Niger : Niamey claque la porte de la CPi

Le coup de massue est tombé sur le bureau d’Antonio Guterres le 18 juin dernier. Une lettre, une signature, une décision. Le Niger quitte la Cour pénale internationale. Le secrétaire général de l’ONU a pris acte. Le divorce est enclenché. Rendez-vous le 18 juin 2027 pour qu’il soit consommé.
L’idée traînait depuis septembre. L’Alliance des États du Sahel avait agité le spectre d’un retrait collectif. Niger, Mali, Burkina Faso : trois poings levés contre La Haye. Dans les faits, seul le Niger a sauté le pas. Bamako et Ouagadougou, pour l’heure, regardent. Niamey avance sans eux.
Dans sa lettre à l’ONU, le Niger ne mache pas ses mots. La CPI avait fait naître « de grands espoirs parmi les peuples épris de paix et de justice ». Verdict de Niamey : espoirs trahis. La Cour serait victime de « détournements et d’instrumentalisations ». Des accusations reprises par une bonne partie des 34 États africains signataires du statut de Rome, qui dénoncent depuis des années une justice à deux vitesses.
Le départ n’est pas instantané. Le droit international impose un an de préavis. Une année pendant laquelle le Niger reste tenu de coopérer avec la CPI.
La portée sera triple. Politiquement, c’est le premier État du Sahel central à acter sa rupture alors même que la région est dans le collimateur des procureurs de la CPI. Le calendrier choisi n’a rien d’un hasard. Sur le plan régional, Bamako et Ouagadougou ont désormais un précédent grandeur nature. Si le Niger traverse cette année de transition sans turbulences majeures, l’envie de suivre pourrait gagner l’Alliance. Institutionnellement, enfin, le départ pèse lourd. L’Afrique représente un tiers des membres de la Cour. Chaque chaise qui se vide à La Haye fragilise un peu plus l’assise de l’institution sur le continent.
Le calendrier est posé. Pendant 365 jours, le Niger sera encore à la table de la CPI, mais avec sa lettre de démission dans la poche. Le 18 juin 2027, la chaise sera vide. À La Haye, on compte les jours. Dans le Sahel, on compte les points. Et l’AES vient de marquer le sien.
Marcelle NTONGONO



