Comores : cinquante ans d’indépendance dans l’ombre de Mayotte

Le dimanche 6 juillet 2025 marque le cinquantenaire de l’indépendance des Comores, une commémoration teintée d’amertume alors que Mayotte, quatrième île de l’archipel, demeure sous administration française. Cinquante ans après, cette partition territoriale continue de hanter la construction identitaire de la nation comorienne.
Une souveraineté contestée
L’histoire contemporaine des Comores reste marquée par le référendum de 1975 où trois îles (Grande Comore, Mohéli et Anjouan) votèrent massivement pour l’indépendance tandis que Mayotte, avec 63,8% des voix, choisissait de rester française. Le président Azali Assoumani a martelé dans son discours officiel : « Notre unité nationale restera incomplète tant que le drapeau comorien ne flottera pas sur Mayotte », présentant cette revendication comme la priorité absolue de la diplomatie comorienne.
L’île absente des festivités
L’actualité récente de Mayotte, secouée par une crise sociale et migratoire, donne une résonance particulière à cette commémoration. Les autorités comoriennes ont saisi l’occasion pour dénoncer vigoureusement les politiques françaises, en particulier la réforme controversée du droit du sol. Le ministre des Affaires étrangères Dhoihir Dhoulkamal s’est interrogé avec amertume : « Comment parler de célébration nationale quand 20% de notre territoire et de notre peuple vivent sous administration étrangère ? » Pourtant, les observateurs notent l’impuissance persistante de Moroni à infléchir la position française.
Bilan contrasté
Malgré cette fracture persistante, le bilan de ces cinquante années présente des aspects positifs. Le pays a retrouvé une stabilité politique après des décennies de turbulences institutionnelles. Son économie affiche une croissance soutenue de 3,5% en 2024 selon la Banque mondiale, tandis que sa position géostratégique dans l’océan Indien n’a cessé de se renforcer.
Cependant, des défis majeurs subsistent. La dépendance aux importations et aux transferts de la diaspora, la vulnérabilité aux changements climatiques et les tensions inter-îles continuent de fragiliser le développement du pays.
Face à la position inflexible de Paris qui réaffirme régulièrement « l’irréversibilité » du statut départemental de Mayotte depuis 2011, les Comores semblent condamnées à célébrer leurs anniversaires d’indépendance avec cette absence douloureuse.
Le Journal de Mayotte suggérait récemment qu' »il serait peut-être temps d’envisager de nouvelles formes de coopération plutôt que de s’enfermer dans des postures antagonistes ».
Alors que les drapeaux comoriens flottent aujourd’hui sur Moroni, Mutsamudu et Fomboni, leur absence à Mamoudzou rappelle avec acuité que pour les Comores, le processus d’indépendance demeure, un demi-siècle plus tard, tragiquement inachevé.
Roger BIÈRE



