Gabon : riposte à la contestation américaine sur l’interdiction d’importations de poulets de chair

À moins de quatre mois de l’entrée en vigueur de son interdiction d’importation de poulet de chair, le Gabon va répondre à une plainte américaine déposée devant l’OMC. Libreville mise sur les exceptions commerciales et la voie diplomatique pour défendre sa stratégie de souveraineté alimentaire.
Réuni le vendredi 18 septembre à Port-Gentil, capitale économique du pays, le Conseil des ministres gabonais a planché sur l’épineux dossier du poulet de chair. L’interdiction d’importation décidée en 2025 pour protéger la filière avicole locale doit entrer en vigueur le 1er janvier 2027 – et l’Exécutif doit déjà composer avec une contestation américaine portée devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Sa réponse : une stratégie mêlant exceptions commerciales et négociation diplomatique, sans renoncer à l’ambition de développer une production locale.
Une filière que Libreville veut affranchir de l’extérieur.
L’objectif affiché dès le départ était sans ambiguïté : réduire la dépendance structurelle du Gabon aux approvisionnements extérieurs, garantir un débouché protégé aux éleveurs nationaux, attirer des investisseurs et créer des emplois dans la filière avicole – le tout drapé dans le discours de la souveraineté alimentaire.
Cette ambition s’est traduite par des discussions engagées avec des groupes turcs, guinéens et espagnols, ainsi que par le lancement, en mars dernier, d’une campagne de sélection portant sur 150 fermes locales. Le ministre de l’Industrie et de la Transformation locale, Lubin Ntoutoume, s’était par ailleurs rendu début mars au Brésil, à l’occasion d’un grand salon de l’agro-industrie à Não-Me-Toque, pour tenter de nouer des partenariats stratégiques autour de la modernisation de la production avicole gabonaise.
C’est précisément ce dispositif que Washington conteste aujourd’hui devant l’OMC. Dans son communiqué final, le Conseil des ministres a pris acte de cette interpellation et annoncé l’élaboration d’une stratégie nationale reposant sur les exceptions prévues par les accords de l’organisation, ainsi que sur la voie diplomatique, afin d’éviter tout contentieux commercial et de préserver les intérêts économiques du pays.
Le choix américain de porter l’affaire devant l’OMC interroge cependant, tant les exportations de viandes et abats de volaille des États-Unis vers le Gabon restaient limitées en 2025 – environ 9 600 tonnes, loin derrière le Brésil et l’Union européenne. Washington conserve néanmoins un intérêt économique tangible dans le pays : près de 12 millions de dollars d’échanges l’an dernier, soit environ 6,8 milliards de FCFA.
Vers un bras de fer commercial ?
En l’absence de précisions sur les arguments avancés par l’administration américaine, Libreville a indiqué vouloir ouvrir des discussions bilatérales, sans exclure la possibilité d’imposer, en retour, des droits de douane sur certains produits importés des États-Unis.
L’épisode illustre une tension récurrente : celle qui oppose les logiques de libéralisation commerciale portées par l’OMC aux stratégies de protection des filières stratégiques adoptées par ses États membres. Une équation que le Gabon devra désormais résoudre à moins de cent jours de l’entrée en vigueur de sa mesure.
FATOUMATA Naida Sidibé



