Environnement

Conservation Justice : une ONG en première ligne contre le braconnage au Gabon

Gabrielle Nsiamalembe, Responsable Communication de l’ONG Conservation Justice, organisation belge active au Gabon depuis plusieurs années, présente les missions de l’ONG et les enjeux de la lutte contre le braconnage au Gabon. Elle détaille par ailleurs le partenariat avec le ministère des Eaux et Forêts pour les appuyer dans leurs missions.

« Nous avons deux grands projets : le Projet Alefi, qui lutte contre l’exploitation forestière illégale, et le Projet ALF, qui appuie l’application de la loi sur la faune. Nous sensibilisons les communautés à la gestion durable des forêts et accompagnons l’administration dans la lutte contre le braconnage et le trafic de faune », explique la Responsable Communication de l’ONG Conservation Justice, expliquant que « les communautés manquent souvent d’informations et l’administration des Eaux et Forêts a des problèmes de logistique. »

L’ONG bien connue des amateurs des faits divers notamment de l’actualité judicaire, intervient donc sur le terrain pour appuyer les inspections, suivre les plaintes et accompagner l’arrestation des trafiquants.

Pour un déploiement rationnel sur le territoire de 267667 km², Conservation Justice n’agit pas au hasard. Elle cible des zones bien précises.

« Ce sont des zones rouges où le trafic de faune est très présent, comme l’Ogooué-Ivindo, le Haut-Ogooué et le Moyen-Ogooué. Ces régions sont les plus touchées par le braconnage », explique Gabrielle Nsiamalembe rappelant notamment les espèces les plus menacées par ce trafic.

Les éléphants pour leurs défenses, les panthères pour leurs peaux utilisées dans les rites traditionnels, et les pangolins pour leurs écailles, sont les espèces les plus menacées par par le braconnage au Gabon. « En août dernier, nous avons démantelé un réseau de trafic d’ivoire qui s’étendait jusqu’au Cameroun », fait savoir la patronne de la communication de l’ONG belge tout en présentant les circuits et les méthodes de ce trafic qui menace la faune gabonaise.

Les produits illicites sortent généralement par la route, cachés sous les cales de camions. Les fouilles minutieuses sont nécessaires pour les découvrir, mais elles ne sont pas toujours systématiques. Car, les trafiquants bénéficient de l’aide de certains cercles de pouvoirs.

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« Nous avons constaté des complicités de plusieurs autorités administratives et politiques, notamment à Lambaréné. La mise en place du tribunal spécial a amélioré la situation en centralisant les jugements à Libreville », constate-t-elle dépitée.

A la question de savoir si le tribunal spécial a-t-il vraiment changé les choses, elle répond par l’affirmative, non sans regretter une législation encore moins punitive et un peu complaisante : « Oui, il a réduit les influences locales et les jugements sont désormais centralisés à Libreville. Cependant, les peines restent souvent légères par rapport aux dommages causés à notre écosystème ».

« Les juges peuvent éprouver de l’empathie envers les accusés, hésitant à imposer de lourdes peines pour des crimes contre la faune. Il est important de renforcer l’application de la loi », clame-t-elle, relevant toutefois le déclin de certaines filières comme celle dutrafic d’écailles de pangolin, du au déclin de l’espèce.

« Ce trafic était important il y a dix ans, mais il a diminué, probablement en raison de la raréfaction de l’espèce. Cependant, le problème persiste au Congo, où nous avons également des projets similaires », fait-elle remarquersoulignant les avancées en matière de renforcement de la logistique pensant que l’application de lourdes sanctions reste la clé.

« Il est crucial d’alourdir les peines et d’augmenter les amendes pour dissuader les trafiquants », conclut-elle.

Freddy EYOGUE

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