InterviewPolitique

COTE D’IVOIRE : Présidentielle 2025 , « Je m’organise pour triompher», Simone Gbagbo

Dans un échange exclusif, Simone EHIVET GBAGBO dévoile ses ambitions pour la Présidentielle de 2025 : triompher, quel que soit le candidat en face. Au-delà de cette ambition, elle partage sa vision pour une Côte d’Ivoire souveraine et prospère, non sans revenir sur ses rapports avec ses compagnons de route d’hier, dont son désormais ex-mari, Laurent Gbagbo.

Ceux qui font l’Afrique : Bonjour madame. Avant d’entamer cette interview, par quel patronyme conviendrait-il de vous appeler alors que le PPACI dénonce l’usage jugé abusif du nom GBAGBO pour vous désigner ?

Simone Gbagbo : Je me suis fait appeler Simone EHIVET, le nom de mon père, et GBAGBO, le nom de mon mari, pendant près de 50 ans, et donc c’est une habitude qui est prise. On m’appelle Simone EHIVET GBAGBO, je réponds à ce nom-là. Mais si quelqu’un m’appelle Simone EHIVET, je réponds également. Je n’ai aucun problème avec ça.

Quels sont, à ce jour, vos rapports avec votre ex-époux et compagnon de lutte, M. Laurent GBAGBO ?

Je n’ai aucun rapport particulier avec M. Laurent GBAGBO.

Monsieur Laurent GBAGBO, dès son retour en terre d’Éburnie, s’est désolidarisé de certains de ses compagnons de lutte et a entrepris de dissoudre les liens matrimoniaux qui vous unissaient jusque-là. Était-ce une surprise pour vous, ou y avait-il des éléments qui présageaient ces mesures drastiques ?

En ce qui concerne la dissolution de notre mariage, il m’avait fait avertir par son avocat que lorsqu’il allait rentrer au pays, il n’allait plus venir vivre avec moi. Je n’ai pas été totalement surprise de cette décision.

Madame Simone Éhivet GBAGBO, après toutes ces années de lutte et les innombrables dommages subis pour une cause commune avec votre ex-compagnon, avez-vous le sentiment d’avoir été trahie ? Avez-vous des regrets à quelque niveau que ce soit ?

Ce qui m’est arrivé, on appelle ça les aléas de la vie. Dans la vie, vous pouvez vous entendre avec quelqu’un et puis à un autre moment, vos voix peuvent diverger. C’est ce qui s’est passé et puis on continue. On continue le chemin, c’est tout.

Vous êtes de nouveau signataire d’un accord entre des partis politiques de l’opposition et des organisations de la société civile, en faveur de la réforme du système électoral ivoirien. Que reprochez-vous à ce système électoral ?

Je fais beaucoup de reproches au système électoral ivoirien tel qu’il est bâti, et c’est la raison pour laquelle, avec d’autres partis politiques de la place, nous avons constitué un groupement pour arrêter un certain nombre de points de réforme que nous désirons voir pris par le gouvernement. Les points sont les suivants :

Premièrement, la CEI elle-même qui organise les élections. C’est une structure dans laquelle nous avons des représentants de l’État, des représentants de la société civile et des représentants des partis politiques. Et les choses sont organisées de telle façon que les représentants du parti au pouvoir deviennent facilement majoritaires dans ce système-là.

Nous proposons que dans cette structure qui organise les élections, nous n’ayons plus de représentants des partis politiques, de manière à ce que cette structure soit véritablement indépendante dans son fonctionnement, comme dans son organisation. Et nous considérons également que c’est une structure indépendante qui doit être importante au point d’être élevée au rang d’institution et non pas de structure appendice du ministère de l’Intérieur ou autre chose.

C’est le premier point. Donc, ça concerne le statut même de la CEI qui organise les élections.

Nous avons également des remarques sur la manière dont les listes électorales sont établies, sont révisées et nous souhaitons sur ce point également discuter avec les autorités et avec le pouvoir en place.

Troisième question, sur le financement des élections, nous avons des propositions à faire sur le financement même des élections dans notre pays.

Nous avons des propositions à faire également sur la manière dont les élections sont sécurisées et nous avons donc là également des propositions à faire sur la sécurisation des élections dans notre pays.

Nous avons des propositions à faire sur la communication pendant la période électorale qui devrait favoriser toutes les parties prenantes, tous les candidats aux élections présidentielles. Nous avons donc également des propositions à ce niveau-là.

Et donc, cela induit des réformes au niveau même de la Constitution. Nous avons également visé la Constitution pour que des changements surviennent, qui vont permettre à notre système électoral d’être plus équitable, d’être transparent et d’organiser des élections apaisées et non-violentes dans notre pays.

Nous avons également des propositions à faire concernant le découpage électoral. Un député, quel que soit le point du pays d’où il est originaire, doit avoir le même poids qu’un député dans n’importe quelle autre région de la Côte d’Ivoire. À ce niveau-là également, nous ne sommes pas du tout satisfaits par la manière dont le découpage électoral a été fait et nous avons des propositions, nous souhaitons discuter également de cela avec le pouvoir.

Lire Aussi:  Diplomatie : Huit ambassadeurs présentent leurs lettres de créance à Niamey

Quelques mois après la signature de cet accord de principe, quelles sont les avancées notables ?

L’accord de principe a eu lieu entre un certain nombre de partis politiques sur la question des conditions des réformes pour le système électoral. Mais le Président de la République n’a toujours pas répondu. Nous avons reçu une lettre du Ministre de l’Intérieur qui nous dit que le dialogue national a déjà été organisé lors des précédentes élections, mais qu’il reste à notre disposition pour tous les sujets que nous voulons discuter avec lui. Et c’est là-dessus que nous travaillons. Nous n’avons pas encore obtenu de rendez-vous pour démarrer une vraie discussion avec le pouvoir en place.

Que répondez-vous à ceux qui jugent ce nouveau groupe de rassemblement circonstanciel et intéressé, tout en prédisant sa dissolution imminente à l’instar des précédents ?

C’est à l’occasion des élections que des discussions et des rassemblements ont lieu qui sont des discussions circonstancielles et donc c’est normal que lorsque des élections arrivent, l’on se retrouve pour discuter de ces questions-là pour harmoniser les positions avec le pouvoir en place qui a l’autorité politique au moment où les élections se déroulent, de manière à ce que les choses s’organisent au bonheur et à l’assentiment de tout le monde. C’est normal que ces rassemblements aient lieu au moment où des élections approchent.

Vous avez milité au sein du FPI (Front Populaire Ivoirien) durant des décennies, où vous y avez été cadre et littéralement numéro deux. La fragmentation de ce parti est aujourd’hui consommée ; pouvez-vous nous dire ce qui est à l’origine de la division de ce regroupement politique ?

Le Front Populaire Ivoirien (FPI) a subi une implosion qui a scindé ce parti en trois nouvelles organisations. Mais ça, c’est le résultat de la pression des événements que nous avons vécus de 2002 jusqu’à 2010. Ça a été une pression terrible et l’implosion a été la conséquence. Nous avons perdu le pouvoir en conséquence. Nous avons implosé en conséquence mais ça, c’est la conséquence de cette grave crise. Ce qui est le résultat d’une attaque aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur du pays. Il faut en avoir bien conscience

Robert BOUGI, dans son livre « Ils savent que je sais tout », affirme que l’ex-président Laurent Gbagbo était le vainqueur de l’élection de 2010. Il y avance également que Monsieur GBAGBO aurait transféré des sommes importantes à son homologue français Jacques Chirac pour soutenir sa campagne. Le président GBAGBO était-il vraiment un chantre de l’abolition de la Françafrique ?

Dans cette question de M. Robert Bourgi, il y a trois choses importantes : La première chose, c’est que le président Gbagbo avait remporté les élections de 2010. Et je suis tout à fait d’accord avec lui, le président Gbagbo avait remporté les élections en 2010. Et il était bien placé pour le savoir. Il dit également que M. Laurent Gbagbo a transféré des sommes importantes à M. Jacques Chirac. Je n’étais pas là. Je ne peux pas dire que c’est vrai ni que c’est faux. Je reconnais qu’il était lui-même porteur de valises d’argent. Donc je le laisse complètement responsable de ce qu’il dit. Maintenant, quant à la troisième idée qu’il y a dedans, c’est la question que vous posez lorsque vous dites : est-ce que le président Gbagbo était un chantre de l’abolition de la Françafrique ? Je vous réponds que oui. Tout le combat de M. Laurent Gbagbo portait justement sur la nécessité de briser l’influence de la Françafrique dans notre pays et dans notre Afrique. Ceci dit, il y a des choses que la Françafrique oblige les dirigeants politiques à faire. Et ça, il faut que vous en ayez bien conscience. Lorsque nous avons accédé au pouvoir, il y a un vieux chef d’État africain, je ne vais pas donner le nom, qui dit : nous, à notre époque, nous étions obligés de transmettre à la France l’ordre du jour des réunions du Conseil des ministres. Et que c’est la France, c’est le gouvernement français qui nous disait quels étaient les points que nous devions retenir et dans quel sens nous devions les traiter. Donc l’Afrique, l’Afrique francophone, est passée par des choses tellement humiliantes, tellement abaissantes, qu’il faut que vous en ayez vraiment conscience et que vous compreniez que le combat contre la Françafrique, c’est un combat extrêmement nécessaire que nous devons réussir à tous les coups, que nous devons gagner à tous les coups.

Lire Aussi:  Élection du bureau du Sénat : l’UDB consolide son ancrage institutionnel

Parlons de votre actualité politique. Dans une interview accordée à Iroko Media TV, vous affirmiez que la création du MGC (Mouvement Générations Capables) répondait au besoin de parachever une vision que vous n’auriez pas eu le temps d’accomplir complètement sous la bannière du FPI (Front Populaire Ivoirien). Quelle est l’essence de cette vision ?

La vision que j’ai, que nous avions déjà en partie au Front Populaire Ivoirien, c’est de réussir à bâtir dans notre Afrique une nation vraiment indépendante, vraiment décomplexée, une nation prospère, une nation vraiment développée, et une nation vraiment souveraine. Ces points-là de la vision, nous n’avons pas réussi à tous les accomplir parce que, en réalité, nous avons maîtrisé cette nation pendant deux ans, de 2000 à 2002, après quoi la guerre s’est installée, le pays a été divisé en deux et il y a beaucoup de choses que nous n’avons pas pu faire. Nous avons commencé, par exemple, à installer dans ce pays ce que nous avons appelé la décentralisation, mais nous avons commencé la décentralisation, nous avons créé des communes dans tout le pays, mais nous n’avons pas pu mettre en œuvre cette décentralisation à cause de la guerre, à cause de la crise. Nous avions prévu, par exemple, d’organiser ce que nous avons appelé l’assurance maladie universelle, qui allait permettre de prendre en charge, de socialiser tout le coût de la santé dans notre pays, d’une part, et également de la sécurité sociale, la retraite, etc., de tout le monde dans notre pays. Nous n’avons pas pu mettre cela en œuvre également à cause de la guerre. Les textes ont été votés, l’expérimentation de base a été organisée, mais le reste n’a pas pu se faire. Et c’est là-dessus que nous continuons avec le mouvement des générations capables. Mais en plus de cela, dans cette Côte d’Ivoire d’aujourd’hui, il y a une telle déchéance de toutes les valeurs morales dans notre pays que nous avons ajouté cela comme pilier à notre action politique. Nous voulons donc obtenir, dans cette Côte d’Ivoire, une nation où la réconciliation est effectivement réalisée et où également les valeurs reprennent leur place fondamentale dans l’édification du peuple, de la société, et où la nation elle-même reconquiert son âme pour que la Côte d’Ivoire devienne totalement une nation bien intégrée et non pas un rassemblement d’ethnies qui se font la guerre de temps en temps, qui se chauffent de temps en temps. Nous voulons avoir une véritable nation bien intégrée.

Quels facteurs ont entravé l’accomplissement complet de cette vision ?

La Côte d’Ivoire s’est retrouvée en crise. Il y a eu la guerre. Donc, en parlant de facteurs, on peut citer la guerre. Mais cette guerre-là, elle a opposé la population à l’intérieur de cette nation. Des peuples du nord, des peuples du centre, des peuples de l’ouest, des peuples du sud, se sont retrouvés, s’affrontant, se confrontant et donc organisant l’insécurité totale dans ce pays. Mais il faut se poser la question de savoir pourquoi il y a eu la guerre dans cette nation. Et je voudrais attirer votre attention sur le rôle néfaste de l’impérialisme dans nos nations, qui vient, qui oppose, qui divise, qui affaiblit, qui réduit à néant tous les efforts qui sont faits et qui amènent les peuples à se retrouver à leur plus bas niveau pour pouvoir continuer de les maîtriser, pour pouvoir continuer de les contrôler. C’est ce que nous avons vécu dans notre pays.

La première Convention Ordinaire du Mouvement des Générations Capables (MGC), parti que vous présidez, se tiendra bientôt. Si vous êtes choisie pour candidater sous la bannière de votre parti, vous affronterez certainement M. Laurent Gbagbo (si réinscrit sur la liste électorale) et certains de vos anciens compagnons de lutte lors des prochaines élections présidentielles. Êtes-vous préparée à cette éventualité ?

Au moment où nous avons créé le Mouvement des Générations Capables, nous avons décidé que notre parti participerait à toutes les élections. Donc les élections présidentielles arrivent, nous désignons un candidat et nous participons aux élections présidentielles. J’ai été désignée. Si on arrive en 2025, et que je suis candidate unique, je dirais : Gloire à Dieu ; mais je ne crois pas que ce sera la situation que nous allons vivre, je suis sûre qu’il y aura d’autres candidats. Et quel que soit celui qui sera candidat ou ceux qui seront candidats, nous devrons nous organiser pour les affronter, et même pour triompher d’eux. Lorsqu’on va à des élections, c’est dans le but de gagner les élections de la bonne manière.

Lire Aussi:  Retour de la Guinée à l’OIF : « C’est le résultat d’une série d’activités, mais aussi de contacts fréquents… » ( Senkoun Sylla, Ambassadeur de Guinée en France)

Madame GBAGBO, quelle est votre botte secrète, votre astuce, pour replacer les valeurs que vous prônez au centre des relations citoyennes ?

Je ne crois pas posséder une botte secrète, ni une astuce particulière. Je pense que cette question des valeurs est tellement importante… Dans notre programme, nous prévoyons de mettre un accent particulier sur la formation, sur l’éducation, beaucoup de formation, pour obtenir la transformation de mentalité, la transformation des comportements, de manière à ce que nous ayons des citoyens vraiment assis dans l’intégrité, assis dans la crainte de Dieu, assis dans le besoin de compétences d’excellence, et assis dans la volonté d’incorruptibilité. Mais ce sont des valeurs qui sont extrêmement importantes pour nous.

Alors que les autres partis politiques mettent essentiellement l’accent sur les aspects socioéconomiques, vous semblez vous inscrire dans une dynamique sociale, civique et morale. Y a-t-il une raison particulière à cela ?

Nous avons une première considération : c’est que nous avons notre Afrique à construire, à bâtir. C’est notre responsabilité. C’est nous-mêmes qui devons construire notre Afrique. C’est nous-mêmes qui devons être donc les solutionneurs. C’est nous-mêmes qui devons apporter, trouver, inventer les réponses, les solutions à nos problèmes. Tant que nous ne faisons pas cela, nous ne serons pas capables d’être des agents inventifs, créatifs de la souveraineté, de l’unité, du développement véritable, solide de notre nation. Nous considérons donc qu’il n’y a pas de dissociation à faire entre ce qui est économique et ce qui est moral. L’un porte l’autre. C’est un être bien façonné qui peut inventer, proposer des solutions aux problèmes qui se posent dans sa société et qui peut donc trouver les réponses économiques, politiques, sociales, aux difficultés qui se présentent à sa société, à sa communauté. Voilà notre vision de la chose. C’est pour cela que nous mêlons le tout : l’économique, le social… Nous devons cesser, nous, en Afrique, d’être juste des consommateurs des solutions qui sont trouvées ailleurs, des produits qui sont inventés ailleurs, et que nous recevons, et que nous accueillons chez nous, et que nous consommons. Nous devons nous aussi, être dans la capacité de proposer au reste du monde des solutions pour tous les problèmes qui se posent aujourd’hui à la communauté mondiale.

À l’orée de la Présidentielle de 2025, le constat est frappant : ce sont les mêmes acteurs en majorité, quoique sous différentes bannières. Militez-vous en faveur du renouvellement de la classe politique ivoirienne, alors que personne ne semble prêt à passer le relais à la nouvelle génération ?

D’abord, les élections présidentielles de 2025 n’ont pas encore eu lieu. On ne sait donc pas encore qui seront les candidats. Donc il ne faut pas non plus anticiper trop tôt. Maintenant, est-ce que je milite pour le renouvellement de la classe politique ? Un ancien qui ne milite pas pour le renouvellement de la classe politique, c’est un ancien dont tout l’effort passé va sombrer dans le néant. Donc je milite pour le renouvellement de la classe politique, le passage du flambeau à la nouvelle génération et j’y travaille dès aujourd’hui, je n’attends pas les élections de 2025 pour commencer à faire leur formation, pour commencer à identifier des cadres importants qu’il faut élever au rang de personnalité politique. C’est ça le travail qu’il y a à faire. Et s’il y a des anciens qui sont dans ce mouvement-là, il faut les soutenir, il faut les accompagner. Pourvu qu’à la fin, nous obtenions des jeunes qui sont formés, qui sont diligents et qui prennent effectivement le relais.

Madame GBAGBO, quel est votre mot de fin ?

Je voudrais vous remercier et m’avoir prêté votre canal, pour parler un petit peu de mon rêve. Je voudrais vraiment vous remercier et dire que le combat que nous menons, c’est le combat pour la conquête de la souveraineté de la Côte d’Ivoire et de l’Afrique. Je souhaiterais que ce combat-là, vous le preniez vous-même à bras le corps. Que ce soit au Gabon, que ce soit en Côte d’Ivoire, que ce soit au Sénégal, que ce soit dans les pays de l’AES, nous avons un combat aujourd’hui à mener pour la souveraineté et pour l’autonomisation de nos nations et de nos peuples. Ce combat-là, nous devons le gagner ensemble.

Rédaction CQFA

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page