Cameroun/Présidentielle : Akere Muna conteste l’éligibilité de Paul Biya devant le Conseil constitutionnel

À moins de deux mois de l’élection présidentielle prévue le 12 octobre 2025, la scène politique camerounaise est le théâtre d’une initiative juridique particulière. Me Akere Tabeng Muna, ancien bâtonnier de l’Ordre des avocats du Cameroun et personnalité reconnue du droit, a formellement saisi le Conseil constitutionnel afin de demander l’invalidation de la candidature du président Paul Biya, au pouvoir depuis 1982.
Le fondement juridique de la requête
La saisine, déposée sur le fondement de l’article 118 du Code électoral camerounais, constitue l’élément central de cette démarche. Cet article dispose qu’est inéligible toute personne se plaçant, « de son propre fait, dans une situation de dépendance ou d’intelligence vis-à-vis d’une organisation, d’une puissance étrangère ou d’une personne extérieure influente ».
Me Muna invoque cette disposition pour contester la capacité du président Biya à exercer ses fonctions de manière autonome. Il avance plusieurs arguments : l’âge avancé du chef de l’État (92 ans), ses absences prolongées (notamment 42 jours à l’étranger en 2024), la gouvernance par procuration, et l’inactivité prolongée de certaines institutions clés comme le Conseil supérieur de la magistrature, qui n’a pas siégé depuis six ans.
Un geste à forte portée politique et symbolique
Cette action dépasse la simple technique juridique pour revêtir une dimension éminemment politique. Elle intervient dans un contexte où la longévité au pouvoir de Paul Biya , l’un des plus anciens dirigeants en exercice en Afrique et la nature du système politique font l’objet de débats récurrents. En utilisant une voie institutionnelle, Me Muna, souvent perçu comme une figure de l’opposition modérée et légaliste, place le Conseil constitutionnel devant une lourde responsabilité : trancher une question sensible qui engage l’équité perçue du processus électoral.
La décision du Conseil constitutionnel, attendue dans le délai légal, sera scrutée tant au niveau national qu’international. Deux scénarios principaux se dessinent. D’une part, si la requête était accueillie, elle entraînerait une recomposition totale de la landscape électorale en invalidant la candidature du président sortant. D’autre part, si elle est rejetée, elle pourrait néanmoins renforcer les critiques d’une opposition dénonçant un verrouillage des institutions et alimenter un discours sur l’absence de level playing field.
Quelle que soit l’issue, cette démarche inscrit d’ores et déjà la présidentielle de 2025 dans un cadre de défiance institutionnelle et de contestation juridique.
Roger BIÈRE



