Économie

Fin de l’AGOA : L’Afrique entre incertitudes et opportunités

La décision des États-Unis de ne pas renouveler l’African Growth and Opportunity Act (AGOA), en vigueur depuis 2000, plonge l’Afrique dans une zone d’incertitude économique majeure. Cet accord avait permis à 37 pays africains d’exporter sans droits de douane vers le marché américain, stimulant des secteurs clés comme le textile, l’agro-industrie et les ressources naturelles. 

‎Depuis son entrée en vigueur, l’AGOA a profondément transformé les économies africaines. Au Kenya, par exemple, les exportations textiles vers les États-Unis sont passées de 50 millions de dollars en 2000 à près de 500 millions en 2024, soit une multiplication par dix. À l’échelle du continent, les exportations couvertes par l’AGOA représentaient environ 10 milliards de dollars en 2023, d’après la CNUCED. La fin de ce dispositif menace donc directement des centaines de milliers d’emplois, en particulier dans les pays les plus dépendants du textile comme le Kenya, le Lesotho ou l’Éthiopie.


‎Cette décision américaine s’explique par plusieurs facteurs. Washington cherche à recentrer sa stratégie commerciale sur des accords bilatéraux plus ciblés, tout en faisant face à la montée en puissance de la Chine, devenue le premier partenaire commercial de l’Afrique avec plus de 282 milliards de dollars d’échanges en 2022. Elle traduit également une volonté de rééquilibrer les relations commerciales dans un contexte de concurrence mondiale accrue. 


‎Face à cette situation, les réactions africaines se multiplient. Le président kényan William Ruto a engagé plusieurs discussions avec des officiels américains afin de sauver l’accord ou de négocier un dispositif alternatif. D’autres dirigeants plaident pour une accélération de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF), qui pourrait compenser partiellement la perte du marché américain.  Cette solution mise sur le développement du marché intérieur africain, en renforçant les chaînes de valeur locales et en réduisant la dépendance aux préférences commerciales extérieures. 


‎Une autre piste pourrait être le renforcement des partenariats, notamment avec la Chine, l’Inde, l’Union européenne ou encore les pays du Golfe.



‎La transition s’annonce néanmoins difficile pour les secteurs les plus dépendants de l’AGOA. Les prochains mois seront déterminants pour l’avenir économique de ces secteurs et la capacité de l’Afrique à se repositionner dans le commerce mondial.


‎Roger BIÈRE
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