INCIVISME ROUTIER AU BURKINA FASO : Des contrevenants au code de la route soumis à des travaux d’intérêt public

Dans le cadre de la mise en œuvre de la mesure portant travaux d’intérêt général adopté par le gouvernement burkinabè, les contrevenants au code de la route sont désormais soumis à des travaux d’intérêt public. Cette initiative, appliquée sur toute l’étendue du territoire national, vise à lutter efficacement contre l’incivisme routier, qui constitue un véritable danger pour la sécurité routière des populations. Nous vous proposons un zoom sur cette situation qui prévaut dorénavant au pays des hommes intègres.

Au Burkina Faso, déjà en février 2025, le pays a enregistré 1 120 accidents, ayant causé 64 décès et 513 blessés, selon le ministère de la sécurité. L’incivisme routier, défini comme l’ensemble des comportements contraires aux règles de circulation, continue de compromettre la sécurité publique. Ces comportements incluent notamment le non-respect du code de la route, les dépassements dangereux, le stationnement illicite, l’usage du téléphone au volant, l’excès de vitesse ou encore la conduite en état d’ivresse. Les villes les plus touchées par ces accidents sont Ouagadougou avec 589 accidents recensés, Kaya avec 65 cas d’accidents, et Bobo-Dioulasso qui a enregistré 63 accidents. (Imprudence et excès de vitesse). Il est à retenir que près de 90% des accidents sont dus à des comportements humains (négligence, inattention, infractions au code de la route).
Face à ce bilan, le ministère de la sécurité appelle à une prise de conscience collective et à un strict respect du code de la route pour réduire ces drames évitables. C’est d’ailleurs dans cette dynamique de sensibilisation qu’il a été initié l’interpellation des contrevenants à la circulation routière et leur soumission aux travaux d’intérêt public.
À Ouagadougou dans la capitale burkinabè, tout comme dans plusieurs autres villes du pays, ils sont nombreux ces usagers de la route qui se font prendre par la police, pour non respect du code de la route. Les infractions ciblées sont diverses. Nous avons entre autres la vitesse excessive, les surcharges de véhicules, les remorquages non autorisés, les acrobaties sur la voie publique, les sens interdits, le non respect des heures de pointe, le transport des personnes par les tricycles, ainsi que toute autre forme de non-respect du code de la route.
Les personnes appréhendées par les services de police sont désormais sanctionnées au-delà des amendes. Il s’agit pour elles s d’exécuter des travaux utiles à la collectivité comme le nettoyage des espaces publics, le désherbage, les travaux de réfection des voiries et de pose de pavés, le curage de caniveaux, etc. « Il ne s’agit pas de punir pour punir, mais de faire prendre conscience à chacun des conséquences de ses actes. Le respect du code de la route n’est pas une option, c’est un devoir civique », déclare un des responsables de la police nationale.
Une vague d’interpellations sur le civisme routier dans plusieurs villes burkinabè
A travers cette mesure et ces actions d’interpellation à l’endroit des contrevenants à la circulation routière, l’État burkinabè envoie un message fort au public burkinabè. C’est celui du civisme routier ou du respect du code de la route. Il invite par ailleurs chaque usager à adopter une conduite responsable afin de préserver les vies et assurer une circulation harmonieuse dans les villes.

A cet effet, outre la capitale Ouagadougou où des centaines de personnes se font appréhender au quotidien, environ 165 personnes ont été interpellées par le Commissariat central de Police de la ville de Dédougou et soumises aux travaux d’intérêt général à Dédougou, à l’ouest du pays, le 8 mai 2025. Dans le cadre de cette mission effectuée, plus d’une centaine de motos, de tricycles, de bicyclettes et un camion ont été saisis. Pendant ce temps, à Bobo-Dioulasso, la capitale économique du Burkina Faso, plus de 300 personnes ont été interpellées le mardi 6 mai pour diverses infractions au code de la route, puis soumises à des travaux d’intérêt commun. Les infractions constatées incluent principalement le non-respect des feux tricolores, les acrobaties sur la voie publique et le non-respect des panneaux de signalisation, notamment les panneaux « stop ».
Cette opération a été menée conjointement par les Forces de défense et de sécurité (FDS), dans le cadre de la lutte contre l’incivisme routier dans la cité de Sya. Depuis le lancement de l’opération à Bobo-Dioulasso, environ 500 mètres de caniveaux ont été curés par les contrevenants, sous un soleil accablant.
A Fada N’Gourma (chef-lieu de la région de l’Est), c’est plus de 125 motos de contrevenants au code de la route qui ont été saisies par le Commissariat central de police, dans la matinée du dimanche 4 mai 2025, dans le cadre de cette lutte contre l’insécurité routière. Ce jour-là, en seulement une heure de contrôle, 125 motos (y compris des tricycles) et bicyclettes ont été saisies pour diverses infractions au code de la route : non-respect des feux tricolores, des panneaux “Stop”, et du sens giratoire des ronds-points.
Selon le capitaine Séni Rouamba, commandant du corps urbain du Commissariat central de la ville de Fada N’Gourma, cette opération vise à renforcer la sécurité sur les axes les plus fréquentés de la ville et à sensibiliser les usagers aux bonnes pratiques de conduite sur la route. « Une vingtaine d’éléments de la Compagnie Républicaine de Sécurité (CRS) et du Commissariat Central de Police se sont positionnés au niveau de quatre carrefours. Et en seulement une heure, le bilan fait ressortir que 124 motocyclistes, 13 bicyclettes et 3 tricycles ont été saisis pour non-respect du code de la route », explique le capitaine Rouamba.
Les contrevenants ont donc été soumis à des travaux d’intérêt commun, notamment au niveau du Centre médical de Fada 1 et au Centre sanitaire de promotion social du secteur 2. Selon lui, « c’est une première sortie dans la ville de Fada, et nous comptons multiplier ce genre d’opération. Nous ne pouvons pas avancer dans la lutte contre l’insécurité dans le désordre. C’est pourquoi nous appelons les populations à plus de civisme, et de respect du code de la route, pour éviter au maximum les accidents de circulation », a laissé entendre le capitaine Séni Rouamba.
Cette fois-ci à Koudougou dans la région du Centre-ouest, 68 usagers indélicats ont été interpellés et mobilisés pour des travaux d’intérêt général le 28 avril dernier. En effet, dans le cadre du renforcement des actions de sécurité routière et de sensibilisation des usagers, la Direction régionale de la Police nationale du Centre-Ouest a conduit dans la journée du lundi 28 avril 2025, une opération de contrôle routier sur plusieurs axes stratégiques de la ville. Cette sortie a permis l’interpellation de soixante-huit (68) usagers de la route, dont 58 motocyclistes et 8 cyclistes, principalement pour non-respect des feux tricolores, une infraction récurrente qui met en danger tous les usagers.
En réponse aux infractions commises, les personnes interpellées ont été conduites à la Direction Régionale de la Police Nationale du Centre-ouest pour une séance de sensibilisation aux règles de circulation et aux valeurs citoyennes et patriotiques. Ensuite, sous la supervision du service d’hygiène de la mairie, elles ont été mobilisées pour divers travaux comme le nettoyage des alentours de la mairie, du palais de justice, de la cour du Haut-Commissariat du Boulkiemdé, ainsi que le nettoyage de caniveaux le long de la route nationale 14. Selon le Lieutenant de Police Yamyaogo, Chef du Service régional de la circulation et de la sécurité routière, ces actions s’inscrivent dans une stratégie durable de lutte contre l’indiscipline sur la voie publique.

Ce même jour dans la ville de Tenkodogo, ce sont 154 usagers de la route en infraction qui ont été soumis à des travaux d’intérêt commun, suite à une opération de contrôle menée par les services de police. Cette opération, d’une durée d’environ deux heures, a permis d’interpeller 154 personnes coupables d’infractions liées au non-respect des feux tricolores et des panneaux de signalisation.
Les contrevenants ont été soumis à des travaux d’intérêt général, visant à assainir la ville tout en contribuant à discipliner les autres usagers de la route. A en croire le commissaire central Mohamed Sawadogo, l’opération a concerné principalement des jeunes, des femmes et des adultes. Selon lui, cette situation montre que « de nombreux usagers de la route ne respectent pas le code de la route ». Il indique que « l’opération de ce matin, qui n’a duré que deux heures, a permis d’interpeller 154 personnes, lesquelles seront soumises à des travaux d’intérêt général tels que le curage des caniveaux ou le nettoyage des espaces publics ». Le commissaire Sawadogo a saisi l’occasion pour inviter la population de Tenkodogo au respect des feux tricolores, des panneaux de signalisation et, plus largement, du code de la route, afin de réduire les cas d’accidents.
Quand les contrevenants se retrouvent entre sanction et service d’intérêt général
Cette stratégie d’interpellation des usagers pour exécuter des travaux d’intérêt général est saluée par certains contrevenants. Ils espèrent que cette initiative permettra de dissuader les comportements dangereux et contribuera à restaurer l’ordre et la sécurité sur les routes. Les contrevenants, sont issus de diverses couches socio-professionnelles, allant de commerçants, des ouvriers, des élèves, des étudiants, en passant par des artisans et des ménagères, reconnaissent leur tort et s’engagent à ne plus répéter leurs infractions et surtout à sensibiliser autour d’eux au respect du code de la route.
Parmi eux, Jeta Chérifa Camara, une élève sanctionnée pour avoir brûlé un feu rouge, témoigne de la rigueur de la sanction : « C’est dur. Je suis vraiment fatiguée. Je ne vous conseille pas de brûler un feu rouge », confie-t-elle, tout en ayant l’air épuisée. Elle appelle par ailleurs ses camarades, à faire preuve de civisme dans la circulation. « Respectez les feux tricolores. Ce n’est vraiment pas une bonne idée de les brûler. Pour avoir refusé de m’arrêter, ne serait-ce qu’une minute, me voilà contrainte de faire une journée de travail d’intérêt commun », conseille-t-elle. C’est le même son de cloche qui est donné par Dolebezanga Ibrahim, un habitant de Tenkodogo, dans la région du Centre-est. « Je reconnais avoir brûlé les feux de signalisation. Nous avons été interpellés et soumis à des travaux d’intérêt commun sur le terrain. Je pense que la mesure est très bonne, car elle va nous permettre de changer de comportement et de réduire les accidents », a-t-il témoigné.
Idrissa Compaoré, la trentaine bien sonnée, fait partie du groupe des interpellés l’opération de contrôle routier du 3 au 4 avril dernier dans la capitale Ouagadougou. Il confie avoir eu peur lors de leur interpellation avant de se ressaisir lorsqu’ils ont été embarqués et conduits sur le chantier du mémorial Thomas Sankara pour des travaux d’aménagement des voiries. « Au début, nous croyons que les policiers voulaient nous enfermer. Mais comme c’était pour faire des travaux, nous apprécions beaucoup cela. Car cela nous permet aussi de participer à la construction du pays, mais aussi de ne plus enfreindre aux règles de conduite dans la circulation routière », raconte Idrissa.
Au sortir de ces opérations, les fautifs ont reconnu leurs erreurs, salué l’initiative éducative et exprimé leur volonté de respecter désormais les règles de la circulation. Après ls travaux, les usagers interpellés bénéficient d’une sensibilisation sur le civisme routier, mais chacun doit aussi s’acquitter de la contravention avant de récupérer son engin roulant. L’objectif de ces actions est d’amener les citoyens au respect strict des règles de la circulation routière. « Le message que nous avons à donner c’est d’inviter tout un chacun dans tous les domaines d’activités et dans toutes les actions que le burkinabè aura à mener, c’est de réellement s’imposer une discipline », précise Issouf Ouattara, Directeur général adjoint de la Police municipale. Il est aussi à noter que ces opérations de contrôle routier entrent dans le cadre des journées d’engagement patriotique, voulues par les plus hautes autorités gouvernementales burkinabè.
Jacques Compaoré



