Portrait-parcours

TOGO : Grandes entreprises, Ingrid Awadé, la patronne

Propulsée au-devant de la scène au début des années 2000, cette quadragénaire, proche du président togolais Faure Gnassingbé, s’est taillée la réputation d’une patronne coriace parmi les patrons, dans un parcours managerial exceptionnel qui l’a amenée à diriger de main de maître de grandes entreprises tant dans le public que dans le privé.

Ingrid Awadé fait partie de ces brillants togolais qui ont fait carrière à l’étranger, et dont s’entoure l’actuel chef de l’État Faure Gnassingbé dans la gestion du pays. Elle demeure depuis 2005 la conseillère financière du président.

Généralement coiffée d’une coupe dite carrée, Ingrid Awadé, peu visible ces derniers temps, reste une figure bien connue du grand public. Et pour cause, elle n’a cessé de diriger de grandes institutions, parfois de manière cumulative, à partir de 2003.

Rentrée de France en 1998, un DESS en Contrôle de gestion et Système d’information en poche, elle entame sa carrière la même année à la Banque ouest-africaine de développement (BOAD).

Cette Togolaise née le 3 mars 1974 a eu son baptême du feu en 2003 quand elle quitte le Fonds de Garantie des Investissements Privés en Afrique de l’Ouest (dit Fonds GARI, où elle était Risque Manager Fondé de Pouvoir Principal depuis 2001), pour son premier poste de Directeur Général, à la Société de Gestion et d’Intermédiation (SGI-TOGO), une société de bourse au Togo.

« La dame de fer »

De mai 2006 à décembre 2013, elle se trouve à la tête de la Direction générale des impôts. A ce poste, elle annonce la couleur en opérant divers redressements fiscaux à des acteurs économiques de premier plan et ayant de forts soutiens dans la famille présidentielle. S’inscrivant dans la nouvelle donne de la « lutte contre le sabotage économique », elle pousse loin l’audace, en épinglant des opérateurs économiques longtemps considérés comme des intouchables.

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A peine à la tête de la DGI, Mme Awadé fait placarder « Fermée pour non-payement d’impôts » sur la façade de la jadis plus grande entreprise de distribution qui aurait eu une ardoise d’environ 2,3 milliards de francs. Un important acteur du secteur de l’importation de véhicules d’occasion au Togo, qui devait, disait-on à l’époque, 9 milliards de francs au fisc, fut également épinglé. Ces faits d’armes lui ont valu depuis lors le surnom de « dame de fer ». Elle a par ailleurs su forger avec intelligence une célébrité de « dame influente et incontournable » dans l’entourage du président togolais.

Après huit ans de bons et loyaux services, Ingrid Awadé quitte la Direction générale des impôts en janvier 2014, à la suite de la réforme des régies financières, qui a abouti à la création de l’Office togolais des recettes (OTR).

L’aventure la plus passionnante et la plus enrichissante de sa vie professionnelle sera sans doute celle vécue à la Délégation de l’organisation du secteur informel (DOSI), de janvier 2014 à mars 2017. Dans cette structure, elle s’est employée à mettre sous les projecteurs ce pan de l’économie laissé à la traîne, et à faire connaître les milliers de femmes et d’hommes, braves artisans, commerçants et autres « petits patrons », de l’informel.

Ingrid Awadé, une professionnelle rigoureuse

N’en déplaise à ses détracteurs, la quadragénaire a acquis une réputation de travailleuse infatigable, ne ménageant ni son temps, ni ses forces, ni son énergie, pour donner le meilleur d’elle-même. Pour les Togolais, elle compte parmi les femmes les plus puissantes de l’administration. Une position qui ne lui a pas valu que des amis.

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Après son passage à la DOSI, elle dirige actuellement la très importante Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS). Sous sa gestion depuis avril 2017, la structure aura montré de grandes capacités à servir de moteur de développement dans le pays, en finançant plusieurs projets, dans le domaine de l’immobilier, de la santé et de l’énergie. A ce poste, elle a engagé des chantiers ambitieux dans le but de renforcer la viabilité financière à long terme du régime de sécurité sociale et amélioré la couverture sociale des travailleurs des secteurs privé, parapublic et informel.

En l’espace de trois ans, madame Awadé a su engager une dynamique de transformation de l’institution, dans sa globalité, à travers la digitalisation de l’ensemble des prestations sociales (gestion électronique des documents, télépaiement, télédéclaration) et la mise en place de services dédiés aux usagers ; la déclaration d’un programme de formation des partenaires sociaux dénommé « Vendredi de la Sécu » ; l’initiation et la conduite de grands projets immobiliers, notamment « Résidence Renaissance » et de santé « Hôpital de référence Dogta Lafiè »…

La puissante Awadé joue sur plusieurs tableaux

L’actuelle Directrice générale de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) est, depuis 2020, la présidente du Conseil d’administration de la Loterie Nationale Togolaise (LONATO), poste qu’elle cumule avec celui de PCA de la Société Nouvelle de Boissons (SNB).

Ingrid Awadé n’est pas arrivée par hasard dans le sérail de la haute finance et des impôts. Au mot « patrie », elle y met de la valeur. Le devoir pour la patrie revêt à ses yeux un sens invariable qui se mue en principe qu’elle assimile et traduit en un état d’esprit, « avoir le sens du devoir ; avec une finalité : servir ».

Méthodique par sa précision dans la conception et dans l’action, les défis l’attirent. Rares sont ses apparitions publiques, surtout ces dernières années. Mais, dans l’ombre et le silence, elle reste cette femme de poigne respectée de tous. Son pouvoir se trouvant rééquilibré par l’arrivée de nouvelles figures autour du chef de l’État, Ingrid Awadé ne demeure pas moins influente grâce aux réseaux qu’elle a su tisser entre le monde associatif (caritatif notamment), celui des affaires et celui de la politique.

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Si la vie professionnelle est comme un parcours, « on connaît mieux une personne après un parcours de 18 trous qu’après 18 ans passés dans le même bureau », dit-on souvent au Togo.

Des Distinctions honorifiques :

27 avril 2014 : Commandeur de l’ordre du Mono,

2013 : Parmi les 25 femmes les plus influentes du business en Afrique,

2014 : Treizième au classement des 20 meilleurs jeunes entrepreneurs africains de Forbes

2020 : Parmi les 50 dirigeants africains les plus influents.

Hervé YENDABRE

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