation de l’environnement et l’importance de vivre en harmonie avec la nature en respectant les plantes, les animaux et les humains.
En outre, la série cherche à promouvoir l’ouverture d’esprit et la tolérance envers les différentes cultures et les modes de vie, ce qui est particulièrement important dans notre région où de nombreuses communautés coexistent.
Nous utilisons une animation de haute qualité pour créer un monde riche et coloré, rempli de personnages mémorables et de créatures fantastiques. La musique originale est spécialement composée pour la série et aide à renforcer l’émotion et l’excitation des spectateurs.
Qu’est-ce qui vous a motivé à écrire « l’Enfant abeille » ?
Quand j’ai commencé l’écriture des aventures de « L’Enfant abeille » il y a des années de cela, c’était juste un défi personnel : réussir à créer quelque chose qui puisse captiver les enfants et cela parce que ma fille qui débordait d’énergie ne pouvait rester tranquille que quand elle regardait « Kirikou ». J’ai fait le tour d’horizon et je me suis rendu compte que le domaine du film d’animation en général, et du film d’animation pour enfant était une forêt vierge. Encouragée par de grosses pointures comme Gaston Kabore, Stanislas Meda, feu Henri Duparc de la Côte d’Ivoire, Alassane Drabo du Mali et mes formateurs de la FEMIS (une école prestigieuse des métiers du cinéma à Paris), Emmanuel Descombes et Nadine Lamari, et sous les conseils avisés de mon formateur en films d’animation Giovanni Gascone de la RTBF, j’ai poursuivi l’écriture du scénario. Quelques années plus tard un producteur et réalisateur, Gilles Palenfo, qui caressait le même rêve, a adoré mon scénario et nous avons décidé de travailler ensemble pour le réaliser. Aujourd’hui nous nous rendons compte que notre projet dépasse nos rêves à nous deux car il incarne les aspirations de tout un peuple, de tout un continent, si on se réfère aux innombrables encouragements et félicitations que nous avons reçus sur notre page Facebook.
À quel niveau du projet êtes-vous ?
En ce moment nous sommes en pleine production de l’épisode pilote. Les décors sont faits, les personnages créés, le casting de voix réalisé. C’est le travail d’animation qui est en cours.
Combien de temps l’écriture du scénario a pris et dans combien de temps on pourra voir le dessin animé sur nos écrans ?
Comme je l’ai dit plus haut, il y a plusieurs années déjà que le scénario est écrit. Mais la vie a évolué depuis, les défis sont différents et donc un réajustement du scénario est nécessaire. Nous y travaillons épisode par épisode.
Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées dans ce projet ?
La mobilisation des moyens financiers a vraiment été un obstacle de taille sur notre parcours. Je dis a été parce que, grâce à l’engagement du ministère de la Communication, de la Culture et du Tourisme à travers les fonds du FDCT/PAIC GC financé par l’Union Européenne, nous avons reçu un financement pour l’épisode pilote et grâce à ce pilote, des partenaires se sont annoncés pour la suite de la série. Même si notre budget est loin d’être bouclé, nous avons bon espoir. Il faut aussi préciser que nous avons un accord de coproduction avec la RTB2/Hauts-Bassins, ce qui est un formidable tremplin pour notre série.
Avez-vous déjà travaillé sur des projets similaires dans le passé ?
J’ai beaucoup travaillé sur des films, des téléfilms et des séries mais « L’Enfant abeille » est mon premier projet en dessins animés. Ça ne court pas les rues, vous savez ? C’est d’ailleurs la première série du genre produite au Burkina.
Combien de personnes travaillent sur ce projet ?
Douze personnes travaillent de façon permanente sur le projet. Il y a aussi les emplois temporaires comme les voix off, la musique et quelques postes de post-production.
Avez -vous un cri du cœur ? Vous savez, les films d’animation ont la réputation d’être onéreux ; c’est vrai que ça a un certain coût, mais grâce aux nouveaux logiciels d’animation toujours plus performants et à l’intelligence artificielle, à notre engagement personnel et à celui de toute l’équipe artistique, nous avons réussi à réduire les coûts de production. C’est vous dire que le plus important pour nous est d’offrir un produit fini de qualité, innovant, captivant et inspirant pour le jeune téléspectateur. Les réactions positives partout en Afrique nous vont droit au cœur et nous motivent davantage à réussir notre pari. Les États-Unis d’Amérique ont conquis le monde avec la force des images véhiculées par leur industrie du cinéma. L’Afrique doit créer sa propre « soft power » afin d’ensemencer l’imaginaire de ses enfants pour forger leurs rêves de développement.



