Cameroun : Paul Biya officialise sa candidature pour un huitième mandat

Le suspense est levé. Ce dimanche soir, le président Paul Biya a officiellement annoncé sa candidature pour un huitième mandat à la tête du Cameroun, à l’occasion de l’élection présidentielle prévue le 12 octobre prochain. Dans un message publié sur son compte X (anciennement Twitter), le chef de l’État, âgé de 92 ans, a déclaré répondre « une fois de plus à l’appel du peuple camerounais ».
Depuis plusieurs semaines, l’hypothèse d’une nouvelle candidature de Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, alimentait débats et tensions au sein de la classe politique. La confirmation intervient après des signaux contradictoires émanant même de son propre camp. Jacques Fame Ndongo, porte-parole du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), avait évoqué cette possibilité dès le début de la semaine, sans toutefois obtenir de validation immédiate de l’intéressé.
Dans son communiqué, le président Biya a assuré que sa « détermination à servir le peuple est à la mesure de l’acuité des défis auxquels nous sommes confrontés ». Un discours volontariste, alors que le Cameroun fait face à des crises sécuritaires, économiques et sociales persistantes.
Un paysage politique en mutation
Cette annonce survient dans un contexte de fractures au sein même de la majorité présidentielle. Plusieurs figures historiques, jusqu’alors alliées de Paul Biya, ont récemment pris leurs distances. Issa Tchiroma Bakary, ancien ministre de l’Emploi, a quitté le gouvernement avant d’annoncer sa candidature sous la bannière de son parti, le Front national pour le salut du Cameroun (FNSC). Autre défection notable : Bello Bouba Maïgari, ministre d’État et leader de l’UNDP, un parti allié au RDPC depuis près de trois décennies. L’ancien Premier ministre a lui aussi officialisé sa candidature, marquant une rupture inédite avec le camp présidentiel.
Un règne sans équivalent en Afrique
Avec près de 43 ans de pouvoir, Paul Biya est aujourd’hui le doyen des chefs d’État en exercice sur le continent africain. Son portrait, dressé en 2022 par plusieurs médias, rappelait qu’une génération entière de Camerounais n’a connu que lui à la tête du pays. Si ses partisans mettent en avant sa « stabilité » et son « expérience », ses détracteurs dénoncent un pouvoir vieillissant, en décalage avec les aspirations d’une jeunesse en quête de renouveau. La question de son état de santé, souvent objet de rumeurs, reste également un sujet sensible.
A moins de quatre mois du scrutin, l’annonce de Paul Biya relance les conjectures sur les dynamiques électorales à venir. L’opposition, fragmentée, tente de se structurer face à un RDPC qui conserve une machine électorale bien huilée. Les observateurs s’interrogent également sur le degré de compétitivité du scrutin, dans un pays où les élections sont régulièrement contestées.
Roger BIÈRE



