AGOA : Washington prolonge l’accord à 2028, mais avec des conditions

Le Sénat américain a voté la prolongation de l’AGOA jusqu’à fin 2028, offrant un répit bienvenu aux exportateurs du continent. Mais dans le même temps, Washington conditionne désormais l’accès au marché américain à un accès privilégié aux minerais critiques africains, faisant basculer ce partenariat commercial dans la géopolitique des ressources.
Après des mois d’incertitude, le Congrès américain a tranché. Le 8 août, le Sénat a adopté à 90 voix contre 6 la prolongation de l’African Growth and Opportunity Act jusqu’au 31 décembre 2028, mettant fin au risque d’expiration prévu en septembre 2025. Intégrée à un texte budgétaire, cette décision sécurise l’accès préférentiel au premier marché mondial pour des dizaines d’entreprises africaines déjà fragilisées par la pression fiscale et la concurrence internationale.
Cette prolongation s’accompagne toutefois d’un changement de paradigme majeur. L’administration américaine ne conçoit plus l’AGOA comme une aide unilatérale mais comme un accord de réciprocité. Le texte voté introduit des dispositions visant à prioriser et simplifier l’accès aux minerais critiques dans les pays bénéficiaires. Le Comité des voies et moyens justifie ce virage par un impératif stratégique : sécuriser l’approvisionnement en cobalt, lithium et terres rares indispensables à l’industrie américaine et éviter de laisser un espace que des concurrents pourraient occuper.
L’AGOA devient ainsi un instrument de politique étrangère. Les Etats-Unis veulent accroître leurs exportations agricoles et industrielles vers l’Afrique tout en garantissant leurs chaînes d’approvisionnement. Le représentant américain au commerce l’a affirmé clairement : l’AGOA du XXIe siècle doit exiger davantage des partenaires africains afin de renforcer la compétitivité des Etats-Unis. Le commerce n’est plus seulement économique, il est désormais sécuritaire.
Cette nouvelle exigence prend déjà corps sur le terrain. À Madagascar, le projet minier Vara Mada, plus important investissement privé américain du pays, est au cœur des discussions. Bloqué par des contestations locales, il a motivé en juin la visite de deux hauts responsables du Département d’Etat venus rencontrer le président, le premier ministre et le président de l’Assemblée nationale pour évoquer directement son avenir. La maison-blanche lie ouvertement la dynamique de l’AGOA à l’avancement de projets miniers stratégiques.
Le texte doit encore être promulgué, mais l’orientation est actée. L’Afrique conserve son accès au marché américain jusqu’en 2028 à condition d’accepter les nouvelles règles du jeu.
Marcelle NTONGONO



