Surtaxes américaines en Afrique : « Une question de minéraux critiques » (L. Zinzou)

L’entrée en vigueur, ce jeudi 7 août 2025, de nouveaux droits de douane imposés par les États-Unis à certains pays africains continue de susciter de vives réactions. Pour rappel, l’administration américaine applique une double mesure : une taxe de 10 % pour la majorité des pays africains, et une surtaxe de 30 % spécifiquement ciblée sur l’Afrique du Sud.
Dans une interview accordée ce jeudi à RFI, l’économiste Lionel Zinsou, ancien Premier ministre du Bénin, juge ces sanctions particulièrement « disproportionnées » à l’égard de l’Afrique du Sud. Selon lui, cette posture politique pourrait précipiter le pays dans une récession. Il souligne que cette politique commerciale punitive constitue un levier géopolitique visant à garantir l’accès des États-Unis aux minéraux critiques nécessaires à leur transition énergétique.
Les sanctions frappent directement les exportations à forte valeur ajoutée, notamment le secteur automobile sud-africain, exposant le pays à un ralentissement économique. Le Lesotho, qui avait développé un commerce significatif avec les États-Unis, est également cité comme potentiellement vulnérable.
À l’inverse, certains pays comme l’Égypte sont exemptés de ces mesures pour des raisons géopolitiques, ce qui renforce l’idée que ces décisions ne relèvent pas uniquement de considérations économiques. Selon Lionel Zinsou, la logique est claire : Washington cherche à sécuriser son accès aux gisements de cobalt, de lithium et de cuivre, indispensables à sa transition énergétique. Ces sanctions commerciales constituent un moyen de pression pour négocier des accords avec les principaux pays producteurs.
L’objectif étant de combler le retard accumulé face à la Chine, qui a pris une avance stratégique dans ce domaine. Les États-Unis viseraient ainsi des accords avec des pays comme la République démocratique du Congo, le Zimbabwe, la Zambie et l’Afrique du Sud, qui disposent de réserves considérables.
Face à ces sanctions, l’Afrique dispose de plusieurs leviers, estime Lionel Zinsou, également co-dirigeant de la société de conseil SouthBridge. L’un d’eux est la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), qui permet de supprimer les droits de douane entre pays africains. En renforçant le commerce intra-africain, le continent pourrait stimuler sa croissance et offrir une alternative aux exportations vers les États-Unis. L’Afrique du Sud, déjà un fournisseur majeur pour ses voisins, pourrait ainsi consolider son rôle régional.
Une autre option serait de se tourner vers la Chine, qui importe déjà des matières premières africaines et pourrait devenir un débouché pour les produits à valeur ajoutée du continent. Toutefois, des négociations avec les États-Unis sont toujours en cours, et l’issue de cette pression diplomatique et économique demeure incertaine.
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