GABON : Le pasteur et le Général Président, retour en 80 pages sur les motivations du « coup de Libération »

Dans cette interview, Révérend Francis Michel Mbadinga, pasteur du mouvement pentecôtiste, charismatique et de Réveil et considéré comme un des pères du Réveil spirituel au Gabon leader, revient sur son dernier livre, Le Pasteur & Général Président dans lequel, en 80 pages réparties en 9 chapitres, il parle de son entretien avec Brice Clotaire Oligui Nguema sur les motivations du Coup d’Etat qu’il a organisé le 30 août 2023. Un livre qui repose sur le témoignage fidèle de son auteur concernant ce que l’on appelle au Gabon le Coup de la Libération.

1. Pourquoi avoir choisi ce titre Le Pasteur & Général Président ?
Révérend Francis Michel Mbadinga : Je tiens tout d’abord à vous remercier d’avoir choisi de m’interviewer pour votre magazine.
Pour répondre à votre question, cet ouvrage est le fruit de ma propre initiative. J’avais déjà tenté un exercice similaire en publiant « Le pasteur et le président » aux éditions L’Harmattan, qui est un livre d’entretien avec l’ancien président Omar Bongo Ondimba. Ce nouveau projet s’inscrit dans une série, qui, je l’espère, permettra à d’autres hommes d’État africains de s’exprimer et d’échanger sur divers sujets.
2. Quelles ont été vos motivations pour écrire ce livre ?
L’écrivain, lorsqu’il écrit, s’inspire d’idées, de thèmes et d’expériences qui nourrissent son œuvre. J’ai eu à cœur de faire parler cet homme d’exception afin que les motifs du coup d’État du 30 août 2023, que nous avons qualifié de « coup de libération » ici au Gabon, soient mieux compris.
3. Vous n’en êtes pas à votre premier ouvrage. À ce jour, vous avez publié quatre livres, dont Les Églises de réveil face aux lobbies politico-médiatiques et Les Églises de réveil face à la crise de l’État en Afrique. Qu’est-ce qui explique ce lien étroit entre votre littérature et la politique ?
Le ministre du culte est avant tout un guide de conscience et un leader d’opinion. J’ai eu le privilège d’être, par exemple, co-facilitateur du dialogue politique d’Angondjé en 2017 et membre du bureau du dialogue national inclusif, qui a été à la base de la naissance de la cinquième République. Je pense sincèrement que les ouvrages que j’ai écrits ont influencé les choix qui ont été faits concernant ma modeste personne, notamment :
– Ce que le Gabon doit savoir pour entrer dans sa destinée prophétique
– Pour l’amour du Gabon, je ne me tairai point
– Les églises de réveil face à la crise de l’État en Afrique
– Les églises de réveil face aux lobbies politiciens et médiatiques
– Quels défis pour l’Église dans un monde en crise ?
– Changer l’Église pour transformer les nations
– Être des vases neufs remplis, œuvrant à la restauration et à la guérison des nations
– Le mentorat politique dans son rapport à Dieu, à l’Église, à la religion et à l’État, pour ne citer que ceux-là. Pour votre information, je suis l’auteur d’une quarantaine d’ouvrages à ce jour.
4. Avec ce dernier livre, quel message souhaitez-vous transmettre aux Gabonais et Gabonaises ?
Tout d’abord, il est important de souligner qu’aucune improvisation ne peut justifier un coup d’État. Le général-président, lors de cet entretien, m’a permis de réaliser qu’il a fait preuve de courage, tout comme ses collègues officiers supérieurs des forces de défense et de sécurité.
Il est indéniable que le régime déchu était à bout de souffle et qu’une grande majorité de la population ne le souhaitait plus. Il convient de reconnaître que le mobile de cette action était justifié et qu’elle a permis au Gabon d’éviter une guerre civile inévitable.
5. Lors de votre échange avec le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, vous avez été parmi les premiers informés de sa décision de se présenter à l’élection présidentielle du 12 avril dernier. Quelle a été votre réaction en apprenant cette nouvelle ?

À mon avis, cela était évident et allait de soi ; j’aurais été étonné du contraire. Toutefois, la décision lui revenait. On ne met pas un bébé au monde pour ne pas ensuite, prendre toutes les dispositions nécessaires à son éducation et le voir grandir pour devenir un adulte responsable. Au Gabon, une personnalité a bien exprimé cette idée lors d’un discours adressé au président de la République en janvier dernier : le Dr Séraphin Moudounga, fraîchement nommé vice-président de la République.
6. Après avoir longuement échangé avec celui qui est considéré comme le Libérateur du peuple gabonais, quel témoignage pouvez-vous aujourd’hui faire du Coup de la Libération ?
Le coup de libération a été le prélude à tout ce que nous vivons aujourd’hui au Gabon. Il a permis l’organisation d’un dialogue national, une période de transition qui s’est très bien déroulée. Les Gabonais ont plébiscité, à travers une très large adhésion, la nouvelle constitution du pays. Un nouveau code électoral a été mis en place et l’élection présidentielle s’est déroulée dans de très bonnes conditions, voyant le président Oligui Nguema porté par le suffrage des Gabonaises et des Gabonais à la tête du pays. Que dire d’autre ?
7. Depuis l’annulation des élections générales du 30 août 2023, le Gabon a traversé une période de transition marquée par d’importantes réformes, notamment l’adoption d’une nouvelle Constitution. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur la vision politique du Chef de l’État et son projet pour l’avenir du Gabon ?
Un regard plein d’espoir. Il ne fait aucun doute, en ce qui me concerne, que le président de la République a de réelles intentions de transformer le Gabon. Cependant, vous savez comme moi que l’adage dit qu’un seul doigt ne peut pas laver le visage. Il lui faudra travailler, voire batailler, pour constituer une équipe forte et unie, capable de suivre au quotidien ses directives et de mettre en œuvre sa vision et son projet de société. Il est également essentiel qu’il s’appuie sur la société civile, les associations culturelles et traditionnelles, ainsi que sur les communautés religieuses, en mobilisant l’ensemble des forces vives de la nation, comme il l’a fait durant la période transitoire, afin de réformer la société dans son ensemble et de faire évoluer les mentalités. Je crois que son expérience militaire l’aidera dans cette démarche.
8. Avec la victoire de Brice Clotaire Oligui Nguema à l’élection présidentielle d’avril 2025, le Gabon entre dans une nouvelle ère que les Gabonais appellent la Cinquième République. Quels sont, selon vous, les principaux enjeux pour dynamiser le pays dans cette nouvelle phase ?
A mon humble avis, on ne réforme pas un pays, disons une nation, en un jour. Il reste beaucoup à faire après les décennies d’inertie que le Gabon a connues. Il faut prioriser les actions à court, moyen et long terme. Si construire le pays et mettre en place les infrastructures de développement telles que l’accès à l’eau, à l’électricité, l’assainissement de nos cités, le logement, les hôpitaux avec de meilleurs soins médicaux, la construction d’écoles, de lycées, d’universités et de grandes écoles, ainsi que les routes pour relier le Gabon d’un bout à l’autre me paraît être la priorité des priorités, il n’en demeure pas moins que la réforme profonde de la justice, la réforme de l’État, la sécurité et la moralisation de la vie publique sont tout aussi prioritaires.
9. En tant qu’homme d’église engagé, guidé par « les saintes écritures » et porteur de valeurs morales, vous êtes une figure de référence pour de nombreux fidèles et de nombreux Gabonais. Quels conseils adresseriez-vous au nouveau président de la République et à son gouvernement afin d’améliorer concrètement les conditions de vie des Gabonaises et Gabonais ?
Vous pouvez imaginer que le président élu, lors de nos différents échanges au sujet de la mise en œuvre du livre d’entretien et à d’autres occasions, a pris soin de m’écouter sur de nombreux sujets. Pour résumer en quelques mots ce que j’ai constamment souligné, c’est qu’il demeure le bâtisseur du Gabon. Qu’il ne se laisse pas entraîner par les intrigues politiques et refuse de se laisser séduire par les attributs du pouvoir, qu’il fasse le choix de rester un homme de terrain. Je suis convaincu que son expérience militaire lui sera d’une grande aide dans cette démarche.
Que ceux qui l’accompagnent dans cette noble mission s’engagent tous, dans un esprit de fidélité et de loyauté, à soutenir cette noble mission, en considérant que leur nomination à ses côtés est un privilège et non un droit.
10. Pour conclure, quel message souhaiteriez-vous adresser aux Gabonais afin que la Cinquième République soit véritablement celle de l’ascension du Gabon au rang des pays développés ?
A mes chers compatriotes Gabonaises et Gabonais, je souhaite exprimer clairement ce qui suit : Nous avons tous salué le coup de libération et participé, à divers degrés, à la reconstruction du Gabon à travers près de 40 000 contributions citoyennes, qui ont servi de fondement aux travaux du dialogue national inclusif. Ce dialogue a conduit à la mise en œuvre de la nouvelle constitution, du nouveau code électoral, et à notre participation massive aux élections, permettant au président Oligui Nguema de prendre les rênes du pays.
Il est temps de passer à l’action ; la période de récréation est révolue. Mettons fin aux distractions et unissons-nous. Un pays divisé ne peut espérer réaliser ses aspirations les plus profondes. Apportons au président et aux nouvelles autorités notre dynamisme et notre désir de voir le pays changer. Transformons cette énergie en une contribution significative, en adoptant un changement de mentalité et un esprit patriotique, témoignant d’un amour indéfectible pour le Gabon.
Rédaction CQFA



