GABON : Julien Soret, “Le E-Lux prouve que l’Afrique peut prendre le volant de sa transition énergétique”

À Oued Zem, au Maroc, le Directeur Général de Gesparc, filiale du groupe Sogafric, a présenté le E-Lux, un pick-up électrique taillé pour les conditions extrêmes du continent africain. Dans cet entretien exclusif, Julien Soret revient sur les ambitions de ce projet pionnier de rétrofit, les partenariats industriels, et la volonté du groupe d’ancrer la production localement, au Gabon.
prise jeune, un marché mature
Marianne Iwani : Monsieur Soret, pouvez-vous nous présenter GESPARC et son rôle au sein du groupe Sogafric ?
Gesparc est la plus jeune société du groupe Sogafric. Nous avons aujourd’hui 27 ans d’existence. Notre activité est centrée sur la location courte et longue durée ainsi que la gestion de flotte automobile, principalement pour une clientèle B2B. Nous exploitons une flotte de 1 300 véhicules, nous employons 140 personnes et nous sommes leaders sur le marché de la location au Gabon.
Le E-Lux, une réponse à un besoin de terrain
Pourquoi avoir lancé le projet E-Lux ?
Ce projet est né d’un besoin très concret, exprimé par un client pétrolier. Il souhaitait intégrer à sa flotte des pick-up 100 % électriques, capables d’évoluer exclusivement en zone off-road. L’enjeu était de leur fournir un véhicule fiable, performant et adapté à des conditions d’exploitation sévères.
Un partenariat technologique solide

Quels partenaires ont permis la réalisation de ce projet ?
Nous avons noué un partenariat stratégique avec Rev Mobilities, leader du rétrofit en France. Ce choix n’est pas un hasard. Rev a non seulement participé à la structuration de la filière rétrofit en France, mais elle regroupe également des ingénieurs issus des plus grands constructeurs automobiles mondiaux. Leur savoir-faire nous a permis de concevoir un véhicule qui dépasse les standards de développement habituels, pour répondre à un niveau d’exigence très élevé.
Un lancement au Maroc pour convaincre
Vous avez dévoilé le E-Lux au Maroc, pourquoi ce choix ?
Nous avons voulu présenter le véhicule dans un environnement de test rigoureux. Le centre UTAC de Oued Zem offrait cette opportunité, avec notamment une piste 4×4 très proche des conditions que l’on retrouve dans les zones minières ou pétrolières en Afrique. De plus, ce site est accessible pour nos invités venus du Gabon, d’autres pays africains et d’Europe.
Fidélité à l’original, puissance maîtrisée
Le E-Lux conserve-t-il les spécificités du Toyota Hilux thermique ?
Oui, c’était essentiel pour nos clients. Le E-Lux conserve la masse totale, la répartition des charges et une puissance équivalente au Hilux diesel. L’objectif est de ne pas perturber l’usage habituel, tout en éliminant les émissions polluantes.
Une technologie anti-crevaison intégrée
Votre pick-up embarque aussi une innovation en matière de pneumatique. De quoi s’agit-il ?
Effectivement, nous intégrons la technologie Wheel Secure, un système anti-crevaison et anti-sous-gonflage. Il s’agit d’un gel injecté dans le pneu qui scelle instantanément les perforations. L’utilisateur peut rouler sans même remarquer la crevaison. C’est une technologie distribuée par Gesparc et Sogafric sur le continent.
Une usine d’assemblage au Gabon
Le groupe Sogafric prévoit d’implanter une usine au Gabon. Pourquoi ?
D’abord parce que le Gabon est le berceau de notre groupe. Ensuite, pour des raisons logistiques et stratégiques : assembler sur place, c’est plus rapide et moins coûteux. Cela favorise aussi le transfert de technologie et la formation de jeunes gabonais aux métiers de demain.
Un pari sur l’autonomie énergétique
Mais l’électricité reste un défi en Afrique. Comment gérez-vous cela ?
C’est un point fondamental. Nous sélectionnons, dans un premier temps, des clients capables de produire leur propre électricité : gaz naturel, hydroélectricité, énergie de torche… À moyen terme, nous travaillons sur des solutions de recharge à base d’énergies renouvelables et de stockage. Le E-Lux n’est pas conçu pour dépendre du réseau électrique national.

Une vision environnementale engagée
Le E-Lux s’inscrit-il dans une démarche écologique plus large ?
Oui. À titre d’exemple, un Hilux thermique qui roule 30 000 km par an émet près de 3 tonnes de CO2. Avec une flotte de 100 véhicules, l’économie en émissions est massive. Par ailleurs, nous explorons aussi des modèles d’autoproduction énergétique pour nous-mêmes et nos clients. L’engagement environnemental ne vient pas de notre métier, il vient de notre conscience citoyenne.
Le leasing, une solution pour les réalités africaines
En quoi la location longue durée est-elle adaptée au contexte africain ?
Les entreprises africaines font face à une forte volatilité, notamment à cause des cours des matières premières. La location longue durée permet de dimensionner sa flotte à ses besoins réels, et de l’ajuster chaque année. C’est un modèle agile.
Une offre ciblée mais évolutive
Le E-Lux sera-t-il proposé à la location ? Et à qui s’adresse-t-il ?
Oui, c’est sa vocation première. Il est destiné aux secteurs miniers et pétroliers, dans des zones off-road très exigeantes. C’est un véhicule conçu pour résister à la chaleur, à la poussière, aux chocs extrêmes. Ce n’est pas encore un véhicule grand public, mais c’est une étape clé vers une mobilité plus durable.
Une ambition continentale
Quelles sont vos perspectives à moyen et long terme ?
À court terme, nous voulons électrifier les flottes off-road au Gabon. Mais notre ambition va au-delà : proposer le E-Lux, le rétrofit, et nos autres innovations comme Wheelsecure dans toute l’Afrique. L’Afrique peut prendre le volant de sa propre transition énergétique — et nous voulons en être un moteur.
Propos recueillis par Marianne Iwani



