Energie

Transition électrique : pourquoi le cuivre inquiète plus que les métaux rares ?

Le cobalt cède sa place de premier suspect. Dans son rapport publié en août 2026, le cabinet Wood Mackenzie désigne le cuivre comme le véritable verrou d’une transition électrique mondiale déjà engagée. Un basculement qui rebat les cartes pour les pays producteurs comme pour les constructeurs automobiles.

Le cabinet d’analyse dresse deux trajectoires pour les quinze prochaines années. Dans son scénario de référence, les véhicules électriques passeront de 4 % à 25 % du parc mondial de véhicules particuliers et commerciaux entre 2025 et 2040. Dans un scénario d’accélération, leur nombre en circulation à cette date serait supérieur d’environ 50 % à celui de la trajectoire centrale. Une telle croissance impose une pression inédite sur l’ensemble des chaînes d’approvisionnement, et en premier lieu sur les métaux.

C’est sur ce point que l’analyse de Wood Mackenzie opère un basculement. Pendant des années, l’attention s’est portée sur le cobalt, en raison de sa concentration géographique et de son rôle dans les batteries. Le rapport estime désormais que ce métal est moins exposé aux tensions d’approvisionnement à l’horizon 2040 : diversification des chimies de batteries, progrès du recyclage et ouverture de nouveaux projets contribuent à alléger le risque.

Wood Mackenzie chiffre précisément l’ampleur du défi : soutenir la croissance accélérée du parc électrique nécessiterait environ 45 milliards de dollars d’investissements supplémentaires dans l’approvisionnement en métaux d’ici dix ans, dont près de 25 milliards rien que pour le cuivre. Les capacités minières annuelles devraient passer d’environ 850 000 tonnes — la moyenne de long terme — à près de 960 000 tonnes d’ici 2040.

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Le problème ne tient pas seulement aux volumes, mais aussi aux délais. Le développement d’une mine de cuivre prend de longues années entre la décision d’investissement et la mise en production. Or les signaux de déficit d’offre se multiplient alors même que la demande est déjà engagée par les objectifs climatiques et industriels. Sans accélération des investissements dans l’exploration et l’extension des capacités existantes, le marché pourrait entrer en tension structurelle et freiner le rythme de déploiement des véhicules électriques.

Cette reconfiguration a des conséquences directes. Pour les constructeurs automobiles, la sécurisation de l’approvisionnement en cuivre sur le long terme devient un enjeu aussi stratégique que celui du lithium. Pour les pays producteurs, à commencer par le Chili, le Pérou, la République démocratique du Congo et la Zambie, le rôle géopolitique se renforce dans le cadre de la transition énergétique. Pour les pouvoirs publics, les politiques d’incitation à l’investissement minier deviennent un levier direct de l’atteinte des objectifs de 2040.

Le rapport d’août 2026 repositionne ainsi les priorités. Le défi de la transition électrique ne se résume plus à la question des métaux rares : il porte d’abord sur la disponibilité d’un métal industriel de base. La réussite de l’objectif de 25 % de véhicules électriques dans le parc mondial en 2040 dépendra donc autant de la capacité à extraire du cuivre que de celle à produire des batteries.

Marcelle NTONGONO

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