Santé

RDC : le choléra, épidémie oubliée dans l’ombre d’Ebola

Pendant que l’attention se concentre sur Ebola, l’épidémie s’étend loin de ses bastions habituels, et les systèmes de santé locaux craquent.

Ebola concentre les caméras. Le choléra, lui, continue de tuer dans le silence. Depuis janvier 2026, la République démocratique du Congo fait face à une flambée qui refuse de faiblir : 39 483 cas suspects et 1 173 décès ont été recensés entre les semaines 1 et 32, selon un rapport interne de l’Organisation mondiale de la santé consulté par RFI. La létalité cumulée s’établit à 2,97 %, en léger recul par rapport à 2025 — 46 661 cas et 1 412 décès sur la même période. Mais ce chiffre en baisse cache une réalité plus préoccupante : la maladie déborde de ses foyers historiques et frappe désormais des régions où les systèmes de santé n’y sont pas préparés.

Le choléra sévit traditionnellement dans cinq provinces de l’Est et du Sud — Nord-Kivu, Sud-Kivu, Tanganyika, Haut-Katanga et Haut-Lomami. Cette année, la carte s’est élargie. Entre le 3 et le 9 août, 1 528 cas suspects et 29 décès ont été signalés dans 70 zones de santé réparties sur 16 des 26 provinces du pays. Le Sud-Kivu et le Nord-Kivu concentrent encore 52,55 % des cas, mais la transmission gagne du terrain à l’ouest, au Kwango et au Maï-Ndombe, ainsi qu’au nord-ouest, dans le Sud-Ubangi et l’Équateur.

L’OMS observe une tendance ascendante sur les quatre dernières semaines, le pays dépassant le seuil des 1 000 cas hebdomadaires — un niveau jugé alarmant à l’approche de la saison des pluies, propice à la propagation de la bactérie. Le signal le plus inquiétant concerne la mortalité. Dans les provinces endémiques, la létalité atteint 1,31 % sur les quatre dernières semaines, pour 3 442 cas et 45 décès. Dans les provinces non endémiques, elle grimpe à 8,05 %, soit 2 012 cas suspects et 162 décès — plus de six fois plus.

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L’écart touche toutes les tranches d’âge : 8,49 % de létalité chez les enfants de 1 à 59 mois, 8,26 % chez les plus de 15 ans. Pour l’OMS, ces chiffres traduisent des défaillances en chaîne — détection tardive, référencement insuffisant des malades, centres de traitement saturés ou inexistants. Là où le choléra n’est pas une habitude, les soignants peinent à reconnaître les signes, et les patients arrivent trop tard.

À Lubumbashi, dans le Haut-Katanga, le centre de traitement du choléra de Kenya est décrit comme délabré. Ailleurs, l’éloignement des villages, l’absence de réseau téléphonique et les routes coupées retardent l’acheminement des intrants. La riposte patine faute de moyens : l’OMS signale un risque de rupture du soluté de Ringer lactate, indispensable à la réhydratation, tandis que les tests de diagnostic rapide manquent dans plusieurs provinces et que certaines unités de traitement n’ont pas assez de lits.

Médecins sans frontières tire la même sonnette d’alarme et lie la persistance des épidémies à la guerre dans l’Est. Les combats ont retardé les campagnes de vaccination, et la fermeture des aéroports de Goma et de Bukavu a coupé la principale voie d’acheminement des vaccins et du matériel depuis Kinshasa. En 2025, l’ONG a traité 23 272 patients et vacciné 29 136 personnes contre le choléra. Cette année, ses équipes interviennent encore à Bukavu, Shabunda et Goma, où plus de 2 410 patients ont déjà été pris en charge.

Le manque d’eau potable, l’insuffisance de l’assainissement et la mauvaise gestion des déchets aggravent la propagation, rappelle MSF. Le choléra n’est d’ailleurs pas la seule urgence sanitaire du pays. Entre janvier et le 19 juillet 2026, la RDC a enregistré 108 643 cas suspects de rougeole et 1 394 décès, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu concentrant la moitié des cas. Le paludisme reste la première cause de morbidité, auquel s’ajoutent le Mpox, la fièvre typhoïde et les blessés de guerre.

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Les déplacements de population provoqués par les affrontements interrompent les campagnes de vaccination et éloignent les malades des centres de santé. Dans les zones touchées par Ebola, la peur du virus dissuade certains patients de se faire soigner — au risque de voir des décès évitables s’ajouter au bilan. Face à cette accumulation de crises, l’OMS réclame une coordination intégrée des réponses contre le choléra, le Mpox et la fièvre typhoïde, ainsi que des financements, des structures fonctionnelles et un approvisionnement stable en médicaments et tests.

MSF, de son côté, appelle les autorités et les bailleurs à ne pas concentrer tous les moyens sur Ebola au détriment des soins de base. La crainte est claire : que la baisse des financements humanitaires et la focalisation sur une seule épidémie fragilisent davantage un système déjà exsangue. Le défi pour la RDC est désormais de combattre plusieurs urgences à la fois, avec les mêmes équipes et les mêmes hôpitaux.

Marcelle NTONGONO

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