GABON : Roll Stéphane NGOMAT, un parcours remarquable d’un diplomate et Expert en Relations Internationales hors pair

Roll Stéphane NGOMAT, diplomate gabonais et expert en relations internationales partage avec nous Pour Ceux Qui Font l’Afrique, son parcours sur les questions diplomatiques et en relations internationales. Président de l’Union de la Paix et de la Sécurité Africaine, il partage son parcours, de ses premières passions pour la géopolitique à son rôle actuel en faveur de la paix sur le continent. Il aborde les défis de la réforme du secteur de la sécurité, revient sur sa suspension passée à l’UA-ECOSOCC et livre son regard, dans le changement de la gouvernance actuelle au Gabon, au cœur des enjeux diplomatiques africains à travers le prisme d’un acteur engagé.

1. Monsieur Ngomat, votre parcours, à la fois riche et multidisciplinaire, suscite l’intérêt. Pourriez-vous nous en retracer les grandes lignes et nous expliquer ce qui vous a orienté vers la diplomatie et les relations internationales ?
Bonjour, je dois dire que depuis mon plus jeune âge, j’ai toujours été passionné par la diplomatie et les relations internationales, par exemple, je n’ai jamais manqué et même jusqu’à aujourd’hui les émissions politiques sur RFI, Afrique N°1, Gabon Télévision, comme Archives d’Afrique, le Débat Africain, Appel sur Actualité. Le Journal de 20h, de la RTG à l’époque aujourd’hui Gabon Télévision. Tous les matins je lis, le journal l’Union, l’Écho du Nord, Africa Intelligence, Jeune Afrique etc.
Je pense que c’est ce qui m’a façonné et fait de moi ce que je suis aujourd’hui, car ma culture générale est assez profonde. Après mon baccalauréat, j’ai naturellement choisi de me spécialiser dans les relations internationales et la diplomatie.
Pour revenir à votre question, je suis Excellence Roll Stéphane NGOMAT, d’origine gabonaise, diplomate et expert en relations internationales. Je suis le président de l’Union de la Paix et de la Sécurité Africaine, organisation chargée, entre autres, du mécanisme d’alerte précoce, du rétablissement de la paix et de la médiation, de la consolidation de la paix et de la reconstruction post-conflit, du maintien de la paix, de la réforme du secteur de la sécurité (RSS) et de la promotion des Agendas Jeune Paix et Sécurité et Femmes Paix et Sécurité.
J’ai présidé le Département Paix et Sécurité du Conseil économique, social et culturel de l’Union africaine de 2018 à 2022. À ce titre, j’ai été membre du Comité, directeur de l’Union africaine sur la réforme du secteur de la sécurité (RSS) et point focal du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine (CPS-UA) pour l’opérationnalisation de la formule Livingstone.
J’ai également été membre du département des affaires politiques du Conseil économique, social et culturel de l’Union africaine (ECOSOCC) travaillant dans les domaines de la bonne gouvernance, des droits de l’Homme, des institutions électorales et des affaires humanitaires de 2017 à 2018.
Je Participe à des missions d’observation des élections (MOE) en tant qu’observateur électoral pour le compte de l’Union Africaine dans plusieurs pays africains ; à des rencontres de Haut niveaux avec plusieurs chefs d’état, de gouvernement et des organisations internationales, j’ai participé et présidé à la rédaction de l’avis consultatif de l’union africaine sur l’Agenda Femme, Paix et Sécurité en Afrique, et aussi sur la Migration, la Gouvernance et les Droits de l’Homme.

2. Depuis février 2023, vous présidez l’UPSA. Quels sont les chantiers prioritaires de cette organisation, notamment en matière d’alerte précoce, de médiation et d’agendas Femmes & Jeunes ?
Les priorités de l’Union Paix et Sécurité Africaine sont clairement définies dans notre feuille de route 2023-2030. En matière d’alerte précoce et de prévention des conflits, il s’agit d’apporter un soutien technique aux enquêtes et aux missions sur le terrain des mécanismes régionaux. En réalisant des rapports d’alerte précoce et des analyses de situation, nous œuvrons également à l’amélioration du processus de recherche et d’analyse qui alimente le processus décisionnel au niveau des États, des Communautés économiques régionales et des mécanismes régionaux.
En ce qui concerne le rétablissement de la paix et la médiation, nous conseillons les équipes de médiation lors des négociations. Nous fournissons des informations aux envoyés spéciaux et représentants dans l’exécution de leur mission. Nous participons également à la diffusion du processus de rétablissement de la paix afin de permettre à l’ensemble de la population d’être informée des efforts en cours pour promouvoir la paix dans le pays.
En ce qui concerne l’Agenda Femme, Paix et Sécurité, l’Union de la Paix et de la Sécurité Africaine œuvre pour l’inclusion et le rôle des femmes et des jeunes en tant qu’acteurs égaux à tous les niveaux dans la prévention, la gestion et la résolution des conflits ainsi que dans la reconstruction et le développement post-conflit.
Nous travaillons également pour la protection des droits des femmes et des jeunes pendant et après les conflits, la participation des femmes et des jeunes à la consolidation de la paix et les besoins spécifiques des femmes en matière de relèvement et de secours, (l’inclusion dans les domaines du rapatriement, de la réinstallation, de la réhabilitation, de la réintégration et de la reconstruction post-conflit).
3. En tant qu’ancien président du département Paix et Sécurité de l’UA-ECOSOCC, quels ont été, selon vous, les principaux défis à relever, en particulier dans le cadre de la réforme du secteur de la sécurité (RSS) et de la mise en œuvre de la formule de Livingstone ?
Les principaux défis, en particulier dans le contexte de la réforme du secteur de la sécurité (RSS) et de la mise en œuvre de la formule de Livingstone, sont plusieurs parmi lesquelles : l’appropriation, la responsabilité et l’engagement des États membres de l’Union Africaine envers ses mécanismes et cadres, le deuxième défis, c’est le manque de soutien diplomatique, politique et financier aux programmes de la RSS et de l’opérationnalisation de la formule de Livingstone ; troisièmement, le manque de renforcement des mécanismes institutionnels et de mise en œuvre de la formule de Livingstone par les États membres, les CER et l’UA. Quatrièmement un nombre limité d’OSC travaillant sur la réforme et la gouvernance du secteur de la sécurité en raison de la nature très sensible de la RSS et de la croyance selon laquelle le secteur de la sécurité est dirigé par des acteurs du secteur de la sécurité plutôt que par la société civile, ce qui entraîne des lacunes en matière de connaissances et de capacités parmi tant d’autres.
4. Monsieur Ngomat, en 2022, vous avez fait l’objet d’une suspension de vos fonctions au sein de l’ECOSOCC-Union Africaine pour violation présumée de l’article 8 du règlement intérieur et du code d’éthique de l’UA. Comment répondez-vous à ces allégations ?
Avec le recul, et même si ce malentendu est désormais résolu et derrière nous, nous avons été victimes de notre ferme détermination à réformer un système vieux de plus de cinq décennies. Nous étions plus que déterminés à l’époque à combattre de manière frontale les vices, les maux et l’impunité qui minaient, et minent encore aujourd’hui, notre organisation continentale et à garantir qu’elle soit véritablement centrée et fondée sur les peuples. Le système avait eu raison de nous à l’époque. Mais bon, c’est du passé maintenant. L’essentiel est que nous soyons toujours utiles à notre continent et que nous continuions, avec les moyens dont nous disposons, à apporter notre pierre à l’édifice pour une Afrique intégrée, paisible et prospère conformément aux aspirations des peuples Africains.

Je pense que je pourrais écrire un livre là-dessus.
5. Cette expérience a-t-elle influencé votre approche du leadership dans vos fonctions actuelles à la tête de l’Union Paix et Sécurité Africaine ?
Oui, bien sûr, j’ai surtout appris que le changement, si nécessaire à toute organisation, s’opère avec tact et subtilité, et pas nécessairement de manière soudaine et frontale. Et que le leadership exige beaucoup de sagesse et de retenue même dans un contexte où on souhaite apporter le changement.
6. Le Gabon a traversé une période de transition politique depuis août 2023. Quel bilan dressez-vous, en tant qu’expert en gouvernance et diplomatie, des avancées (ou des lacunes) en matière de processus démocratique, de réformes institutionnelles et de participation citoyenne ?
Un bilan très positif de mon point de vue, voire admiratif à tous les niveaux, cette transition il faut le reconnaitre a apporté un renouveau au pays et a marqué l’avènement d’une nouvelle ère politique. Cette transition a mis en lumière les réformes politiques, économiques et sociales visant à restructurer le pays, telles que définies lors du dialogue national inclusif. Elle a également renforcé la souveraineté économique du pays, comme c’est le cas avec Assala, favorisant une transformation économique durable.
C’est aussi son caractère d’ouverture qui a permis la levée des sanctions contre le Gabon par les instances internationales. Nous avons également assisté à la libération de prisonniers politiques et à la tenue d’élections présidentielles libres, justes, équitables et transparentes, comme en ont témoigné les observateurs internationaux. Cette transition a véritablement mis l’accent sur la restauration des institutions, ce qui, à mon avis, en a fait un succès. En bref, le bilan a été plus que positif.
7. Pensez-vous que le Gabon soit sur la bonne voie pour une stabilisation durable ?
Nous sommes sur la bonne voie : les institutions ont été rétablies, nous avons connu l’une des meilleures élections de notre histoire, sans contestation, où le vainqueur a réellement gagné et dirige le pays en toute légitimité et légalité. Les sanctions contre le Gabon ont toutes été levées. Le pays s’engage à diversifier son économie et à intensifier sa coopération avec les donateurs, les investisseurs et les autres institutions financières. Ce soutien institutionnel est, à mon avis, important pour renforcer la crédibilité des nouvelles autorités et instaurer un climat de confiance tant au niveau national qu’international.
Aussi, le pays est résolument engagé dans la promotion de projets de développement ambitieux axés sur les infrastructures, la santé, l’énergie, l’eau et l’agriculture. C’est l’occasion de rendre un vibrant hommage au Chef de l’État Son Excellence Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA. Le Gabon aspire aujourd’hui à être un modèle de développement durable, inspirant d’autres nations à suivre son exemple et à proposer des solutions d’investissement cruciales pour améliorer la connectivité et l’accès aux services de base. Ce sont, à mes yeux, des indicateurs essentiels pour la stabilisation durable d’un pays ; nous sommes donc sur la bonne voie.
8. Vous avez joué un rôle déterminant dans l’implantation de plusieurs investisseurs étrangers (SBS, GBR, Desiba Énergie, etc.). Quel regard portez-vous aujourd’hui sur votre contribution à l’évolution de la diplomatie économique du Gabon ?
J’éprouve un sentiment de fierté d’être utile à mon pays, comme le disait le président Kennedy : « Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays ». C’est ce que je m’efforce de faire en toute humilité, attirer les investissements directs étrangers dans notre pays, promouvoir les partenariats public-privé (PPP) et encourager les entreprises à financer des projets existants et des projets BOT (Build Operate and Transfer) créateurs d’emplois, de transfert de connaissances et de technologies. En bref, apporter ma pierre à l’édifice pour un Gabon fort et prospère.
Dans le cadre de la diplomatie économique, j’ai pu promouvoir les intérêts économiques de notre pays en valorisant le potentiel de son sol et de son sous-sol à l’international. Je considère cette diplomatie économique comme un facteur essentiel de rayonnement et de croissance, et j’y contribue efficacement. Elle est pour moi une priorité, car elle s’engage à intensifier la coopération avec les multinationales pour permettre la mise en œuvre d’un programme de développement ambitieux, essentiel à notre essor vers la félicité, à l’heure où le Gabon cherche à réduire sa dépendance aux ressources pétrolières et à diversifier son économie.
9. Avec l’avènement de la Ve République, quelle devrait être, selon vous, la nouvelle orientation diplomatique du Gabon ?
Une diplomatie d’équilibriste, le Gabon doit s’adresser à tous pour promouvoir ses intérêts stratégiques. Cette diplomatie doit être rayonnante, discrète et efficace, fondée sur la coopération internationale et la diplomatie économique. Elle doit mettre en avant l’importance d’attirer les investissements étrangers, de valoriser nos ressources naturelles et de construire des partenariats gagnant-gagnant.
10. En 2024, vous avez facilité la conclusion d’accords avec des groupes tels que X-agrifly (drones agricoles) et ASIAEXPO (agro-industrie russe). Quelles sont, selon vous, les prochaines étapes pour renforcer l’économie gabonaise ?
Faciliter leur implantation au Gabon, il faut dire qu’ils ambitionnent de faire du Gabon le hub privilégié pour le développement économique effectif des produits agropastoraux qu’il offre à l’ensemble du continent africain. Pour ce faire, ils envisagent de s’implanter durablement au Gabon dans le cadre d’un partenariat gagnant-gagnant afin de réaliser des projets liés au transfert de technologie, à la formation et à l’autonomisation des jeunes Gabonais dans le domaine agricole. Ces projets, comme vous le savez, seront un catalyseur de relance économique et une source de création d’emplois pour nos compatriotes, réduisant ainsi le chômage et la pauvreté. On s’installons au Gabon, ils contribueront naturellement au PIB national et à la revitalisation de l’économie de notre pays.
11. Selon vous, comment concilier les partenariats historiques, notamment avec la France et l’Union européenne, avec le développement de nouvelles alliances stratégiques telles que la Turquie ou la Russie, afin de mieux servir les intérêts économiques et géostratégiques du pays ?
Comme le disait le général de Gaulle, « Les États n’ont pas d’amis, seulement des intérêts », et cela est vrai pour le Gabon. Nous devons être capables de coopérer avec tout le monde, partout où nous pouvons promouvoir notre intérêt national. Le Gabon, à mon avis, est la chasse gardée d’aucune puissance étrangère. Récemment, lors de l’investiture du Président de la République Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA, j’ai réussi, grâce à mes réseaux, à faire venir au Gabon le vice-ministre israélien des Affaires étrangères, après plus de quatre décennies sans qu’aucun haut responsable israélien ne soit venu au Gabon. Je m’efforce également d’attirer au Gabon des investissements russes, comme ASIAEXPO, Turcs, comme Desiba Energy, le groupe SUMMA, BGN ; des Investissements Sud-Africains, avec le groupe African union Communication sur le projet TNT ; les Investissement Emiratis avec le groupe Katim Edge pour le déploiement de la 5G. etc. Pour revenir à votre question, le Gabon, fidèle à sa tradition de non-alignement, doit collaborer avec toutes les puissances. Pourquoi ne pas rejoindre les BRICS, comme l’ont fait l’Éthiopie ou l’Égypte.
12. Vous avez, à plusieurs reprises, exprimé votre volonté de servir la nation. Dans quelle mesure seriez-vous prêt à mobiliser votre expertise ainsi que votre réseau international au bénéfice des autorités en place ?
Participer au développement de mon pays et à son essor vers la félicité a toujours été mon obsession et ma passion. J’y travaille jour et nuit. C’est dans ce cadre que j’ai œuvré à promouvoir la diplomatie économique de mon pays et à convaincre les investisseurs et les hommes d’affaires de la nécessité de venir investir dans le pays. Je suis prêt à faire davantage pour accompagner le Président de la République, Chef de l’État, Son Excellence Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA, dans sa noble mission pour un Gabon fort et prospère. Je me mets à la disposition des plus hautes autorités de notre pays pour jouer tout rôle qu’elles jugeront utile dans l’intérêt de notre nation, notamment dans le domaine diplomatique.
13. Avez-vous été approché, ou envisagez-vous un rôle officiel dans cette nouvelle ère politique ?
Je n’ai pas encore été approché, mais comme je l’ai dit, je me mets à la disposition des plus hautes autorités de notre pays. Car ma passion a toujours été de servir notre nation et de faire bénéficier à mon pays, mon réseau international et mon expertise dans divers domaines, tant politiques qu’économiques
14. Quel conseil donneriez-vous aux jeunes Africains qui souhaitent s’engager en diplomatie ou dans le commerce international ? .
Engagez-vous pour l’intérêt général, aimez passionnément ce que vous voulez faire, devenez acteur et non spectateur, n’abandonnez jamais malgré les obstacles et les difficultés du parcours.
15. Pour conclure, Monsieur Ngomat, comment envisagez-vous l’évolution de l’Afrique dans les dix prochaines années, et quel rôle le Gabon pourrait-il y jouer
Une Afrique Intégrée, paisible et prospère, gérée par ses propres citoyens et représentant une force dynamique dans l’arène internationale. Conforment a l’agenda 2063, de l’Union Africaine et de ses plan decennaux couvrant cet horizon. Le Gabon de mon point de vue peut jouer un rôle centrale dans la promotion. d’une Afrique prospère basée sur une croissance inclusive et un développement durable, le Gabon peut également être le champion dans la promotion des idéaux du panafricanisme et la vision de la renaissance africaine et enfin jouer un rôle primordial dans une Afrique de la bonne gouvernance, de la démocratie, du respect des droits de l’Homme, de la justice et de la primauté du droit.
Je vous remercie.
Rédaction



