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L’impact de la guerre du M23 en RDC : une économie sous pression

La guerre menée par le M23 dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC) continue de peser lourdement sur l’économie nationale. Entre la paralysie du secteur minier, les pertes douanières et la fuite des entreprises, les effets de ce conflit sont considérables.

Le secteur minier en crise

L’exploitation minière, principal moteur économique des provinces de l’Est, est gravement affectée par la crise sécuritaire. Au Sud-Kivu, Hilaire Issambya, le Coordonnateur du cadre de concertation de la société civile du territoire de Mwenga, souligne l’impact direct de la guerre sur l’économie locale. « Toutes les activités économiques restent au ralenti et bloquées d’ailleurs. Les entreprises minières chinoises, qui exploitaient l’or sans réelle contrepartie pour les communautés locales, ont fui la région », explique-t-il. Les sociétés congolaises comme Congo Mining Corporation, Kamituga Mining et Lugusha Mining, qui collaborent avec des entreprises étrangères, ont également vu leurs opérations perturbées.

Au Nord-Kivu, la situation est tout aussi préoccupante. Selon le responsable de la chambre des Mines, la prise du site minier de Rubaya par le M23 a entraîné une chute de la production de coltan d’environ 100 tonnes par mois, soit une perte estimée à 7 millions de dollars. Ce manque à gagner est d’autant plus critique que le secteur minier représentait plus de 40 % du budget de la province avant le conflit.

Les conséquences de la guerre se font également sentir sur les travailleurs du secteur minier. Certains ont même fait le choix de rejoindre la rébellion. Dieu merci Bahani, un jeune creuseur de Rubaya, témoigne des difficultés croissantes. « Le travail de creuseur de minerais est bénéfique, mais aujourd’hui, ce métier ne me permet plus de subvenir à mes besoins. C’est pourquoi j’ai pris la décision de rejoindre le M23 pour défendre mon pays», a-t-il confié à notre reporter dans la région. Une déclaration qui illustre comment la guerre et la précarité peuvent alimenter le cycle de recrutement des groupes armés.

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En parallèle, l’ONU, via le rapport de ses experts, estime que  «le M23 tire environ 800 000 dollars par mois du commerce illégal des minerais, notamment grâce à une taxe de 7 dollars par kilogramme de coltan produit». Ce contrôle économique, par le groupe rebelle renforce sa capacité de financement, tout en privant l’État congolais de précieuses ressources.

Des pertes colossales pour les finances publiques  

L’impact économique de la guerre ne se limite pas au secteur minier. L’occupation de Goma et Bukavu par les forces du M23 et leurs alliés a entraîné une chute importante des recettes douanières et fiscales. Jules Alingete, inspecteur général des finances en RDC, dresse un bilan alarmant. « Nous avons perdu près de 9 % des recettes douanières, soit environ 200 à 250 millions de dollars par mois. Du côté de l’Inspection générale des impôts, nous perdons environ 3 % des recettes », a-t-il affirmé, expliquant que malgré ces pertes, les autorités congolaises se veulent résilientes. « Tous les mécanismes ont été mis en place pour que nous ne ressentions pas trop le coup. La mobilisation des recettes, cette année, va dépasser toutes les années précédentes », assure Alingete. 

Toutefois, cette assurance ne masque pas les difficultés croissantes des populations locales qui subissent la flambée des prix et la dégradation des infrastructures.

Une relance économique compromise

Alors que la guerre continue de ravager l’Est de la RDC, la reconstruction et la relance économique restent incertaines. La fuite des investisseurs, l’arrêt des activités minières et la perte des revenus douaniers affaiblissent considérablement l’économie congolaise. Pour Hilaire Issambya, la priorité est claire : « Lorsque nous aurons la paix, notre gouvernement devra signer des contrats gagnant-gagnant avec des sociétés de renom, capables de désenclaver le territoire et de créer des emplois ».

En attendant, la guerre du M23 continue d’étouffer l’économie congolaise, mettant en péril le développement du pays et le bien-être de ses habitants.

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Anicet KIMONYO

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