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Afrique du Sud : 30 juin, la date de toutes les peurs

Ce mardi 30 juin, l’Afrique du Sud s’est réveille sous tension. Plusieurs collectifs anti-immigration ont fixé cette date comme ligne rouge pour que tous les résidents étrangers sans-papiers quittent le territoire. Aucune valeur légale, mais un effet réel : écoles désertées, commerces fermés, transports en suspens. À Johannesburg comme à Durban, le mot d’ordre circule dans les rues : rester chez soi et observer.


‎Cette escalade n’est pas soudaine. Les dernières semaines ont déjà laissé des traces : quatre personnes tuées et 25 000 déplacés, en majorité des Malawites, selon le gouvernement. Devant le siège du ministère de l’Intérieur à Pretoria, des réfugiés campent depuis plus d’un mois. Selon RFI, le pasteur Raphael Bahebwa, qui coordonne le site, parle d’une résignation extrême : « On n’a plus peur de la mort. Si on meurt, au moins le monde saura ». À Durban, centre névralgique des tensions, les commerçants étrangers ont reçu l’ordre tacite de baisser rideau, par peur de contrôles musclés et de pillages.


‎Hanté par le souvenir des émeutes de juillet 2021 après l’incarcération de Jacob Zuma et leurs 350 morts, l’exécutif ne prend pas de risque. Des milliers de policiers sont déployés autour des zones sensibles. L’armée est en alerte pour prêter main-forte si nécessaire. Les autorités ont aussi activé le secteur privé : sociétés de sécurité, hélicoptères en patrouille et maillage de caméras doivent quadriller les villes. L’objectif est clair : dissuader avant que les rassemblements ne dégénèrent.


‎Le cœur du pays bat à Durban. Là, les affiches du mouvement March and March affichent « armes interdites » mais aussi « jusqu’à la victoire ». Un slogan ambigu qui inquiète. Pour éviter un embrasement en centre-ville, le ministère de l’Intérieur a déplacé son site de rapatriement volontaire, auparavant sur un parking du front de mer, à plus de 1000 km vers le nord. Les Malawites encore en attente de départ sont ainsi tenus à l’écart des manifestations prévues.


‎Au-delà des chiffres, c’est une atmosphère de traque qui s’installe. Même les étrangers en règle ferment leurs boutiques. Le risque de se faire contrôler brutalement dans la rue ou de voir son commerce visé est jugé trop élevé. Dans plusieurs quartiers de Durban, la présence étrangère se fait discrète, les rues paraissent vidées. L’incertitude pèse plus que l’ultimatum lui-même.


‎Cette journée n’a donc rien d’une date ordinaire. Entre mobilisation sécuritaire massive et peur généralisée, l’Afrique du Sud teste sa capacité à contenir une colère xénophobe sans répression excessive. Le gouvernement joue son crédit sur un pari : éviter un nouveau cycle de violence tout en rassurant une population étrangère qui ne se sent plus protégée par la loi.


‎Marcelle NTONGONO

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