Togo : L’arrestation de l’ancienne ministre de la Défense suscite des interrogations

L’ancienne ministre de la Défense Marguerite Gnakadè a été interpellée à son domicile mercredi, selon plusieurs médias locaux et sources sécuritaires concordantes. Veuve d’Ernest Gnassingbé, frère décédé du président Faure Gnassingbé, et donc belle-sœur de ce dernier, elle a dirigé le ministère de la Défense entre 2020 et 2022.
Ces derniers mois, Mme Gnakadè s’était publiquement distanciée du pouvoir en place, appelant à plusieurs reprises le chef de l’État à quitter ses fonctions et mettant en cause la longévité du régime familial aux commandes du pays.
Si les circonstances exactes et le fondement juridique de l’arrestation de Marguerite Gnakadè n’ont pas été officiellement communiqués, celle-ci revêt une forte charge symbolique. Elle illustre les tensions persistantes au sein même de l’appareil d’État et la sensibilité accrue du pouvoir face aux critiques émanant de cercles jusqu’alors proches.
Certains opposants politiques et utilisateurs des réseaux sociaux ont dénoncé une mesure intimidante, visant à réduire au silence toute voix dissidente, y compris interne. Les autorités n’ont pour l’heure pas fait de déclaration publique détaillée concernant cette affaire.
Cette arrestation intervient dans un climat politique particulièrement sensible. Faure Gnassingbé occupe la présidence depuis 2005, succédant ainsi à son père, Gnassingbé Eyadéma, qui dirigea le Togo durant 38 ans. Le récent changement constitutionnel approuvé en mai dernier a renforcé les attributions de l’exécutif et permis à M. Gnassingbé d’accéder au poste de président du Conseil des ministres, une fonction sans limitation de durée explicite.
Ces modifications institutionnelles, perçues par certains observateurs comme un moyen de consolider le contrôle présidentiel, ont provoqué d’importantes manifestations à travers le pays, réprimées avec fermeté par les forces de l’ordre.
Roger BIÈRE



