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GABON : De la sécurité alimentaire à la souveraineté nationale , le défi ambitieux du Gabon

À la tête de l’Agence Gabonaise de Sécurité Alimentaire (AGASA), Jean Delors BIYOGUE BI  NTOUGOU  dévoile les coulisses d’une transformation radicale. Universitaire, entrepreneur et ancien candidat à la présidentielle, il apporte une vision multidimensionnelle à ce défi crucial. Entre restructuration d’une agence endettée, mise en place de normes sanitaires et concrétisation de la vision du président Oligui Nguema, découvrez comment le Gabon réinvente son approche de la sécurité alimentaire. Un entretien exclusif qui révèle les ambitions, les obstacles et les premières victoires d’une bataille pour l’autosuffisance alimentaire.

1 : Universitaire, entrepreneur, ancien PCA de l’AGASA (2023-2024), et candidat à la présidentielle de 2023 : comment ces expériences complémentaires façonnent-elles votre approche de la sécurité alimentaire ?

Toutes les positions que vous venez d’énumérer m’ont mis tour à tour dans différentes postures qui me permettent de bien comprendre les enjeux de la sécurité alimentaire. Avant d’être PCA puis Directeur général de l’Agence Gabonaise de Sécurité Alimentaire, j’étais un consommateur naïf, par conséquent exposé aux risques liés à la consommation de produits impropres. Ce statut m’a naturellement conduit à élever mon niveau d’exigence qualitative. Ces attentes individuelles, ajoutées aux exigences des normes de sécurité alimentaire et sanitaires, et renforcées par les ambitions du Président de la République en matière de souveraineté alimentaire, constituent les axes d’inspiration de nos objectifs pour les trois prochaines années. Nous avons fait de 2025 l’année de la restructuration et de la redynamisation de l’Agence, 2026 sera celle de l’impact et de la pérennisation des acquis, et 2027 l’année de la stabilité, de la croissance et du développement.

2 : Après un an comme PCA, quels diagnostics clés ont guidé votre feuille de route dès votre arrivée comme DG en décembre 2024 ?

Le diagnostic était celui que nous avions déjà établi en tant que PCA. C’est d’ailleurs à l’issue de la publication des grandes lignes de ce diagnostic dans le quotidien gouvernemental « L’Union » qu’il m’a été demandé de prendre temporairement la tête de la Direction générale de l’Agence. Les problèmes étaient multiples : un personnel démotivé par un climat de suspicion, l’absence de perspectives, le blocage du plan de développement stratégique, un effectif inadapté aux missions, et d’importants soupçons de corruption. Sur le plan opérationnel, nous avons constaté une planification des activités non alignée sur les missions statutaires de l’Agence, une réduction des activités aux seules missions de contrôle, et des capacités d’action limitées par l’absence de loi-cadre sur la sécurité alimentaire. Sur le plan financier : une gestion approximative, une absence de sincérité dans la déclaration des recettes et une dette insoutenable de 938 millions de FCFA. Sur le plan matériel : un manque de véhicules pour les missions de terrain et d’outils de travail adaptés. Sur le plan de la gouvernance : une gestion trop centralisée et une absence de culture de reddition des comptes. Enfin, l’Agence souffrait d’une faible notoriété auprès du public. Tous ces problèmes nous ont conduit à proposer une réponse stratégique ambitieuse que nous mettons actuellement en œuvre.

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3 : À votre prise de fonction, le Gabon importait 80% de ses denrées (FAO, 2023). Quelles actions urgentes avez-vous lancées pour réduire cette dépendance, notamment via les filières locales comme l’huile de palme ou le manioc ?

La question de la limitation des importations n’est pas de notre ressort. Notre mission consiste à veiller à la sécurité sanitaire et phytosanitaire des aliments qui entrent sur notre territoire, et à nous assurer que les produits disponibles sur les marchés ou en production, qu’ils soient d’origine végétale ou animale, sont de qualité, accessibles et disponibles en permanence pour éviter les ruptures de stock. Nous veillons également à ce que ces produits soient gérés (stockés et commercialisés) et consommés dans le strict respect des règles et normes d’hygiène alimentaire. Notre ambitieux plan d’action vise à atteindre trois objectifs : zéro pénétration, zéro circulation et zéro consommation de produits impropres. Néanmoins, nous veillons à ce que les producteurs locaux ne rencontrent aucun obstacle dans les aspects de la chaîne de production qui nous concernent. Nous les accompagnons dans la régularisation de leurs processus de production via des audits sanitaires, les conseillons pour structurer leurs unités de production à des tarifs préférentiels, et les soutenons dans la promotion de leurs produits auprès des grandes surfaces.

4 : L’AGASA gère les réserves alimentaires d’urgence. Quel est leur niveau de couverture aujourd’hui, et comment les protégez-vous des aléas climatiques et fluctuations des marchés internationaux ?

Le pays accuse un retard important dans ce domaine. Cette situation découle directement de notre forte dépendance au marché extérieur, comme vous le mentionnez à juste titre en évoquant le taux d’importation des produits alimentaires. À proprement parler, nous ne disposons pas encore de réserves alimentaires stratégiques, mais nous y travaillons. En cas de pénurie, nous collaborerions avec les groupes agroalimentaires pour une gestion coordonnée de leurs stocks. Cependant, la meilleure réponse à une crise alimentaire mondiale réside dans les solutions nationales. Nous privilégierons donc les producteurs locaux, même si leurs capacités actuelles ne permettent malheureusement pas encore de couvrir la demande nationale de manière significative et durable. C’est précisément pour remédier à cette situation que le Président de la République, Son Excellence Brice Clotaire Oligui Nguema, a fait de l’autosuffisance alimentaire une priorité absolue de ce septennat.

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5 : Le Président a fait de la souveraineté alimentaire une priorité. Quelles réformes structurelles avez-vous engagées pour concrétiser cette orientation ?

Nous avons relancé l’élaboration d’une loi-cadre sur la sécurité alimentaire au Gabon, qui faisait cruellement défaut. Sans cadre réglementaire solide, aucune sécurité alimentaire n’est possible. Le projet de texte est finalisé et en cours d’examen. Nous avons engagé des discussions avec l’Agence Gabonaise de Normalisation (AGANOR) pour établir des normes encadrant la production et la transformation des produits locaux. Prochainement, nous aborderons la question du calibrage de certains produits comme les œufs et les tomates. Parallèlement, nous avons modernisé notre laboratoire d’analyse alimentaire en élargissant sa palette de tests, et mis en place des synergies opérationnelles entre tous les acteurs du secteur alimentaire pour optimiser notre action au bénéfice des consommateurs.

6 : Quelles décisions emblématiques du Président OLIGUI ont déjà impacté vos opérations ?

L’ensemble du projet présidentiel a naturellement influencé notre stratégie triennale. Certaines mesures ont particulièrement impacté nos décisions, comme la lutte contre la vie chère qui nous a conduits à rendre gratuits certains services et à réduire significativement d’autres tarifs. La priorité donnée à la souveraineté alimentaire nous a amenés à renforcer les capacités de notre laboratoire et à intensifier notre collaboration avec les acteurs clés du secteur. Nous préparons actuellement une évaluation complète des capacités des producteurs locaux dans les filières stratégiques, selon les quatre piliers de la sécurité alimentaire.

7 : Comment conciliez-vous l’impératif de la relance agricole à long terme avec les demandes sociales urgente de stabilité des prix ?

Cette question relève principalement de la Direction générale de la concurrence. Notre contribution consiste en une réduction négociée des coûts de nos prestations avec les opérateurs, notamment par la gratuité de certains services, ce qui représente pour nous un manque à gagner annuel de 230 millions de FCFA.

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8 : 08 mois après votre nomination, quels indicateurs résument le mieux vos résultats ?

En huit mois, nous avons considérablement amélioré nos performances en inspections et contrôles sanitaires. Le nombre de brigades d’inspection a plus que doublé, entraînant une augmentation proportionnelle des contrôles effectués. Nous sommes passés de zéro à 247 établissements géolocalisés en quatre mois. Cette progression se vérifie également dans le nombre d’agréments délivrés, de demandes traitées et d’audits réalisés. Autres avancées majeures : la relance des analyses alimentaires dans notre laboratoire, la création d’une unité d’analyse de l’eau, et la signature de partenariats avec des laboratoires de référence internationaux.

9 : Votre expérience politique vous donne une vision plus globale : que proposez – vous pour assurer l’autonomie alimentaire du Gabon d’ici 2030 ?

En tant qu’acteur du Dialogue National Inclusif et de la rédaction constitutionnelle, je soutiens sans réserve la vision présidentielle en matière de souveraineté alimentaire. Je me mets entièrement au service des orientations du Président de la République, Son Excellence Brice Clotaire Oligui Nguema, pour concrétiser cette ambition à l’horizon 2030.

10 : En tant qu’acteur politique, comment évaluez-vous les premiers mois du Président OLIGUI, et quelle est votre vision du « Nouveau Gabon » ?

Les premiers mois sont très encourageants, comme en témoigne l’adhésion populaire. Le Président a instauré un nouveau cadre de gouvernance via des lettres d’orientation claires, lancé d’ambitieux projets d’infrastructures, et mené une diplomatie économique résolument panafricaine. Ses prises de position aux États-Unis ont démontré un leadership affirmé. La fierté nationale retrouvée transcende les générations et les catégories sociales. Son parti politique bénéficie d’une adhésion massive, preuve que les Gabonais croient en cette nouvelle ère prometteuse pour notre pays.

Pour Ceux Qui Font l’Afrique, Roger BIÈRE.

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