InterviewPolitique

GABON : TAMARA MEGNIER-MBO, Une voix engagée entre le Gabon et la France pour la 5e République.

TAMARA , juriste et chef d’entreprise, incarne un parcours riche en expériences entre le Gabon et la France. Militante des droits humains et spécialiste en diplomatie et communication institutionnelle, elle livre une réflexion profonde sur son engagement, son parcours et sa vision du « Nouveau Gabon ». Dans cet entretien, elle partage son analyse sur la diaspora, la transition politique et l’avenir du pays, avec une sincérité qui captive.

Madame MEGNIER-MBO, votre parcours est marqué par des allers-retours entre le Gabon et la France. De votre enfance à Libreville jusqu’à votre bourse d’excellence pour vos études supérieures, comment ces expériences ont-elles façonné votre identité et vos ambitions ?

    Cette question, d’une rare profondeur, m’invite à une introspection sincère. Mon parcours est façonné par des expériences marquantes, des identités plurielles et des ambitions assumées. L’humanité, l’authenticité et les valeurs sont pour moi des repères essentiels, souvent négligés dans notre société contemporaine. La perte prématurée de ma sœur fut une leçon d’humilité et d’amour, m’enseignant la fragilité de la vie et l’importance d’un cœur généreux. Mon immigration en France, puis mon retour au pays, m’ont forgée et ancrée dans une double culture que je porte avec fierté. Aujourd’hui, mon engagement vise à honorer et servir le Gabon, tout en exprimant ma gratitude envers la France. Amour, travail, valeurs, pardon, reconnaissance et respect guident mon chemin, avec la foi comme soutien indéfectible.

    • Vous avez remporté un concours international de langue allemande au Gabon, mais avez choisi d’embrasser des études en droit et en science politique, suivant ainsi les traces de votre père et de votre grand-père. Qu’est-ce qui a motivé cette orientation ?

    J’ai remporté ce concours grâce à un héritage familial : ma mère étant germanophone, l’allemand fut ma seconde langue. Initialement attirée par le droit, j’ai poursuivi un cursus bi-disciplinaire en droit et science politique, où j’ai su concilier exigence et passion. Mes premières expériences professionnelles, en cabinet d’avocats et en banque, m’ont conduite à une réflexion profonde sur ma vocation. Après une période de recueillement et de prière, j’ai choisi de fonder mon propre cabinet, réunissant diplomatie, relations institutionnelles, droit et science politique, domaines qui me passionnent et me définissent.

    • Votre engagement pour les droits de l’Homme en France est bien connu : création d’une antenne Amnesty Jeune, organisation de conférences et plaidoyers, militantisme politique… Avez-vous envisagé de porter ce combat au Gabon ? Si oui, sous quelle forme ?
    Lire Aussi:  GABON : politique, Sosthène Orphé Lendjedi Ibola « le pardon est ma force, l'engagement politique mon devoir »

    Si la Providence le permet, ce serait un honneur de mettre au service du Gabon les compétences acquises en France. Le Gabon, avec sa souveraineté et sa spécificité culturelle, requiert une approche adaptée, que ma double appartenance me permet d’appréhender. Qu’il s’agisse d’une fonction publique, d’une structure indépendante ou d’un engagement associatif, tout devient possible lorsque l’on agit avec cœur, amour du pays et sincérité envers autrui.

    • En tant que membre active de la diaspora gabonaise en France, vous avez récemment collaboré avec le Rassemblement des Bâtisseurs (RDB) et d’autres mouvements politiques lors de l’élection présidentielle du 12 avril 2025. Selon vous, comment la diaspora peut-elle contribuer concrètement au développement du “Nouveau Gabon” ?

    La diaspora gabonaise a un rôle clé à jouer, mais elle doit redoubler d’efforts et de solidarité. La France, exigeante, forge des individus capables de rayonner et d’élever l’honneur national. Au-delà de l’impact politique, il est temps que la diaspora s’investisse dans le développement économique du Gabon. L’union, la solidarité et l’amour sont les piliers de cette réussite collective, conformément à notre devise nationale : Union, Travail, Justice. La diaspora doit s’unir pour concrétiser des projets communs et œuvrer à l’édification du pays, dans l’esprit de la main invisible d’Adam Smith, mais sans renier nos valeurs bantoues.

    • Grâce à votre expérience diplomatique et votre expertise en communication institutionnelle et en gestion de crise, quel regard portez-vous aujourd’hui sur la diplomatie gabonaise ? Quels sont, selon vous, ses atouts et ses axes de progression ?

    J’ai récemment assisté à une conférence diplomatique à Paris, qui m’a convaincue de la nécessité de renouveler notre approche. La diplomatie gabonaise doit évoluer, devenir plus dynamique, pragmatique et ancrée dans la réalité contemporaine. L’Afrique change, le Gabon doit s’aligner sur l’excellence internationale, établir des alliances stratégiques et faire

    Lire Aussi:  RDC : Sous pression, Vital Kamerhe quitte la présidence de l’Assemblée nationale

     preuve de rigueur dans la gestion publique. Il est également essentiel de renforcer le lien avec nos ressortissants à l’étranger, véritables ambassadeurs de l’avenir national.

    • Si vous deviez conseiller les dirigeants de la diplomatie gabonaise, quelles recommandations leur feriez-vous pour impulser une dynamique nouvelle et renforcer le rôle du Gabon sur la scène internationale ?

    La diplomatie gabonaise doit se métamorphoser : passer d’une diplomatie d’antan à une diplomatie agile, proactive et innovante. Elle doit conjuguer rapidité, ouverture, apprentissage et résilience, à l’image de l’entrepreneuriat technocratique. La diplomatie est une gymnastique intellectuelle et pratique, un art de la sagesse où l’on agit avec discernement et solidarité. Nos diplomates doivent incarner cette vision moderne et engagée.

    • Le Gabon a traversé une période de transition politique marquée par un coup d’État salué par une partie de la population. Aujourd’hui, avec l’investiture du nouveau président et les élections législatives à venir, quel bilan tirez-vous de cette phase de transition ?

    Le bilan de la transition est résolument positif, et il convient de s’en féliciter, surtout dans le contexte africain actuel. Le Gabon, sous l’égide du CTRI, a su préserver la stabilité et doit poursuivre sur cette voie d’exemplarité.

    • Après une riche carrière en France et la fondation de votre propre cabinet en relations publiques, envisagez-vous aujourd’hui de mettre votre expertise au service du “Nouveau Gabon” ? Si oui, de quelle manière ? Si non, pourquoi ?

    Je nourris effectivement l’ambition de servir le Gabon, que ce soit dans la diplomatie ou au sein de la Présidence. Technocrate de terrain, animée par l’amour du pays, je souhaite mettre mes compétences et mon engagement au service de l’État et de mes concitoyens.

    • Le Gabon est en train de bâtir sa cinquième République. Quelle est votre perception de cette nouvelle phase politique et institutionnelle ?
    Lire Aussi:  ‎Gabon : Richard Obiang Ava, un homme d'actions à la tête du 2e arrondissement de Libreville

    La phase actuelle est celle d’un nécessaire renouvellement, mêlant l’expérience des anciens à l’énergie des nouveaux acteurs politiques. Le dynamisme est de mise pour la Cinquième République gabonaise. Chacun doit trouver sa place, faire preuve de sagesse et œuvrer collectivement à la construction du pays.

    Enfin, y a-t-il un sujet ou un point essentiel qui vous tient particulièrement à cœur et que nous n’aurions pas abordé ?

      La jeunesse et l’éducation constituent la priorité absolue d’une nation et le gage de son respect international. Le Gabon doit investir dans sa jeunesse pour assurer sa prospérité et sa pérennité. Comme l’enseignait Max Weber, la réussite sociale se mesure à la capacité des enfants à surpasser leurs aînés. Il est impératif de donner à chaque enfant gabonais les moyens de réussir, afin d’inscrire le pays dans une dynamique de développement et de sagesse.

      La Rédaction CQFA

      Articles similaires

      Laisser un commentaire

      Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

      Bouton retour en haut de la page