Culture

Gabon : Ouverture de la Fête des cultures avec Dakar en invité d’honneur

Née d’un constat de fracture identitaire, la Fête des cultures s’est imposée en quinze ans comme un instrument de cohésion nationale et de diplomatie culturelle. Libreville accueille sa 15ᵉ édition, avec le Sénégal comme invité d’honneur.

La 15ᵉ édition de la Fête des cultures s’est ouverte ce vendredi 21 août à Libreville pour trois jours de célébrations. Initié par Paul Mba Abessolo, alors maire de la capitale, l’événement bénéficie cette année du soutien du ministère de la Culture, dirigé par Paul Ulrich Kessany. Durant trois jours, la ville met en lumière la diversité culturelle gabonaise : arts de scène, gastronomie, artisanat, arts oratoires. Invité d’honneur, le Sénégal est représenté par des commerçants et artisans venus présenter le savoir-faire Made in Sénégal, aux côtés de créateurs gabonais, notamment des tisserands de raphia.

Dans son discours d’ouverture, le ministre de la Culture a présenté la diversité culturelle comme un facteur d’équilibre entre les peuples, plutôt qu’une source de division. Il a salué la présence de Salif Traoré, dit Asalfo, président de la Fondation Magic System et commissaire général du FEMUA (Festival des musiques urbaines d’Anoumabo), en Côte d’Ivoire. Pour rappel, c’est Asalfo qui avait transmis au chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguéma, l’invitation ayant permis au Gabon d’être pays invité d’honneur au FEMUA 2026 à Abidjan. Une expérience qui, selon le ministre, a confirmé le potentiel diplomatique de la culture gabonaise à l’échelle continentale.

Ulrich Kessany a également remercié la mairie de Libreville, à l’origine du projet, ainsi que les artistes, artisans et partenaires ayant contribué à cette édition. Il a salué le rôle du professeur Boulengui Boukoubou, artisan historique de la manifestation aux côtés de Paul Mba Abessolo, avant de rendre hommage à Pierre-Claver Akendengué, présent pour la première fois sur la scène de la Fête des cultures.

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Aux origines d’un rendez-vous

Initiateur de l’événement, Paul Mba Abessolo est revenu sur la genèse de la Fête des cultures. Il a d’abord salué, dans leurs langues respectives, les différentes communautés locales présentes, ainsi que les invités sénégalais, juifs, espagnols, italiens et arabes. Il a rappelé la distinction entre « fête de la culture », au singulier, et « fête des cultures », terme retenu pour refléter la pluralité des expressions culturelles gabonaises, estimées à une quarantaine à travers le pays.

Selon lui, la manifestation répond à un repli identitaire observé dans les provinces, parfois même au sein des communautés elles‑mêmes. Une fragmentation susceptible, dit-il, d’affaiblir la notion de nation. Il a insisté sur la nécessité de dépasser les préjugés pour permettre aux Gabonais de se rencontrer et d’assumer leurs différences.

Le Sénégal met en avant son savoir-faire

Commerçante installée au Gabon, Sokhna Ndiaye a représenté le Sénégal, invité d’honneur de cette édition, et exprimé sa fierté d’y être associée. Pape Sow a présenté le concept Made in Senegal : produits artisanaux fabriqués à la main, habits traditionnels, objets de décoration. Il a remercié les autorités gabonaises, notamment le président de la République, pour ce choix, et annoncé d’autres surprises pour les deux jours restants.

Le raphia, un savoir-faire ancestral

Sur le site, les visiteurs ont pu observer des artisans gabonais au travail, à l’image de Kousoudji Orlay, maître tisserand originaire du village Gona, dans l’Ogooué-Lolo. Il a détaillé les étapes de confection d’un pagne en raffia : récolte de la feuille sur un palmier mâle ou femelle, décortication au village, séchage, traitement, puis tissage. Un travail exigeant courage et patience. Deux types de fibres entrent dans la confection des pagnes : la fibre mâle, horizontale, et la fibre femelle, verticale. Les prix varient de 7 000 FCFA pour un modèle simple à 10 000 FCFA pour un pagne coloré, et jusqu’à 12 000 FCFA pour un pagne entièrement blanc (le plus onéreux, en raison de son usage pour des questions spirituelles). Hérité des ancêtres, le pagne blanc accompagne des événements tels que la naissance de jumeaux ou certaines volontés funéraires, tandis que les pagnes colorés relèvent d’un usage vestimentaire courant.

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Un regard critique

Présent sur place, Stéphane Foudou a livré une lecture plus critique de l’événement. Tout en saluant le principe de la Fête des cultures, il a déploré un manque de sensibilisation du public gabonais à des notions élémentaires de géographie administrative, comme le nombre de provinces. Il a également jugé trop élevés les prix de la restauration proposée sur place. La viande de gazelle, vendue autour de 5 000 FCFA, lui paraît inaccessible pour une manifestation censée valoriser l’alimentation locale. Une nourriture traditionnelle plus abordable inciterait davantage, estime-t-il, les Gabonais à se tourner vers une alimentation locale, qu’il associe à un meilleur état de santé comparé aux produits importés et transformés.

FATOUMATA Naïda Sidibé

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