GABON : « Le volontariat, levier oublié de l’employabilité des jeunes gabonais »

Entretien avec Max Axel BOUNDA MOUSSAVOU, Alumni du Corps des Jeunes Volontaires de l’Union Africaine.

«Ne sous-estimez jamais la valeur d’un engagement structuré. Le volontariat ne promet pas tout, mais il offre quelque chose que peu de dispositifs peuvent garantir : la possibilité, pour chaque jeune, de contribuer, d’apprendre, de grandir, et de trouver sa place dans la société. C’est dans cette capacité à donner à la jeunesse un rôle réel que réside l’une des clés de notre avenir collectif. L’Afrique se construit aussi par ceux qui choisissent de servir avant de prétendre diriger.»
«La question n’est donc plus de savoir si le Gabon a besoin d’un programme national de volontariat. La question est de savoir quand nous déciderons de lui donner la place stratégique qu’il mérite. »
J : Max Axel, vous cumulez plusieurs casquettes : Alumni du Corps des Jeunes Volontaires de l’Union Africaine, Consultant en politiques et programmes jeunesse, acteur de la société civile et vous avez été coordonnateur de programmes ou projets pour des organismes comme l’OIF, l’OFYI, etc.. Comment toutes ces expériences vous ont-elles amené à faire du volontariat votre combat ?
Max Axel BOUNDA : Quand on traverse autant d’institutions, on finit par voir très clairement où se situent les failles. Et l’une des failles les plus criantes au Gabon, c’est l’écart béant entre la formation et le marché du travail. Des jeunes diplômés, compétents, motivés, mais sans expérience, sans réseau, sans porte d’entrée. Le volontariat est justement l’outil qui comble cet écart. Pas comme un acte de générosité ou un engagement informel, mais comme instrument national structuré d’insertion professionnelle, de participation citoyenne et de construction de compétences réelles pour nos jeunes.

J : Beaucoup de Gabonais associent encore le volontariat à une perte de temps un sacrifice, voire à du travail gratuit. Comment répondez-vous à ce scepticisme ?
C’est le malentendu fondamental que je combats. Le volontariat, quand il est institutionnalisé, n’est pas une perte de temps — c’est un investissement sur soi et sur les autres. Regardons les chiffres chez nos voisins africains. Au Rwanda, par exemple, plus de 500 000 jeunes ont été mobilisés sur la dernière décennie dans des secteurs comme l’éducation, la santé communautaire, le développement local. Et ce qui est magnifique c’est que 45 % de ces volontaires ont fini par avoir un emploi formel ou par créer leur activité dans l’année suivant leur mission. Au Ghana, le National Service Scheme, qui déploie chaque année environ 85 000 jeunes diplômés dans l’administration, les hôpitaux, les écoles, affiche un taux d’intégration professionnelle d’environ 60 %. Et au Bénin, les volontaires nationaux sont deux fois plus susceptibles d’être recrutés que ceux sans expérience comparable. Ces chiffres ne sont pas le fruit du hasard — ils résultent de politiques publiques structurées, volontaristes, ambitieuses. Et le Gabon ne peut plus rester en marge !
Et concrètement, pour un jeune Gabonais, à quoi ressemblerait une expérience de volontariat bien encadrée ?
Imaginez un jeune diplômé de l’Université Omar Bongo, affecté dans une mairie rurale disons à Mabanda. Il apprend à gérer des dossiers administratifs, aide la commune à maîtriser des outils numériques, et à interagir avec des populations diverses. Une jeune femme passionnée par l’environnement pourrait participer au suivi écologique d’un parc national ou à des actions de restauration des forêts. Un jeune déscolarisé pourrait, lui, acquérir des compétences pratiques dans des chantiers communautaires, avec un encadrement structuré. Dans tous les cas, ce que le volontariat offre va bien au-delà d’une indemnité : c’est une première expérience significative, un réseau professionnel naissant, une confiance renouvelée, et surtout une légitimité nouvelle dans la recherche d’emploi. C’est quelque chose que ni les formations classiques ni les stages de courte durée ne peuvent réellement fournir.
Vous parlez souvent du Corps des Jeunes Volontaires de l’Union Africaine — le CJV-UA. Quel est votre lien personnel avec ce programme ?

J’ai été volontaire de l’Union Africaine de décembre 2024 à décembre 2026, en tant que Program Assistant déployé à Addis-Abeba. Et depuis mon retour au Gabon, je coordonne des formations en ligne dédiées au processus de candidature CJV-UA 2026, ciblant des jeunes africains de 18 à 35 ans issus des 55 États membres de l’UA. J’ai également accompagné personnellement des candidats gabonais — optimisation de leurs CVs, préparation aux entretiens, stratégie de positionnement. Ce programme continental est une opportunité extraordinaire : il expose les jeunes à des environnements institutionnels de haut niveau, il crée des réseaux panafricains, il développe des compétences transversales rares. Mais il a une limite : il reste continental. Il faut un relais national fort pour en démocratiser l’accès.
C’est là qu’intervient votre plaidoyer pour une Agence Gabonaise du Volontariat. Pouvez-vous nous en exposer la vision ?
Oui, et c’est le cœur de mon combat institutionnel. L’Union Africaine encourage explicitement les États membres à créer des programmes nationaux dédiés au volontariat. Certains l’ont fait. Le Gabon, balbutie. Mon plaidoyer vise donc la création d’une Agence Gabonaise du Volontariat opérationnelle d’ici 2030, dotée d’un cadre légal solide, d’un budget dédié, d’une reconnaissance institutionnelle. Cette structure aurait quatre missions fondamentales : encadrer les volontaires, garantir la transparence du recrutement, valoriser les expériences acquises, et faciliter l’insertion professionnelle post-mission. Elle harmoniserait les pratiques, structurerait les partenariats avec les collectivités locales, les ONG, le secteur privé — et ferait du volontariat un pilier assumé de la stratégie nationale d’employabilité.
Dans le contexte gabonais actuel — 5e république, volonté de relance — est-ce le bon moment pour porter ce plaidoyer ?
C’est précisément maintenant qu’il faut le porter. Un moment de refondation nationale est une fenêtre d’opportunité rare pour inscrire de nouvelles politiques publiques dans le paysage institutionnel. Le volontariat n’est pas une alternative aux réformes économiques — c’est un accélérateur qui les complète. Il permet de mobiliser le capital humain du pays, de redonner du sens à l’action publique, de soutenir les administrations locales souvent débordées, d’appuyer les organisations de terrain, et de renforcer la résilience des communautés face aux défis environnementaux et sociaux. Ignorer cet outil dans un tel contexte serait une erreur stratégique que nous paierions cher pendant encore une décennie.
Un dernier mot — directement à la jeunesse gabonaise ?
Propos recueillis par notre rédaction pour le Magazine Ceux qui font l’Afrique.



