Genocide rwandais : Non-lieu pour Agathe Habyarimana , un revers pour l’accusation

Deux juges d’instruction parisiennes ont ordonné, mercredi 20 août 2025, un non-lieu en faveur d’Agathe Habyarimana, veuve de l’ancien président rwandais Juvénal Habyarimana, dans le cadre de l’enquête sur le génocide des Tutsis en 1994. Cette décision constitue un revers pour le Parquet national antiterroriste (Pnat), qui réclamait sa mise en examen pour « entente en vue de commettre un génocide ».
Selon les magistrates, il n’existe « pas de charges suffisantes » pour soutenir l’accusation de complicité de génocide ou de participation à une entente criminelle. Elles estiment au contraire qu’Agathe Habyarimana, âgée de 82 ans, apparaît « comme une victime » de l’attentat ayant coûté la vie à son mari et à plusieurs membres de sa famille le 6 avril 1994.
Le parquet antiterroriste fait appel
Le Pnat a annoncé jeudi 21 août son intention de faire appel de cette décision. Il justifie sa démarche par le fait qu’un recours déposé précédemment, mi-mai 2025, n’a toujours pas été examiné. Cette ordonnance de non-lieu intervient en effet après une première décision similaire rendue en mai, à laquelle le parquet avait déjà opposé un appel.
Le ministère public considère que les éléments recueillis justifient une poursuite des investigations, notamment au regard du rôle présumé d’Agathe Habyarimana au sein de l’« Akazu » , cercle restreint de pouvoir hutu accusé d’avoir orchestré le génocide.
Une enquête longue de dix-sept ans
Ouverte en 2008 suite à une plainte du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR), l’enquête visait initialement Agathe Habyarimana pour complicité de génocide et crimes contre l’humanité. Les investigations avaient été closes en 2022, avant que le Pnat ne demande de nouvelles diligences en août de la même année, puis ne requière sa mise en examen en septembre 2024.
Malgré ces demandes répétées, les juges d’instruction ont estimé à deux reprises en 2025 que les preuves rassemblées étaient insuffisantes pour engager des poursuites.
La décision des juges d’instruction, bien qu’argumentée, ne clôt probablement pas définitivement le dossier. L’appel du Pnat et le recours encore en attente d’examen laissent entrevoir la possibilité d’une reprise des investigations ou d’une instruction élargie.
Ce cas illustre les tensions entre l’exigence de preuves solides en matière de crimes internationaux et la quête de justice des victimes et de leurs représentants. La suite de la procédure judiciaire sera déterminante pour l’issue de l’une des dernières enquêtes majeures liées au génocide des Tutsis en France.
Roger BIÈRE



