Afrique du Sud : Ramaphosa appelle à l’action face à la crise migratoire

Après une vague de violences xénophobes qui a poussé plus de 176 000 étrangers à fuir le pays, le président sud-africain a plaidé pour une gestion régionale et concertée des migrations. Une sortie qui tranche avec le silence longtemps observé par Pretoria sur la question.
Au terme du 46ᵉ sommet de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), clos lundi 17 août 2026 à Durban, le président sud-africain Cyril Ramaphosa a exhorté les pays de la région à traiter ensemble les défis migratoires. Un appel lancé après une vague de manifestations hostiles aux étrangers qui a poussé plus de 176 000 d’entre eux à quitter le pays ces dernières semaines, selon un décompte de l’AFP fondé sur les données des gouvernements concernés.
Ces départs font suite à plusieurs semaines de mobilisation de groupes populistes, comme Operation Dudula et March and March, qui exigeaient le départ des migrants sans papiers avant le 30 juin. Certains étrangers sont partis volontairement, d’autres ont été expulsés ou rapatriés. Au moins quatre migrants ont été tués dans des violences, selon la police sud-africaine — un bilan que plusieurs gouvernements étrangers jugent sous-estimé.
Le Malawi, le Zimbabwe et le Mozambique figurent parmi les pays les plus touchés. En marge du sommet, environ 300 manifestants anti-immigration ont défilé jusqu’au lieu de la réunion, sous haute surveillance policière, réclamant aux États voisins de « venir chercher leurs ressortissants » et brandissant déjà une nouvelle échéance, fixée au 30 septembre.
Face à cette poussée xénophobe, Ramaphosa a choisi un ton de contrition. Lors d’une conférence en marge du sommet, il s’est dit « profondément préoccupé et honteux » que des ressortissants d’autres pays aient été victimes de discriminations et de mauvais traitements. Première puissance économique du continent, l’Afrique du Sud attire de longue date les travailleurs étrangers, mais reste confrontée à un chômage supérieur à 30 % et à de fortes inégalités, terreau des tensions. La gestion de la crise par Pretoria a d’ailleurs été critiquée par d’autres pays africains, notamment le Ghana et le Nigeria.
Désormais à la tête de la présidence tournante de la SADC pour un an, Ramaphosa veut transformer l’épisode en sursaut collectif. Il plaide pour que l’intégration régionale produise des résultats concrets, appelle les États à régler leurs différends par le dialogue et propose l’organisation d’une conférence panafricaine sur les migrations. Les dirigeants de la SADC ont soutenu cette démarche, rappelant que la gestion des migrations n’incombe pas à la seule Afrique du Sud, mais engage toute la région.
Difira Nkomo Ella



