Energie

Éthiopie : Inauguration de la plus grande centrale hydroélectrique d’Afrique

Après quinze années de travaux, l’Éthiopie a inauguré ce mardi le Grand Barrage de la Renaissance (GERD), la plus grande centrale hydroélectrique d’Afrique. ‎D’une largeur de 1,8 kilomètre et d’une hauteur de 145 mètres, le GERD possède une capacité de retenue d’eau estimée à 74 milliards de mètres cubes. Situé à une trentaine de kilomètres en amont de la frontière soudanaise, il représente un investissement colossal financé en grande partie par des contributions populaires et des obligations d’État.



‎Le gouvernement éthiopien, sous l’impulsion du Premier ministre Abiy Ahmed, y voit un levier essentiel pour stimuler l’économie nationale et répondre aux besoins énergétiques d’une population de 135 millions d’habitants.
‎En effet, le GERD doit permettre de résoudre les fréquentes pénuries d’électricité qui entravent le développement industriel et économique du pays. Le gouvernement anticipe des retombées annuelles de l’ordre d’un milliard de dollars, notamment grâce à l’industrie, la pêche et le tourisme.



‎Malgré les clivages politiques et ethniques qui traversent le pays, le barrage fait figure de rare sujet d’unité. Les anciens dirigeants du TPLF (Front de libération du peuple du Tigré) et l’actuel pouvoir se sont mutuellement attribués le mérite de sa réalisation. Sur les réseaux sociaux, les images de l’ouvrage orné du drapeau éthiopien symbolisent une fierté nationale partagée. Un diplomate étranger en poste à Addis-Abeba confiait même sous anonymat : « Il n’y a que deux sujets consensuels en Éthiopie : un accès à la mer et le barrage. »


‎Tensions régionales


‎Toutefois, ce projet relance des tensions historiques avec l’Égypte et le Soudan, qui redoutent une réduction du débit du Nil Bleu, source vitale pour leur approvisionnement en eau.


‎Le Caire qualifie le barrage de « menace existentielle », une inquiétude nourrie par sa dépendance historique aux eaux du Nil. Malgré plusieurs rounds de négociations sous l’égide de l’Union africaine, aucun accord tripartite contraignant n’a encore été signé concernant la gestion des eaux et les périodes de remplissage.

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‎L’inauguration intervient dans un contexte régional fragile, marqué par des conflits internes et des rapports de force géopolitiques complexes. Si le GERD incarne l’ambition éthiopienne de s’affirmer comme une puissance énergétique majeure, il teste également les mécanismes de coopération et de médiation dans le bassin du Nil. Les observateurs internationaux soulignent la nécessité d’une gestion concertée pour éviter une escalade des tensions.


‎Roger BIÈRE 

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