Dr Elisabeth Shérif : une passion pour l’éducation et le service publique

Dans le paysage politique nigérien, il y a de ces figures publiques qui étonnent aussi bien par leur rareté que par leur particularité. C’est le cas de l’actuelle ministre de l’Education nationale, Elisabeth Shérif. Sa présence au sein du premier gouvernement de la Transition conduite par le Général Abdourahamane Tiani depuis le 26 juillet 2023 n’est pas le fruit du hasard, encore moins d’un simple concours de circonstances. Il s’agissait de trouver la réponse à la question : qui pour sortir l’école nigérienne de sa léthargie ?

Elisabeth Shérif est née à Niamey au Niger. Après un Bachelor (licence) en sciences politiques obtenu avec succès à l’Université d’Ibanda au Nigéria, l’actuelle ministre de l’Education nationale a choisi de poursuivre ses études en France. Elle obtiendra en 1998 un Diplôme d’études approfondies (DEA) en relations internationales à l’Institut d’études politiques du Centre d’études d’Afrique noire de Bordeaux. Mais sa soif de connaissances la conduit à en vouloir davantage. Élisabeth Shérif va alors décider de préparer un doctorat en sciences politiques à l’Ecole doctorale de sciences politiques de Bordeaux. En 2008, elle présente une thèse sur les élections et la participation politique au Niger. Son travail reçoit une mention « très honorable avec les félicitations du Jury à l’unanimité ».
Ce brillant parcours académique va se traduire à travers une riche carrière professionnelle au service de la Nation. Avant de prendre les rênes du ministère stratégique de l’Education nationale, Élisabeth Shérif était consultante pour l’Union européenne. Depuis 2020, elle est enseignante-chercheuse à l’Université Swiss-UMEF de Niamey où elle dispense des cours d’introduction à la science politique, de politiques étrangères et de politiques extérieures du Niger, entre autres.
Depuis plusieurs années, elle est très active au sein de la société civile et de l’espace politique nigérien pour la défense des droits humains. Elle a, à cet effet, été rapporteuse et panéliste au cours de nombreux évènements de la société civile impliquant notamment des ONG et d’autres organisations, où elle a valablement représenté et défendu les intérêts de la gent féminine. Ce parcours aussi bien professionnel qu’académique fait d’Élisabeth Shérif une référence pour les jeunes filles du Niger.
Cette motivation et cette détermination à toute épreuve, Élisabeth Shérif affirme qu’elle les tire de son éducation qu’elle définit comme un ensemble de valeurs que lui ont transmis ses parents, sans oublier ses enseignants qui l’ont toujours encouragée à aller de l’avant.
De ses propres aveux, devenir la femme forte qu’elle est aujourd’hui, c’est aussi en partie grâce aux défis que la société lui a imposés et qui l’ont obligée à prendre des positions en faveur du bien-être collectif.
Acharnée sur les sentiers de la réforme du secteur éducatif…
La ministre de l’Education nationale est parfaitement consciente des multiples défis qui sont liés à son département. Les défis liés à la capacité, à la qualité de l’enseignement et à la réforme des curricula, sont des dossiers qu’Elisabeth Shérif maîtrisait bien avant d’être à la tête de ce ministère hautement stratégique. Pour preuve, elle avait pour habitude de soumettre des propositions sur ces différents sujets alors qu’elle se trouvait dans les rangs de la société civile. Dans la nouvelle dynamique de la reconquête de la souveraineté nationale, elle affirme que son engagement s’inscrit dans une stratégie d’accès à la qualité tout en mettant l’accent sur l’esprit de la refondation dans une orientation inclusive pour donner la possibilité à tous « les fils et à toutes les filles de ce pays de se retrouver pour travailler ensemble pour l’intérêt général ».
Malgré les sanctions du 30 juillet issues de la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernements ouest-africains sur le Niger, la ministre de l’Education a relevé un défi de taille dès sa nomination le 9 août : l’organisation de la rentrée scolaire 2023-2024. C’est ainsi le 2 octobre 2023, 4 465 217 élèves ainsi que leurs 116 757 enseignants ont repris le chemin de l’école après deux mois d’intenses préparations à travers les 8 régions du pays. Et pour s’assurer de l’effectivité et de la bonne qualité de cette rentrée, la ministre de l’Education a effectuée 11 missions de contrôle au cours desquelles elle a eu 38 rencontres avec différents partenaires de l’école, notamment les syndicats d’enseignants, les organisations de parents d’élèves, les responsables scolaires.
Cette mission de contrôle a permis l’instruction de 16 mesures importantes pour le bon déroulement de l’année académique 2023-2024. On note également la circulaire interdisant l’augmentation des frais de scolarité et le rappel au respect des dispositions de l’arrêté n°000040/MEN/A/PLN/SG qui régit le fonctionnement des Comités de Gestion des Etablissements Scolaires (COGES), entre autres.

Ce travail abattu en un temps record permet aujourd’hui de constater une certaine sérénité dans le déroulement de l’année scolaire. La ministre et son cabinet déroulent leurs activités pour permettre à l’école nigérienne de retrouver ses lettres de noblesse. Pas plus tard que le 28 février dernier, Elisabeth Shérif a procédé, dans la localité de Kouringal (située dans la région de Dosso), à l’inauguration d’un lot de classes construites en matériaux définitifs.
Parlant de son staff, la ministre se veut rassurante quant à sa capacité à faire la différence.« Nous avons formé notre cabinet en donnant aux techniciens la possibilité de mettre en avant leurs compétences et leur professionnalisme », a-t-elle déclaré au micro de Ceux Qui Font l’Afrique. « Nous avons enclenché une dynamique qui consiste également à mettre en avant tous les efforts que les enseignants fournissent, y compris leurs capacités à faire ressortir chez les enfants ce qu’ils ont de meilleur et à encourager ces derniers », a-t-elle ajouté.
Panafricaniste lucide, Élisabeth Shérif est convaincue que le plus grand atout de l’Afrique aujourd’hui est sa jeunesse et son Education. Celle-ci permet d’offrir à cette jeunesse beaucoup de perspectives, et donc une vision beaucoup plus large, plus grande et plus profonde de ses devoirs envers ce continent qu’elle a à construire.
Youssouf Sériba



