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Violences xénophobes en Afrique du Sud : Vers une crise régionale ?

Dans une nouvelle flambée de violences, des manifestations anti-immigration se multiplient depuis fin mars 2026 dans plusieurs villes sud-africaines, poussant des pays comme le Nigeria et le Ghana à réagir diplomatiquement et à organiser des rapatriements d’urgence.

‎ Des violences parfois meurtrières

‎Au moins sept personnes ont trouvé la mort dans cette nouvelle vague d’attaques qui ciblent quasi exclusivement les migrants noirs originaires d’autres pays africains. Les scènes de pillages et d’intimidations filmées et relayées sur les réseaux sociaux, dont l’authenticité est régulièrement débattue, ont jeté une lumière crue sur la montée des tensions.

‎Le gouvernement sud-africain a d’ailleurs dénoncé la circulation de fausses vidéos et images, qualifiées de « tentatives de nuire à la réputation de l’Afrique du Sud ».


Une hostilité portée par des mouvements structurés


‎Derrière cette escalade se trouvent deux groupes anti-immigration bien identifiés : Operation Dudula et March and March. Tous deux dénoncent l’immigration clandestine, qu’ils accusent d’aggraver le chômage et l’insécurité.

‎La Cour suprême de Gauteng avait pourtant ordonné en novembre 2025 à Operation Dudula de cesser de bloquer l’accès des étrangers aux hôpitaux et aux écoles, et de mettre fin aux actes d’intimidation.

‎« La xénophobie est une des plus grandes menaces pour la démocratie », avait alors déclaré le juge Stuart Wilson, jugeant ces agissements« simplement une autre forme de racisme ». Malgré ces injonctions, les actions de groupes vigilantes n’ont cessé, notamment dans les townships et les quartiers défavorisés, là où la cohabitation est la plus difficile.


‎Pour nombre d’analystes, ces violences s’enracinent dans un terreau social explosif. Le chômage frôle les 32 % en Afrique du Sud, et dépasse les 60 % chez les jeunes. Dans les quartiers populaires, les migrants sont perçus comme des concurrents déloyaux sur un marché du travail déjà saturé. Les spaza shops, ces petits commerces de quartier, souvent tenus par des ressortissants somaliens ou éthiopiens, suscitent des jalousies, et les travailleurs zimbabwéens ou mozambicains sont accusés par certains Sud-Africains de brader leurs prix et de détruire les grilles salariales locales.


‎Cette réalité économique est attisée par des entrepreneurs politiques qui n’hésitent pas à agiter la peur de « l’étranger voleur d’emplois » pour asseoir leur popularité à l’approche des élections locales de 2026.


‎ Réactions diplomatiques en chaîne


‎Face à la multiplication
‎des incidents, les réactions des pays voisins et des partenaires continentaux sont vives. Le Nigeria a convoqué le haut-commissaire sud-africain et crée un programme de rapatriement volontaire. Plusieurs parlementaires nigérians vont plus loin, réclamant des sanctions économiques contre l’Afrique du Sud.


‎De son côté, le Ghana a convoqué le diplomate sud-africain après des cas d’intimidations de ses ressortissants.

‎À l’échelle continentale, le secrétaire général des Nations unies s’est dit profondément préoccupé par ces attaques, rappelant que « la violence, le vigilantisme et toute forme d’incitation à la haine n’ont pas leur place dans une société démocratique ».


‎Pretoria se défend


‎Selon le porte-parole de la présidence, Vincent Magwenya, les violences seraient plutôt liées à des problématiques de criminalité et à la lutte contre l’immigration illégale. Le président Cyril Ramaphosa, tout en condamnant les actes violents, a préféré appeler au dialogue et rappeler la solidarité qui doit unir les nations du continent.

‎La menace de représailles économiques, bien qu’encore hypothétique, plane désormais sur les relations régionales.



‎Roger BIÈRE 

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