SÉNÉGAL / SALON AFRIQUE UNIE : SEPT PREMIÈRES DAMES MOBILISÉES POUR LES FEMMES ET LA JEUNESSE

La 7ᵉ édition du Salon Afrique Unie s’est ouverte ce jeudi 15 octobre 2026 au Grand Théâtre national Doudou-Ndiaye-Rose de Dakar. Placée sous le marrainage de Marie Khone Faye, Première dame du Sénégal, cette rencontre internationale réunit sept Premières dames venues du Sénégal, du Gabon, de la République centrafricaine, de la Gambie, de la Sierra Leone, du Cap-Vert et du Burundi.
Organisé les 15 et 16 octobre autour du thème « Éducation – Formation – Emploi : relever les défis de la jeunesse africaine pour bâtir l’avenir », le Salon rassemble également des membres du gouvernement, des diplomates, des représentants d’organisations internationales, des universitaires, des entrepreneurs, des associations, des exposants et plusieurs délégations étrangères.
La cérémonie officielle a débuté par l’exécution de l’hymne national du Sénégal. Les organisatrices de cette 7ᵉ édition, Rokhaya Ndaw Diatta et Urmine Gounongbé Médénou, ont ensuite prononcé successivement leurs allocutions d’ouverture. Le directeur général du Grand Théâtre national, Serigne Fall Guèye, a également souhaité la bienvenue aux délégations, aux partenaires et aux participants.
Construire des passerelles pour la jeunesse
Première organisatrice à prendre la parole, Rokhaya Ndaw Diatta a insisté sur la nécessité de mieux accompagner les jeunes Africains, particulièrement ceux dont le parcours scolaire ne correspond pas aux modèles classiques de réussite.
Selon elle, un jeune ne doit pas être réduit à ses résultats, à l’absence d’un diplôme ou à un échec scolaire. Certains ont besoin d’une formation pratique, d’une seconde chance ou d’un accompagnement adapté pour révéler leurs capacités.
Elle a appelé à renforcer les passerelles entre l’école, la formation professionnelle, l’apprentissage, l’entrepreneuriat et l’emploi. L’objectif est de permettre à chaque jeune d’apprendre, de travailler, de rebondir et de participer pleinement au développement de son pays.
Rokhaya Ndaw Diatta a également plaidé pour une mobilisation conjointe des institutions publiques, des entreprises, des familles, des associations et de la société civile. Elle souhaite que les deux journées de travaux aboutissent à des partenariats, des formations, des emplois et des projets concrets.
Mettre en lumière « l’Afrique des solutions »
Prenant la parole à sa suite, Urmine Gounongbé Médénou a rappelé que le Salon Afrique Unie avait été initié en 2009 pour favoriser les relations entre l’Afrique, les Caraïbes et les diasporas africaines.
Au fil de ses éditions, l’événement s’est transformé en une plateforme destinée à valoriser les talents, les innovations, les réussites et les possibilités économiques du continent.
L’organisatrice a défendu l’image d’une « Afrique des solutions », capable de produire des compétences et des initiatives dans les secteurs économiques, sociaux, technologiques et culturels. Elle a toutefois relevé le manque de visibilité dont souffrent encore de nombreux porteurs de projets africains.
Le choix de Dakar pour accueillir cette 7ᵉ édition s’explique, selon elle, par la place stratégique du Sénégal dans les domaines de l’éducation, de la formation, de l’information et de l’innovation. Urmine Gounongbé Médénou a invité la jeunesse africaine à croire en ses capacités, à entreprendre et à « oser rêver plus fort ».
Femmes, sciences et transformation économique
La cérémonie a également été marquée par l’intervention de Dimitri Sanga, directeur du Bureau régional de l’UNESCO à Dakar. Il a rappelé qu’aucune transformation économique durable ne pouvait être engagée sans un investissement soutenu dans le capital humain, la production des connaissances, la recherche et l’innovation.
Le responsable de l’UNESCO a particulièrement insisté sur la participation des femmes africaines aux sciences et aux technologies. Pour lui, leur sous-représentation ne relève pas uniquement d’une question d’équité : elle affecte aussi la compétitivité des économies africaines, l’efficacité des investissements publics et la capacité d’innovation du continent.
L’UNESCO a ainsi présenté son rapport intitulé « Investir dans les femmes en sciences : impact économique des financements publics en Afrique ». Une copie du document a été officiellement remise à Marie Khone Faye, choisie comme ambassadrice de ce plaidoyer.
Des retombées économiques mesurables
La Dre Adama Sow Badji, économiste et directrice de l’Institut des politiques publiques de l’Université Cheikh-Anta-Diop de Dakar, a présenté les principaux résultats du rapport.
L’étude porte sur six pays : le Sénégal, le Togo, la Mauritanie, le Cameroun, la République centrafricaine et l’Ouganda. Elle évalue les effets que pourrait produire une augmentation des investissements publics destinés à favoriser la participation des femmes à l’enseignement supérieur scientifique et à la recherche.
Selon les données présentées, une telle politique pourrait entraîner une augmentation de la richesse nationale estimée à 12,91 % en Ouganda, 10,86 % au Togo et 5,83 % au Sénégal. Des effets plus modérés, mais positifs, sont également projetés en Mauritanie, au Cameroun et en République centrafricaine.
Ces données constituent des projections réalisées à partir d’un scénario d’investissement. Elles ne correspondent donc pas à des taux de croissance déjà enregistrés.
Parmi les recommandations figurent la création de bourses, l’amélioration des infrastructures universitaires, la mise en place de services de garde pour les étudiantes et les chercheuses ayant des enfants, la lutte contre le harcèlement, la promotion de modèles féminins et la création de fonds destinés aux entreprises technologiques fondées par des femmes.
Un message de responsabilité adressé à la jeunesse
La professeure Amsatou Sow Sidibé, présidente de la Commission nationale des droits de l’Homme du Sénégal, a articulé son intervention autour de trois principes : le savoir, le savoir-faire et le savoir-être.
Elle a encouragé les jeunes à rechercher constamment la connaissance, à développer leurs compétences, leur créativité et leur esprit critique. Elle les a également invités à cultiver la dignité, l’humilité, l’éthique, la citoyenneté et le respect des autres.
Évoquant les défis auxquels le continent est confronté, elle a appelé la jeunesse à rejeter la corruption, les discours haineux, le mimétisme aveugle et les atteintes à la règle de droit. Elle a également insisté sur la connaissance de l’histoire et du patrimoine africains comme fondement de l’estime de soi.
Leadership féminin et coopération internationale
Naïma Ben Mlouka, représentante d’IHM International/IHM Africa, a défendu le leadership féminin comme un facteur déterminant du développement économique et social.
Elle a appelé à renforcer les relations entre les institutions, les universités, les entrepreneurs, les experts et les acteurs du changement. Pour elle, cette rencontre ne doit pas rester un rendez-vous ponctuel, mais devenir le point de départ de nouvelles collaborations et de partenariats durables.
Mary Thomas, ancienne responsable des systèmes d’information au département américain de l’Agriculture, a présenté son parcours dans les technologies de l’information et ses activités actuelles dans la philanthropie, le mentorat, l’accompagnement des jeunes entreprises et le partage de connaissances.
Une représentante d’Alpha Aviation, Vanessa Bouchereau a, pour sa part, proposé le développement de formations dans les métiers aéronautiques et spatiaux. Elle a notamment présenté la certification de télépilote de drone comme une porte d’entrée vers les professions de l’aviation civile, particulièrement pour les femmes.
Distinction et bourses d’études
La cérémonie a aussi été marquée par la remise à Marie Khone Faye d’une distinction de « Messagère de la paix », présentée par Jean-Luc Pradier au nom de la Jackson Family Foundation Group.
Des bourses d’études offertes par un établissement privé béninois de formation technique, professionnelle et d’apprentissage ont également été remises symboliquement à la Première dame du Sénégal. Elles doivent permettre à des jeunes de suivre des formations qualifiantes.
Daara J Family pour conclure la cérémonie
La séquence institutionnelle s’est achevée par une prestation de Daara J Family. Le groupe sénégalais de rap, porté par Faada Freddy et Ndongo D, a apporté une note musicale à la cérémonie en célébrant, à travers son répertoire, la jeunesse, la culture, l’identité africaine et l’unité du continent.
Cette prestation a marqué la fin de la cérémonie officielle d’ouverture, avant la poursuite des panels, des rencontres professionnelles et des différentes activités programmées pendant les deux jours du Salon.
Dakar se positionne ainsi comme un carrefour du dialogue entre l’Afrique, ses diasporas et les Caraïbes. Au-delà des déclarations, le défi sera désormais de transformer les engagements pris en formations, en financements, en emplois et en partenariats concrets au bénéfice des femmes et de la jeunesse africaine.
Marianne IWANI



