Sommet Afrique-Espagne : Les exigences du continent pour un partenariat équitable

La capitale espagnole vibre au rythme du troisième Sommet Afrique-Espagne, un événement stratégique qui s’inscrit dans le cadre de la nouvelle feuille de route « Espagne-Afrique 2025-2028 ». Ce sommet, qui se tient du 6 au 8 juillet au ministère des Affaires étrangères espagnol, rassemble des délégations de haut niveau venues de tout le continent africain, avec pour objectif de renforcer les relations économiques et politiques entre les deux parties.
Parmi les participants figurent des personnalités de premier plan telles que José Manuel Albares, ministre espagnol des Affaires étrangères, Wamkele Mene, secrétaire général de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF), ainsi que des représentants gouvernementaux de Côte d’Ivoire, du Togo, ou encore de Somalie.
Des échanges commerciaux en pleine expansion
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : les échanges commerciaux entre l’Espagne et l’Afrique ont atteint près de 30 milliards d’euros au premier semestre 2024, dépassant ainsi les échanges entre l’Espagne et l’Amérique latine. Le continent africain représente aujourd’hui 6% des exportations espagnoles et 7% de ses importations. Le Maroc reste le premier partenaire économique de l’Espagne en Afrique, suivi de près par l’Algérie, le Nigeria, la Libye et l’Afrique du Sud. Une tendance notable : depuis les sanctions européennes contre la Russie, le Nigeria est devenu le premier fournisseur de pétrole de l’Espagne, tandis que l’Algérie reste son principal fournisseur de gaz.
Cinq axes stratégiques pour une coopération renforcée
Le sommet s’articule autour de cinq priorités claires. Premièrement, la connectivité économique, avec un accent particulier sur le développement des infrastructures portuaires comme Tanger Med. Deuxièmement, les investissements, où l’Espagne a déjà engagé 6 milliards de dollars, principalement dans les énergies renouvelables et le secteur pharmaceutique. Troisièmement, la question cruciale de la sécurité et de la migration, avec des projets concrets de formation professionnelle pour les jeunes Africains. Quatrièmement, l’intégration régionale, notamment l’articulation entre la ZLECAF et le mécanisme européen d’ajustement carbone aux frontières. Enfin, la coopération culturelle, avec un focus sur l’inclusion des jeunes et des femmes dans les projets de développement.
Parmi les annonces marquantes de ce sommet, le lancement d’AFRICO, un nouveau réseau ibéro-africain de chambres de commerce, promet de faciliter les échanges économiques. Les secteurs de l’eau et de l’agro-industrie sont également à l’honneur, avec plusieurs projets de dessalement d’eau en discussion. José Segura Clavell, directeur général de Casa África, a souligné le rôle croissant de l’Espagne comme pont entre l’Europe et l’Afrique, rappelant que le pays est désormais le cinquième client de l’Afrique de l’Ouest, devant la France.
Les conclusions de ce sommet alimenteront directement le prochain dialogue Union europenne-Union africaine, avec une attention particulière portée sur deux enjeux majeurs : la transition énergétique et la sécurité alimentaire.
Roger BIÈRE
