Togo : RFI et France 24 suspendues pour « diffusion de fausses informations »

Le gouvernement togolais a annoncé, ce lundi 16 juin la suspension des antennes de Radio France Internationale (RFI) et de France 24 sur l’ensemble du territoire pour une durée de trois mois. Il accuse les médias français de « diffusion de fausses informations » et de « manquements répétés à la déontologie journalistique ».
Selon un communiqué du ministère togolais de la Communication et des Médias , diffusé par l’Agence Togolaise de Presse (ATP), les deux médias français auraient relayé « des reportages biaisés et mensongers » sur la situation politique et sociale au Togo, notamment en ce qui concerne les dernières manifestations de l’opposition et les allégations de répression policière.
Le gouvernement togolais reproche particulièrement à RFI un reportage du 12 juin 2025, dans lequel des militants de l’opposition affirmaient avoir été victimes d’arrestations arbitraires et de violences.
Les autorités estiment que ces informations «ne reposent sur aucune preuve tangible » et participent à une « campagne de déstabilisation ».
La mesure de suspension a été notifiée ce lundi même par la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC). Elle concerne les fréquences hertziennes de Radio France Internationale (RFI), la diffusion satellite et câble de France 24 ainsi que les flux numériques des deux médias sur le territoire togolais.
Indignation des médias et des défenseurs de la presse
Dans un communiqué conjoint, les deux médias affirment avoir « appris avec surprise la suspension sans préavis de leur diffusion ». RFI et France 24 « réaffirment leur attachement indéfectible aux principes déontologiques du journalisme, comme leur soutien à leurs équipes qui délivrent chaque jour une information rigoureuse, indépendante, vérifiée, impartiale et équilibrée dans le respect des dispositions de la convention signée entre la HAAC et France Médias Monde », conclut le texte.
La décision des autorités togolaises a provoqué des réprobations parmi les organisations internationales de défense des médias. Camille Montagu, du bureau Afrique subsaharienne de Reporters sans frontières (RSF), a parlé d’une « grave atteinte à la liberté de la presse et au droit à l’information » qui « n’effacera pas les turbulences traversées par le Togo ». Pour Yao Noël, président de l’Union des Journalistes de la Presse Libre Africaine (UJPLA), cette suspension est regrettable : « Lorsqu’un pays traverse des tensions, les journalistes deviennent les premières cibles, car les régimes répressifs refusent d’accepter la liberté de la presse », a-t-il déclaré.
Contexte politique tendu
Cette interdiction intervient dans un climat politique particulièrement tendu au Togo, où le président Faure Gnassingbé, en poste depuis 2005, fait face à une opposition qui dénonce un « verrouillage des institutions » et la mise en place d’une nouvelle Constitution « taillée sur mesure pour lui permettre de rester au pouvoir à vie ». Les récentes manifestations ont ravivé les tensions.
Roger BIÈRE



