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Enfer médiatique à l’Est de la République démocratique du Congo : les confidences d’un journaliste Congolais contraint à l’exil

Informer au péril de sa vie, c’est le quotidien des journalistes à l’Est de la République démocratique du Congo, où la vérité se paie au prix fort. À Goma et à Bukavu, respectivement au Nord-Kivu et au Sud-Kivu sous contrôle des troupes du Mouvement du 23 Mars (M23), les journalistes travaillent sous la peur, la censure et la menace permanente : arrestations, assassinats, médias fermés, libertés confisquées. Bon nombre fuient pour survivre. Freddy Ruvunangiza, journaliste Congolais, s’est vu dans l’impossibilité de rentrer chez lui à Goma, après un séjour temporaire en Belgique. Contraint donc à l’exil depuis avril 2025 suite à l’invasion de sa ville par le groupe armé M23, il brise le silence dans cette interview. Ce professionnel des médias témoigne de son expérience en tant que journaliste exilé et la résilience de celles et ceux qui refusent d’abandonner le métier, et continuent à croire que la vérité mérite encore d’être rapportée aux communautés, à l’Est de la RDC.     

Ceux Qui Font l’Afrique : Bonjour. Veuillez-vous présenter et nous dire un peu votre parcours en tant que journaliste et ce que vous faites actuellement.

Freddy RUVUNANGIZA : Je m’appelle Monsieur Freddy Ruvunangiza. Je viens de Goma. Je suis journaliste-reporter. Je travaille pour le compte du groupe de presse La Prunelle RDC. La Prunelle RDC, c’est un groupe de presse qui est basé à Bukavu, nous sommes à l’Est de la République démocratique du Congo. Pourquoi je parle d’un groupe de presse ? Parce que La Prunelle RDC, ce n’est pas seulement un média en ligne, mais c’est plutôt également une radio qui émet sur la bande FM au niveau de Bukavu, mais également une autre radio qui émet sur la bande FM au niveau de Goma, en province du Nord Kivu, toujours à l’Est de la République démocratique du Congo.

Nous avons également La Prunelle Verte, c’est un site dédié spécifiquement aux questions ou aux thématiques liées directement à l’environnement. C’est pourquoi je parle du groupe de presse La Prunelle. Moi en tant que tel, j’œuvre comme journaliste-reporter, journaliste de terrain, et pour le moment, je travaille toujours pour les médias en ligne La Prunelle. Je suis actuellement en exil en Belgique. Voilà un peu.

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CQFA : En tant que journaliste originaire de Goma, qu’est-ce que cela signifie pour vous de couvrir un conflit qui touche directement votre communauté ?

FR : Il faut dire que c’est une question très sensible actuellement parce que tout d’abord, c’est très difficile actuellement de parler de la région de l’Est de la République démocratique du Congo, sans parler de la question des rebelles du M23. Parce que ça fait de cela une année. Depuis que les rebelles du M23 ont décidé de prendre le contrôle de la ville de Goma après d’intenses combats autour de la ville, les rebelles avaient décidé d’enclaver la ville et après toutes ces échaufferies, ils avaient fini par prendre la ville de Goma. Il faut dire que depuis tout ce temps-là, la liberté d’expression, la liberté des journalistes a cessé d’exister dans toutes les zones dites occupées, les zones qui sont sous l’emprise des rebelles du M23. C’est-à-dire qu’on ne peut plus parler de la liberté de la presse sans qu’il n’y ait la liberté d’expression. Les journalistes qui sont restés dans les zones sous l’emprise des rebelles du M23 ne peuvent plus travailler librement, ils travaillent sous censure. C’est-à-dire qu’ils ne peuvent pas parler d’une chose qui est contraire à ce que les rebelles pensent, c’est-à-dire qu’ils sont obligés de faire l’apologie des actions des rebelles. Si les rebelles ont gagné des localités, les journalistes sont obligés de publier tout ce qu’ils veulent.

Mais si les journalistes cessaient de parler des activités qui s’y déroulent, et de la capitale congolaise, là je parle de Kinshasa, ils ramènent les mêmes informations dans son média, dans une zone sous contrôle des rebelles, ils doivent s’attendre à tout. Et déjà là, je tiens à vous informer, parce que depuis avant-hier, 28 décembre 2025, l’un de nous, notamment notre rédacteur en chef, Monsieur Honneur David-Safari, est porté disparu, tout simplement parce qu’il a travaillé sur une question sensible. Une question sensible, c’est-à-dire qu’il a rédigé un article qui évoque les manifestations que les rebelles ont entamées dans la province du Nord Kivu, mais aussi dans la province du Sud Kivu. Ces manifestations en question visaient à s’adresser à la communauté internationale, mais aussi au pouvoir de Kinshasa, mais également aux rebelles du M23 de ne pas pouvoir se retirer de la ville d’Uvira, qu’ils avaient pris ici récemment, avant même de s’y retirer. David-Safari a donc été arrêté par des inconnus. Jusqu’à présent, sa destination n’est toujours pas connue.

Son seul péché serait d’avoir documenté sur ces manifestations et d’avoir montré comment les rebelles ont manipulé une manifestation pour montrer que la population veut d’eux ou que la population veut qu’ils puissent continuer à avancer dans d’autres zones et à rester dans la ville d’Uvira qu’ils ont capturée il y a un mois déjà. C’est-à-dire que c’est une question très sensible. Les journalistes qui sont sur place ne peuvent pas travailler en toute indépendance ou traiter de sujets sensibles comme les sujets qu’a traités notre confère avant d’être arrêtés.

CQFA : Pouvez-vous nous résumer les principales difficultés auxquelles les journalistes font face dans la couverture des affrontements entre les forces gouvernementales et les troupes du M23 ?

FR : Oui, à Goma, c’est d’abord difficile de dire réellement ce qu’on fait comme travail. Si on a déjà peur de dire ce qu’on fait comme travail, imaginez quel sera le sort d’un journaliste qui dit qu’il est journaliste ou le sort d’un activiste des droits humains qui travaille dans une zone sous conflit. C’est donc très difficile de parler de la liberté de la presse dans une zone où la liberté d’expression a cessé d’exister.

Parce que pour parler de la liberté de la presse, il faut qu’il y ait d’abord la liberté d’expression. Pour que le journaliste puisse se sentir libre, il faut que les sources d’information se sentent libres de lui donner de l’information. Mais maintenant que quelqu’un n’est pas en mesure de donner une information, par crainte d’être poursuivi demain ou d’être tué le soir, c’est-à-dire qu’on ne peut plus parler de la liberté de la presse. C’est-à-dire que le premier problème que les journalistes qui sont dans les zones occupées par les rebelles ont actuellement, c’est le problème d’accès aux sources. Non seulement il y a ce problème, mais il y a aussi le problème du croisement des sources. Également, il y a des médias qui diffusaient des thématiques, des débats politiques dont leurs radios ont été réduites au silence.  C’est-à-dire qu’s ne peuvent plus émettre parce que leurs équipements ont été pillés par les rebelles. Quand les rebelles sont entrés dans la ville de Goma, il y a des radios qui se sont vues être pillées. Il y a des médias dont leurs bureaux ont été également pillés.

C’est-à-dire que les médias sont confrontés à d’énormes défis. Ils ne peuvent plus travailler comme c’était dans l’ancien temps. Comme vous le savez bien, la République démocratique du Congo, c’est un pays démocratique. C’est un pays où la liberté de la presse, mais également la liberté d’expression sont favoris. C’est-à-dire qu’on ne peut pas parler aussi de la démocratie sans qu’il y ait la liberté de la presse. Car la liberté de la presse est le pilier de la démocratie. C’est pour dire que dans les zones sous contrôle des rebelles du M23, la liberté de la presse a cessé d’exister. Et les défis auxquels sont confrontés les journalistes de la ville de Goma ou de la ville de Bukavu, ce sont des défis liés à l’accès aux sources, liés également aux matériaux de reportage. Ils ne peuvent plus inquiéter sur des situations ou des sujets aussi pertinents comme ils le veulent. C’est donc une situation confuse.

CQFA : De façon générale, est-ce que vous pouvez nous citer quelques cas de récents enlèvements, emprisonnements, assassinats de journalistes ?

FR : Oui, il y a des journalistes qui sont de ces cas. Récemment, c’est le journaliste Magloire Paluku qui a été assassiné. Et dans les enquêtes, les mobiles de son assassinat restent encore flous. Il était responsable de la Radio Kivu One. C’est aussi l’une des voix qui ont fait la pluie et le beau temps dans la ville de Goma. Pas seulement dans la ville de Goma, mais aussi dans la province du Nord Kivu, mais également dans la province du Sud Kivu. Magloire Paluku, avant son assassinat, il était devenu un cadre de la rébellion du M23 qui occupe actuellement la ville de Goma.

Il y a également un journaliste de la Radio Maria qui a été assassiné il y a quelques mois. Mais également à Bukavu, il y a le journaliste Wilondja. Il travaille au centre de monitoring de l’Union nationale de la presse du Congo. Il a été assassiné et son corps sans vie avait été retrouvé au niveau de Nguba, dans la commune d’ Ibanda. Jusqu’à présent, les auteurs de son assassinat n’ont toujours pas été identifiés. C’est-à-dire que la liberté de la presse ou la liberté d’expression est en berne dans les zones sous contrôle des rebelles du M23, et plus particulièrement à l’Est de la République démocratique du Congo.

S’il faut aussi parler des arrestations, il y a le journaliste Ricardo Olenga qui travaillait pour le ; compte de la Radio Kako FM. Il avait été arrêté seulement parce qu’il a donné la parole à une femme. Une femme qui essayait un peu de critiquer la gestion des rebelles du M23. Une gestion qu’elle avait jugée opaque, mais aussi l’enrôlement forcé des jeunes dans la rébellion du M23, dans toutes les zones qu’ils occupent. Le journaliste s’était vu être arrêté. Il avait fait au moins un mois et demi dans un cachot des rebelles du M23 dans la ville de Goma.

Je vais parler également, comme je l’ai indiqué déjà, du confrère Honneur David-Safari qui a été arrêté et qui est toujours en arrestation jusqu’à présent, seulement parce qu’il a couvert une question sensible qui n’a pas plu aux rebelles du M23. C’est donc une question compliquée. Les journalistes ou même les activistes des droits humains vivent dans une situation compliquée dans les zones sous contrôle des rebelles du M23.

Il n’y a pas seulement ces cas que je viens de citer. Il y a d’autres cas qui ne sont pas actuellement documentés, dont les professionnels des médias sont victimes. Ces cas que je viens de citer sont des cas qui sont documentés. Il y en a d’autres qui ne sont pas documentés. Il y a des journalistes qui sont arrêtés à Uvira, mais également dans la plaine de la Ruzizi, où des professionnels des médias ont été contraints de fermer leurs stations parce que les rebelles ont avancé dans les entités où ils vivent.

CQFA : Quand on regarde un peu la situation, c’est un climat d’intimidation et de peur, est-ce qu’il faut dire que cette violence influence la manière de travailler, l’autocensure, des déplacements à l’intérieur du pays ou l’abandon même du métier de journaliste ?

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FR : Eeehh oui, j’en suis un exemple typique déjà. Parce que récemment, j’ai reçu une bourse d’études pour une formation en Belgique. Déjà, je ne peux plus rentrer dans mon pays parce que je ne peux pas travailler sous la pression ou sous censure. Parce que je sais les obligations qui guident notre métier et quand on est en train de travailler sur un fait, on est obligé de donner la parole aux deux parties. S’il y a deux parties qui sont en conflit, on est amené à leur donner la parole pour que chacun s’exprime et que les deux réponses soient aussi publiées. Déjà, j’ai refusé de travailler sous cette censure et j’ai décidé de demander l’exil au royaume de Belgique qui a décidé m’en donner.

Il n’y a pas seulement mon cas. Il y a des cas de journalistes de l’Agence congolaise, de Presse aussi. J’en connais un qui est actuellement en France et qui a été contraint à l’exil parce que seulement, il a accordé la parole aux Wazalendos, qui avaient commencé à avoir peur de pouvoir retourner dans la zone sous-occupée par les rebelles du M23. C’est-à-dire que la présence des rebelles du M23 impacte sur la vie des journalistes. Parce que les journalistes qui veulent travailler en toute professionnalisme ou en toute indépendance ne peuvent plus rentrer dans la ville de Goma ou dans la ville de Bukavu. Ils décident d’aller dans un environnement où ils supposent pouvoir travailler en toute indépendance ou en toute quiétude.

CQFA : Nous abordons votre départ de Goma et le basculement vers l’exil, alors que vous êtes arrivé en Belgique en janvier 2025 pour un séjour de quatre mois. Dites-nous l’atmosphère dans lequel vous avez quitté Goma.

FR : Oui, j’ai quitté Goma en janvier comme vous l’avez dit, alors que la ville était déjà enclavée du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest. Les rebelles avaient déjà coupé toutes les voies d’approvisionnement de la ville. Il ne restait seulement que la voie qui reliait la province du Nord au Sud Kivu. Mais également la frontière entre la RDC et le Rwanda qui était encore accessible. C’est à dire que du côté de la frontière entre le territoire de Masisi et la ville de Goma, du côté de la frontière entre le territoire de Rutshuru et la ville de Goma, toutes les voies étaient déjà coupées par les rebelles du M23 et la ville de Goma était déjà asphyxiée.

Elle ne pouvait plus accueillir des denrées alimentaires ou des produits de première nécessité qui viennent en grande majorité des territoires de Masisi ou de Rutshuru qui jadis, étaient déjà occupés par les rebelles du M23.

 Il y avait déjà une tension, il y avait déjà un climat de peur, un climat d’inquiétude qui dominait le paysage médiatique dans la ville de Goma d’où je venais d’ailleurs et moi j’ai décidé de quitter la ville. Mais une semaine déjà après mon départ, la ville a été prise par les rebelles du M23 et certains médias ont décidé carrément de fermer leurs portes. Moi étant déjà à Bruxelles, j’ai décidé de d’introduire une demande d’asile qui a fini par aboutir à une suite favorable de la part du gouvernement belge.

C’est-à-dire qu’étant ici, j’ai continué à travailler pour mon média, j’ai continué à corriger des articles qui contribuent à la visibilité de notre média mais également, j’ai continué à soutenir notre ASBL (Association sans But Lucratif) qui est basée à Bukavu, à l’Est de la République démocratique du Congo. Jusqu’à présent je bénéficie d’un soutien du gouvernement belge et d’une protection juridique de ce gouvernement qui a décidé de m’accorder l’asile.

CQFA : A quel moment vous vous êtes rendu compte que le retour à Goma n’était plus possible après avoir fini justement la formation pour laquelle vous avez rejoint la Belgique ?

FR : Je me suis rendu compte que je ne pouvais plus retourner dans la ville de Goma déjà juste après la prise de la ville de Goma, car les rebelles ont intensifié leurs mouvements, c’est-à-dire qu’après la prise de de Goma, ils ont continué à avancer. Ils ont pris la ville de Bukavu. Après cela, ils se sont rendus même dans la plaine de la Ruzizi. Ils se sont rendus également dans le territoire d’Uvira. Ils ont capturé une troisième ville. C’est-à-dire que je me suis rendu compte que la sécurité des journalistes, la sécurité des défenseurs des droits humains, ma propre sécurité n’était plus garantie. Donc j’ai décidé de ne plus rentrer dans une zone où ma sécurité ou ma propre vie n’était plus garantie et j’ai décidé de de rester en Belgique.

CQFA :  Cette décision de demander l’asile a-t-elle été difficile pour vous sur le plan personnel et professionnel ?

FR : Je pense que c’est un choix qui dépend de moi-même. C’est un choix qui dépend non seulement de ma vie, mais également de mon travail. Aussi longtemps que je trouve que je je ne peux plus rentrer dans un climat qui ne me permet pas de travailler ou un climat où ma vie n’est pas garantie, j’ai le choix. J’ai la pleine responsabilité de ma vie en main et j’ai la décision finale. C’est-à-dire que pour moi, sur le plan professionnel ou au niveau de mon média, il ne leur revenait pas de décider positivement ou négativement ou de dire qu’il fallait que je retourne ou non. Je me suis retrouvé que ma propre sécurité n’était plus garantie, je ne pourrais que décider sur ma propre vie et j’ai donc décidé de rester. La dernière décision ne revenait qu’à moi et j’ai fait tout ce que je pouvais.

CQFA : Que laissez-vous derrière en tant que journaliste Congolais qui a fui son pays en raison des violences ?

FR : Oui, un pays où on travaille dans un climat très difficile. Un climat où on ne peut plus parler de son pays. On parle de son pays à distance. J’y ai laissé ma passion, les auditeurs qui m’écoutaient ne peuvent plus m’écouter facilement. Il n’y a que ceux-là qui qui me lisaient à travers la Prunelle RDC qui peuvent me lire en ligne.

Dans tout ce que j’avais comme passion de pouvoir continuer à informer les citoyens marginalisés, c’est cette frange de la communauté qui parfois avait difficilement accès à une information de qualité et qui ne pouvait que suivre la radio. Mais déjà, c’est un vide qui s’est créé avec la communauté. C’est des milliers d’auditeurs qui ne peuvent plus me suivre parce que je suis déjà à une grande distance et que je ne peux plus communiquer avec eux à travers la radio. Vous imaginez cette interaction qui était entre cette communauté et moi directement à travers la radio, elle ne peut plus exister et voilà donc que c’est un vide. S’il faut le dire, c’est un vide qui se crée entre ma propre communauté et moi.

Mais je sais qu’un jour si cette question se décantait, je pourrai facilement retourner dans mon pays et continuer à travailler pour une presse libre, continuer à donner à cette communauté une information libre et une information vérifiée.

CQFA : Vivre et travailler comme journaliste exilé en Europe, comment se passe votre quotidien ?

FR : Aujourd’hui en Belgique, j’ai été pris comme collaborateur dans un média qui s’appelle Média Latitude. C’est un média qui est rattaché à l’association ENGA-J. C’est une association qui encadre les journalistes en exil et déjà, j’ai pu travailler indépendamment sur des sujets en lien avec la République démocratique du Congo. Aussi, je peux étant ici en Belgique, travailler sur des sujets et les proposer à Média Latitude et je serai rémunérer à travers mes productions.

CQFA : En s’appuyant sur votre vécu, quelles sont les principales différences entre exercer le journalisme à Goma par rapport à l’Europe ?

FR : Déjà, la différence est très grande parce qu’ici, on est dans un climat de sécurité. Au-delà du climat de sécurité, les journalistes sont rémunérés sur la base de leurs productions. Contrairement à République démocratique du Congo, tu peux, tu peux fournir des articles sans être rémunéré sur la base des articles que tu as fournis. Tu peux fournir dix articles par mois. Donc en Afrique ou en RDC Congo, c’est un travail qui est quantitatif au lieu que ce soit un travail aussi qualitatif. Ici, c’est la qualité qui compte, mais ce n’est pas la quantité. Mais par contre au Congo ou dans la région où je travaillais, c’est la quantité qui compte.

C’est-à-dire qu’ici, c’est possible que tu fournisses un seul article pour un mois et que tu sois payé sur la base de cette production. Mais chez nous, c’est très possible qu’un journaliste se dise qu’il a qu’il a fourni ou qu’il a produit au moins dix articles ou cinq articles le mois. Mais ici c’est très difficile, parce que ce sont des articles qui sont vérifiés, ce sont des articles pour lesquels on te donne tout le temps pour pouvoir bien peaufiner et de pouvoir croiser toutes les sources avant la publication.

C’est-à-dire que ce sont des articles qui sont en tout cas qui qui obtiennent le temps nécessaire pour être vérifiés. Donc les éditeurs obtiennent tout leur temps pour pouvoir travailler sur l’article avant qu’il ne soit publié. Donc on se dit qu’on a produit un article qui a fait l’objet d’une vérification minutieuse de la rédaction.

CQFA : Avez-vous dû adapter vos pratiques journalistiques en termes d’éthique, de méthode et de format en étant du côté de la Belgique ?

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FR : Oui au début ça n’a pas été facile, mais plus on vit en Belgique, plus on s’adapte. Plus on s’habitue aux corrections qu’on nous donne, plus on essaie un peu de se perfectionner. Mais déjà que je suis passé par une école qui est l’Institut des Hautes Etudes et des Communications Sociales (IHECS), cela veut dire que je continue à travailler sur mon expérience. Je continue de travailler sur ma manière de rédiger les articles, sur ma manière de faire des podcasts, sur ma manière de travailler à travers les nouveaux outils, les nouvelles technologies de l’information et de la communication. Donc chaque jour, j’essaie un peu de travailler sur ma manière de faire et je vois qu’il y a une évolution.

CQFA : Depuis votre refuge, est-ce que vous parvenez à travailler toujours sur la RDC ?

FR : Oui, rien ne m’empêche de pouvoir critiquer la gestion chaotique de la chose publique en République démocratique du Congo ou de pouvoir parler de la corruption s’il y en a. Rien ne m’empêche également de parler de la question du M23 en étant ici. Parce qu’ici, je me sens mieux de travailler librement que si j’étais par exemple à Goma ou à Bukavu, parce que je travaille sur des sujets sensibles que les amis qui sont à Goma ou à Bukavu ne peuvent pas traiter, ou des sujets sur lesquels les amis qui sont à Kinshasa ne peuvent pas traiter facilement. C’est-à-dire qu’étant ici, je me retrouve dans un environnement qui me permet de travailler en toute indépendance.

CQFA : Au-delà du fait que vous vous sentez libre de traiter tous les sujets sur la RDC, le statut d’exilé n’influence-t-il pas aussi votre liberté d’expression ?

FR : Oui, il faut dire que déjà, mon statut influence ma manière de travailler en tant que journaliste parce que déjà, je suis protégé juridiquement par l’Etat belge. Cela veut dire que c’est l’état belge qui garantit ma sécurité. Cela me permet de pouvoir continuer de travailler en toute indépendance, sur n’importe quel sujet, que ce soit des sujets sensibles, que ce soit des sujets sur lesquels les amis qui sont à Bukavu ont peur de travailler. Mais il y a des sujets d’enquête sur lesquels je peux travailler, me donner le privilège de travailler là-dessus parce que la Belgique, c’est un pays qui garantit non seulement la liberté d’expression, mais aussi la liberté de la presse.

CQFA : Mais on a l’impression qu’il y a tout de même des risques. C’est vrai que vous êtes très loin de la RDC, mais par rapport à votre sécurité, n’éprouvez-vous pas par moments des sentiments de peur et de représailles contre votre personne ?

FR : Étant en Belgique, non. Jusque-là, je ne sais pas s’il y a des messes noires qui sont organisées contre moi à ce niveau, mais étant ici en tout cas, je n’ai pas de crainte. Mais cela ne veut pas dire que je dois parler de n’importe quoi, non. Je continue à travailler avec professionnalisme. Que ce soit le contenu que je mets sur ma page Facebook, ou que ce soit les piges que je fournis aux médias internationaux et nationaux, j’essaie un peu de me rassurer que je travaille avec professionnalisme. Donc je me dis que le professionnalisme doit continuer à nous guider dans notre travail journalistique. Quoi qu’on puisse être protégé, quoi qu’on puisse être dans un environnement qui nous permet de travailler en toute stabilité, nous devons nous rassurer que nous travaillons en respectant les règles qui guident notre métier.

CQFA : Avez-vous déjà fait l’objet de menace ou d’intimidation dans le cadre de votre métier de journaliste, que ça soit à Goma, à Bukavu ou en Belgique ?

FR : Oui, déjà au pays, j’ai été arrêté une fois. C’était en 2023, parce que seulement j’avais couvert une manifestation. Elle visait à demander au gouvernement de la République démocratique du Congo de contraindre les éléments de l’East African Community (EAC) qui étaient basés à Goma et dans différents coins de la province du Nord Kivu, parce qu’ils empêchaient les rebelles du M23 d’avancer vers la ville de Goma. Mais cette manifestation que j’avais couverte avait aussi comme objectif d’exiger le départ de la mission onusienne (la MONUSCO) en République démocratique du Congo. Quand j’ai couvert cette manifestation, j’avais été arrêté et conduit dans un cachot, avant d’être libéré au moins deux heures après.

CQFA : Et vous avez été arrêté par les forces armées de la RDC ou par les rebelles ?

FR : J’avais été arrêté par les forces gouvernementales qui avaient décidé de réprimer cette manifestation. Il n’y avait pas que moi qui était arrêté, mais il y avait un confrère également qui était arrêté dans cette manifestation. Un confrère qui travaillait pour TV5 monde, mais aussi pour France 24. Mais depuis que je suis ici en Belgique, je n’ai pas été arrêté. Mais par contre je reçois des menaces, des menaces qui passent par des individus, qu’ils menacent à travers mes publications sur Facebook ou à travers mes publications sur le média la Prunelle RDC.

CQFA :  Mais vous pensez que ces menaces proviennent d’où ? De la part des forces gouvernementales ou bien elles viennent des troupes du M23 ?

FR : Mais oui, les menaces viennent des deux côtés. Tantôt chez les rebelles du M23 qui pensent que quand on essaie de toucher leurs intérêts ou quand ils pensent qu’on a parlé d’une question qui est un peu sensible et qui les concerne. Par exemple, quand ils sensibilisent et forcent des jeunes à adhérer à leur armée, mais aussi quand ils font des campagnes de travaux forcés dans les zones qu’ils occupent.  Mais pour les menaces de l’autre côté, notamment de la part du gouvernement, c’est quand on essaie un peu de critiquer la gestion, leur velléité à pouvoir gérer la question du M23, mais aussi à pouvoir restaurer l’autorité de l’État dans les zones qui sont occupées par les rebelles jusqu’à présent. Cela crée donc quelque chose qui ne marche pas entre moi en tant que journaliste et les autorités qui sont à Kinshasa.

CQFA : Dans quelles conditions vivent aujourd’hui vos confrères journalistes, qui sont restés à Goma, à Bukavu ou dans d’autres localités à l’Est de la RDC ?

FR : Oui, ils vivent dans un contexte de peur. Ils sont tenus à la gorge parce qu’ils ne travaillent plus tel que c’était auparavant. Ils travaillent sous la peur. Comme je le disais, les sujets dont ils ont peur de toucher, nous, nous essayons un peu de les toucher. Mais ce sont des gens qui vivent sous la peur. D’autres ont refusé carrément de ne plus travailler. Ils vivent dans la précarité parce qu’ils ne peuvent plus tenir. Ceux qui vivaient à travers les piges perdent leur travail.  Ils vivent sous les intimidations, ils sont tenus à la gorge parce qu’ils ne peuvent plus diffuser tout ce qu’ils veulent.

CQFA : Donc économiquement, ils n’arrivent plus à vivre aussi ?

FR : Oui, que ça soit sur le plan économique que sur le plan sécuritaire, ils sont tenus à la gorge comme je l’ai dit. Ils ne peuvent plus vivre de leur métier. Certains ont décidé carrément d’abandonner le métier et d’autres ont accepté de continuer à travailler malgré la répression, les intimidations, ou la censure.

CQFA : Quels sont selon vous, les risques les plus graves auxquels sont exposés vos confrères qui sont à Goma, Bukavu et dans les autres zones sous conflit en RDC ?

FR : Le grand risque, c’est d’abord la crainte pour leur vie. Mais également cette possibilité de pouvoir continuer à travailler en toute indépendance. Ce sont les grandes craintes auxquelles ils font face.

CQFA : En termes de chiffres, dites-nous une estimation du nombre de journalistes qui ont quitté le pays, ceux qui ont été arrêtés ou tués, les médias qui ont fermé, etc.

FR : Actuellement, on peut estimer qu’au moins 45% des journalistes sont restés dans la ville de Goma ou dans la ville de Bukavu. Mais la violence qu’a subie la ville de Goma n’est pas la même qu’a subie la ville de Bukavu. Au départ, il y a eu des affrontements à Goma avant la prise de la ville. Par contre, avant la prise de la ville de Bukavu, il n’y a pas eu d’affrontements. Cela explique pourquoi il y a eu moins de journalistes qui ont fui à Bukavu qu’à Goma. À Goma, il y a eu beaucoup de violence, ce qui a entrainé la fuite de bon nombre de journalistes.

Mais également depuis longtemps, la ville de Goma a été considérée comme le quartier général de la rébellion du M23 parce qu’à chaque fois qu’il y a résurgence de la rébellion, ils commencent toujours par cette ville. Cela fait qu’il y a des craintes de la part des professionnels des médias. Ce qui les pousse à s’exiler. Donc, je connais pas mal de journalistes qui ont décidé d’aller en Ouganda, d’autres en Tanzanie, au Burundi. Il y a ceux aussi qui sont partis en France et d’autres en Belgique, en attendant que la situation puisse se calmer.

CQFA : Et malgré cette situation d’hostilités, qu’est-ce qui motive toujours les journalistes de votre région à pratiquer le métier, à votre avis ?

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FR : Ce qui continue à les motiver, c’est cette passion qu’ils ont envers le métier. Il y a des journalistes qui ont accepté de continuer à travailler parce qu’ils aiment bien le métier. Il y en a d’autres qui ont refusé de ne plus continuer à travailler parce qu’ils craignent pour leur vie. C’est simplement cela. Mais, il y a des journalistes qui aiment bien le métier et qui supportent les repressions. Malgré tout ce qu’ils sont en train de vivre, ils acceptent de travailler et ils espèrent qu’un jour peut-être, les choses peuvent changer.

CQFA : Qu’est-ce vos confrères journalistes vous disent comme informations lorsqu’ils vous contactent depuis la RDC ?

FR : Ils me disent qu’ils comptent partir, aller dans un environnement où ils peuvent exercer leur métier facilement ou dans un climat de stabilité. Mais ils n’ont pas de moyens pour pouvoir quitter. Certains ne peuvent pas quitter parce qu’ils ont des responsabilités sur place et d’autres n’acceptent pas de fermer leur chaîne pour aller ailleurs. C’est-à-dire qu’ils sont confus, ils décident carrément de travailler dans cet état de choses.

CQFA : Au regard de cette situation justement, quels sont les mécanismes mis en place pour essayer de protéger les journalistes ?

FR : Non, il faut dire que jusqu’à présent il n’y a pas de mécanisme spécifique pour pouvoir protéger les journalistes qui sont dans les zones rebelles. Mais je sais qu’il y a des sensibilisations qui sont intensifiées par l’Union nationale de la Presse du Congo, mais aussi par des organisations qui défendent la liberté de la presse comme Journalistes en Danger (JED), mais également par des Organisations internationales qui défendent la cause des journalistes comme Reporte Sans Frontières (RSF), la Commission pour la Protection des Journalistes (CPJ) qui essaie un peu de sensibiliser les journalistes à comment il faut travailler en respectant les normes qui guident notre profession, en respectant les codes d’éthique et de déontologie. C’est essayer de faire à ce que les journalistes puissent comprendre comment ils peuvent travailler en étant sous conflit, travailler sur des thématiques qui sont liées au conflit, en étant dans une zone sous couverte de conflits.

Sur le plan national, il n’y a pas en tout cas des mécanismes pour pouvoir protéger les journalistes qui vivent dans la zone rebelle. Les journalistes essaient un peu de voir comment ils peuvent eux-mêmes concevoir des outils ou des mécanismes qui puissent les aider à pouvoir surmonter les défis auxquels ils font face dans les zones qui sont contrôlées par les rebelles du M23. Mais le gouvernement par exemple ou le ministre des médias et porte-parole du gouvernement n’a pas réfléchi à des mécanismes pour pouvoir protéger les confrères qui sont actuellement dans la zone occupée par les rebelles. Cela veut dire que les journalistes qui sont sur place vivent dans une situation très difficile.

CQFA : Selon vous, quel rôle devraient jouer les autorités congolaises pour protéger les journalistes en zone de conflit ?

FR : Oui, je pense que la communauté internationale ou le gouvernement a un rôle très important à jouer parce que les journalistes ont aussi un grand rôle à jouer dans la communauté. Parce qu’aussi, les journalistes sont considérés comme une bougie dans la communauté. Et cette bougie, si elle est éteinte, la communauté va continuer à rester dans l’embarras. Et que si les journalistes aussi n’arrivent plus à enquêter, à travailler librement, on va cesser de parler de la démocratie, on va cesser aussi de parler des droits humains, on va aussi cesser de parler d’une vraie justice quand les journalistes ne peuvent plus travailler en toute indépendance.

Dans notre pays particulièrement, le gouvernement n’a pas vraiment montré cette responsabilité de pouvoir prendre la question ou la responsabilité des journalistes en main. C’est-à-dire que les journalistes ont été abandonnés à leur triste sort. Les autorités n’ont pas créé un mécanisme ou une question de gestion de la situation des journalistes qui ont décidé de fuir jusqu’à la capitale. Rien n’a été fait concrètement. Rien qui a été envisagé, cela a favorisé à ce que les journalistes puissent décider de s’en aller ailleurs dans les pays voisins où ils espèrent pouvoir travailler en toute indépendance. Ça veut dire que le gouvernement n’a pas pris cette responsabilité en main, il n’y a rien qui a été fait.

CQFA : Nous revenons brièvement sur votre situation. Vous avez dit tantôt que vous bénéficiez de l’accompagnement et de la protection du gouvernement belge. Est-ce que sur le plan financier vous êtes soutenu ? Comment vous arrivez à vous en sortir par rapport à votre quotidien ? Percevez-vous toujours un salaire de la part de vos médias qui sont en RDC ?

FR : Oui, mais jusqu’à preuve du contraire, je fais partie de l’équipe de mon média, la Prunelle RDC.info. Mais à ce stade, non. Je ne reçois plus de rémunération de la part de mon média. Par contre, je peux me réjouir déjà d’être protégé juridiquement par l’État belge. Sinon à ce stade, je ne reçois pas encore de subventions quelconques de la part de l’État belge, je ne suis pas encore à cette phase. Mais plutôt, il y a des démarches qui ont été amorcées pour pouvoir y parvenir. A ce stade, je suis dans une phase d’intégration dans la communauté, c’est-à-dire que je suis en train de m’intégrer dans la communauté belge pour pouvoir comprendre comment cette société fonctionne et également continuer à travailler s’il le faut.

CQFA : Avez-vous l’espoir d’un journalisme libre et indépendant à l’Est de la RDC ?

FR : Oui, je suis du même avis que ceux qui croient pour un journalisme libre et indépendant au niveau de l’Est de la République démocratique du Congo, parce que je connais pas mal de radios communautaires qui continuent jusqu’à présent à exercer et à garder, à respecter leur ligne éditoriale malgré les tensions qu’il y a à l’Est de la RDC. Et je crois que si les accords qui ont été signés entre la RDC et le Rwanda peuvent se matérialiser, le journalisme peut continuer à être debout au niveau de l’Est de la RDC et permettre aux médias qui y sont à toujours accorder la parole aux populations, mais également à travailler, comme cela a été dans le passé.

CQFA : Est-ce que vous envisageriez un retour au pays si la situation sécuritaire dans votre région s’améliorait ?

FR : Oui, pourquoi pas. Je compte retourner dans mon pays. Si je suis actuellement en Belgique, c’est parce qu’il y a une situation de force majeure qui me contraint à rester ici. Mais je suis d’accord que si une fois la question est arrangée, si une fois la paix revenait dans la région de l’Est de la RDC, je serai parmi les premiers à pouvoir retourner, à pouvoir continuer à travailler pour cette communauté pour laquelle on s’est engagé de travailler toute la vie.

CQFA : Malgré les accords de paix qui ont été signés entre les différentes parties au Qatar et aux Etats-Unis, cela ne vous rassure-t-il pas, quant à une véritable accalmie dans la région ?

FR : Ce n’est pas pour dire que cela ne me rassure pas, il n’y a pas que moi. Il y a des accords qui ont été signés à Doha, il y a des accords qui ont été signés à Washington, mais ce sont des accords qui ne rassurent pas. Il n’y a que les populations sur place qui sont les grands perdants dans cette affaire, parce que malgré ces accords qui ont été signés, on ne voit rien sur place. Il n’y a rien qui avance, il n’y a pas de changement positif sur place. Les citoyens ordinaires continuent à souffrir, continuent à se déplacer, continuent à mourir. Alors qu’on croyait qu’après la signature de ces accords, il pouvait y avoir quelque chose qui pouvait changer. Mais au lieu qu’il y ait un changement positif, la situation a continué à dégénérer. Il n’y a pas que moi qui le dit, il n’y a rien qui a avancé positivement. Au contraire, les choses continuent à dégringoler.

CQFA : Quel message adressez-vous aux journalistes Congolais qui travaillent encore dans des conditions très difficiles ?

FR : C’est un message de compassion à l’endroit des confrères qui continuent de travailler dans ces conditions difficiles à l’Est de la RDC. Mais également un message de réconfort à leur égard, parce que je connais des journalistes qui ont perdu leurs proches dans cette situation. Je leur demande de continuer à travailler en toute professionnalisme dans le respect des règles qui régissent notre métier, notamment l’éthique et la déontologie. Parce si cela n’est pas respecté, ça peut conduire à des représailles, des poursuites judiciaires, à des emprisonnements. C’est-à-dire continuer à travailler en toute professionnalisme parce que c’est le socle de notre métier. Soit on accepte de travailler sous censure pour perdre la crédibilité, soit on accepte de travailler en toute professionnalisme pour viser un avenir meilleur. Et cela a été mon exemple. Si actuellement je me trouve en Belgique, c’est parce que j’ai décidé de travailler en restant professionnel.

CQFA : Quel est votre dernier mot pour clore notre interview ?

FR : Je songe à vous remercier pour la tenue de cette interview qui était intéressante. Je crois qu’elle va pouvoir attirer l’attention des grandes organisations internationales, mais aussi la communauté internationale. Alors que leurs regards sont tournés sur la situation des journalistes à Gaza et dans la guerre russo-ukrainienne, qu’elles essaient aussi de comprendre à quel niveau les journalistes de la République démocratique du Congo, plus particulièrement ceux de la région de l’Est de la RDC, souffrent. Ils ont besoin aussi d’une intervention, de l’appui ou du soutien de la communauté internationale afin de continuer à exercer librement leur métier de journaliste. Merci beaucoup !

CQFA : Nous vous remercions d’avoir répondu à nos questions.

Interview réalisée par Wend-Panga Jacob Compaoré

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