Enquête

120 milliards FCFA : les actionnaires de la BDEAC face à leur responsabilité

Par Aymard Guinon

L’annonce, en août 2025, d’un appui financier supplémentaire de 120 milliards de FCFA à la Banque de Développement des États de l’Afrique Centrale (BDEAC) par la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC) a été présentée comme un acte fort en faveur du développement économique de la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC).
Six mois plus tard, une réalité s’impose : les actionnaires financent, mais ne rendent pas compte.

Le développement ne se décrète pas, il se prouve

120 milliards de FCFA ne constituent pas un simple soutien institutionnel. Ils représentent un choix politique et économique, assumé par les États de la CEMAC et leur banque centrale. À ce niveau d’engagement, la question centrale n’est plus la mobilisation des ressources, mais l’obligation de résultats.

Or, à ce jour :
• aucun chiffre consolidé sur les emplois créés ;
• aucune donnée publique sur les capacités industrielles installées ;
• aucune évaluation mesurée de la substitution aux importations ;
• aucun rapport d’impact accessible aux citoyens et aux parlements nationaux.

Ce silence interroge moins la direction opérationnelle de la BDEAC que la passivité de ses actionnaires.

États actionnaires : une responsabilité politique directe

Les États de la CEMAC sont à la fois :
• actionnaires,
• bénéficiaires supposés,
• et représentants des populations.

À ce triple titre, ils ne peuvent se contenter d’approuver des rapports financiers en Assemblée générale sans exiger une démonstration claire de l’impact économique réel des fonds engagés.

Ne pas poser ces exigences revient à accepter que :
• des milliards soient mobilisés sans traçabilité de résultats,
• la banque de développement fonctionne sans objectifs vérifiables,
• le développement reste un discours institutionnel plutôt qu’un processus mesuré.

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La BEAC : actionnaire majoritaire, donc comptable

La BEAC, actionnaire majoritaire de la BDEAC, joue un rôle central. En renforçant continuellement son soutien financier — facilités de compte courant, lignes de refinancement, recapitalisation — elle porte une responsabilité directe sur l’efficacité du modèle.

Il y a là une contradiction majeure :
d’un côté, une banque centrale exige rigueur, discipline et performance macroéconomique ;
de l’autre, elle soutient une banque de développement sans exiger publiquement d’indicateurs d’impact à la hauteur des montants engagés.

Ce déséquilibre fragilise la crédibilité de l’ensemble de l’architecture financière régionale.

Assemblées générales : le maillon faible de la redevabilité

Les Assemblées générales de la BDEAC, censées être le lieu de la reddition des comptes, sont devenues des espaces de validation formelle plutôt que de confrontation sur les résultats.

On y parle gouvernance, conformité, procédures.
On n’y parle presque jamais :
• d’emplois créés,
• d’usines ouvertes,
• de chaînes de valeur structurées,
• d’importations effectivement remplacées.

Ce décalage n’est plus soutenable.

Ce que les actionnaires doivent désormais exiger

À ce stade, la responsabilité des États et de la BEAC impose des décisions claires :
• conditionner tout nouveau financement à des objectifs d’impact quantifiés ;
• exiger un rapport d’impact annuel public, audité de manière indépendante ;
• introduire une redevabilité politique, avec information des parlements nationaux ;
• aligner les financements sur une stratégie industrielle régionale explicite.

Sans ces exigences, les actionnaires ne sont plus des garants du développement, mais des coproducteurs de l’opacité.

Le développement n’est pas un acte de foi

Les 120 milliards FCFA existent. Les mécanismes financiers sont opérationnels.
Mais le développement ne se mesure ni aux communiqués ni aux montants annoncés.

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Il se mesure en emplois, en usines, en production locale, en importations évitées.

Tant que les actionnaires de la BDEAC n’exigeront pas ces preuves, la question restera entière :
qui, dans la CEMAC, assume réellement la responsabilité du développement ?

Enquête à suivre. 

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