Chronique : Cent jours pour poser les fondations – Le Gabon sur le seuil de son Olympe politique

Le 14 août 2025, le Gouvernement de la Ve République a franchi le seuil des cent jours.
En politique, ce n’est pas une date anodine, c’est un rite de passage. Comme l’écrit le
politiste français Pierre Rosanvallon, « un pouvoir s’installe vraiment quand il fait la
preuve de sa capacité à agir, pas seulement à promettre ». Les cent jours sont donc un
premier jugement, une épreuve de vérité : l’État est-il en mouvement ou englué dans
les lenteurs du passé ?
Dans la Grèce antique, le temple ne s’érigeait pas seulement pour honorer les dieux,
mais pour signifier la force de la cité. C’est ainsi que le Président de la République,
Chef de l’Etat, Chef du Gouvernement, Brice Clotaire Oligui Nguema, a conçu
son projet de société “Bâtissons l’édifice nouveau” : six piliers dressés comme
autant d’atlantes soutenant le fronton d’un temple national – l’eau et l’électricité comme
droits fondamentaux, la jeunesse comme armée productive, un habitat digne, un
capital humain refondé, une économie diversifiée, un État éthique et décentralisé,
rayonnant sur la scène internationale.
Un chantier homérique
Ces cent jours ont avancé comme une marche conquérante, à la manière des grandes
expéditions d’Alexandre, où chaque étape, patiemment consolidée, préparait la victoire
suivante. Dès les premières semaines, le Gouvernement, sous l’impulsion du Chef du
Gouvernement, a imposé un rythme soutenu, alternant délibération et action. Quatre
Conseils des ministres, soigneusement espacés pour optimiser la préparation des
dossiers, ont jalonné cette période. Le 30 mai, un pic d’activité a marqué les esprits,
révélant une administration mobilisée et un exécutif décidé à ne pas perdre un seul
jour. Dans le même élan, sept cent soixante-treize responsables ont été nommés,
répartis dans l’ensemble de l’appareil d’État, avec un équilibre inédit – soixante pour
cent (60%) d’hommes et quarante pour cent (40%) de femmes. Ce n’était pas un
simple renouvellement de visages, mais la construction méthodique de l’ossature
humaine nécessaire pour que chaque ministère dispose des compétences et de
l’énergie indispensables à l’action rapide et efficace.
Parallèlement, l’appareil législatif et réglementaire s’est animé d’une activité soutenue.
Des lois majeures ont vu le jour, dont celles réformant les partis politiques et
redéfinissant la répartition des sièges parlementaires, désormais ouverte à la diaspora,
signe d’une volonté d’inclure chaque citoyen dans la vie démocratique, où qu’il réside.
Les décrets fixant les attributions ministérielles ont apporté la clarté indispensable au
fonctionnement gouvernemental, établissant des frontières nettes entre les domaines
de compétence, supprimant les zones d’ombre où se perdaient jadis les initiatives, et
2
assurant la fluidité des décisions. Dans le même esprit, la Présidence de la République
a été réorganisée pour renforcer la cohérence de son action et harmoniser ses
interactions avec l’ensemble de l’Exécutif.
Mais la dynamique ne s’est pas limitée aux organes et aux textes. Elle s’est incarnée
dans des instruments financiers puissants, conçus comme de véritables coffres-forts
de la souveraineté économique. Cinq fonds stratégiques ont été créés pour irriguer les
secteurs jugés vitaux à la transformation du pays : l’agriculture, pour nourrir la nation et
moderniser ses filières ; l’énergie et l’eau, pour garantir l’accès à ces droits
fondamentaux et sécuriser les infrastructures ; l’habitat, pour accélérer la construction
de logements décents et stimuler l’économie du bâtiment ; les infrastructures, pour
relier les territoires et fluidifier les échanges ; enfin, la pêche et l’aquaculture, pour
valoriser nos ressources halieutiques et renforcer notre autonomie alimentaire. Chacun
de ces fonds est un levier, pensé pour agir vite, avec des cibles précises et un suivi
exigeant, afin que chaque franc investi se traduise en résultats visibles et mesurables.
Ainsi, de nomination en réforme, de décret en initiative stratégique, ces cent jours ont
tracé une trajectoire nette : celle d’un État qui, après avoir posé les pierres angulaires
de sa maison, s’apprête à en élever les murs avec la certitude que chaque élément est
à sa place, chaque acteur à son poste, et chaque outil prêt à servir.
Les coups de glaive de la souveraineté
Comme Athéna surgissant armée du front de Zeus, certaines décisions ont jailli
entières, sans compromis, affirmant d’emblée la détermination du Président Oligui
Nguéma à agir vite et fort. L’interdiction d’exporter le manganèse brut dès 2029,
assortie d’un délai de trois ans pour installer sur le territoire les unités industrielles
capables de le transformer, fixe un horizon clair et annonce une ère où la richesse
minière servira d’abord le développement national. Dans le même esprit, la fin des
importations de poulet de chair dès 2027 ouvre la voie à la renaissance de l’aviculture
gabonaise et à la consolidation d’une autonomie alimentaire durable. La dénonciation
de l’accord de pêche avec l’Union européenne, en vue d’une renégociation sur des
bases équitables et protectrices, illustre la volonté de reprendre la maîtrise de nos
ressources halieutiques. Quant à la création d’une centrale d’achats des produits de
première nécessité, elle traduit une préoccupation immédiate pour le pouvoir d’achat
des citoyens, en agissant directement sur la formation des prix.
Ces gestes forts ne sont pas venus seuls : ils s’inscrivent dans une réorganisation
profonde et minutieuse de l’État, conduite avec la précision d’un chirurgien et la vision
d’un architecte. La Présidence de la République, véritable maître d’ouvrage républicain
et centre nerveux de l’action gouvernementale, a été repensée dans sa structure
comme dans son fonctionnement, afin de devenir un organe de pilotage stratégique au
service exclusif des priorités nationales. Les missions ministérielles ont été clarifiées
avec une netteté inédite, mettant fin aux zones d’ombre qui nourrissaient les
chevauchements et diluaient les responsabilités. Désormais, chaque ministre connaît
avec exactitude où commence et où s’achève son périmètre d’action, ce qui relève de
sa décision et ce qui ne l’est pas, garantissant ainsi la fluidité et la cohérence de
l’action publique.
3
Dans ce nouvel organigramme, la création de la Coordination stratégique et suivi des
projets présidentiels (C2S2P) marque un tournant. Conçue comme l’équivalent des
meilleures Delivery Units observées dans les gouvernements les plus performants, cette
structure est chargée de suivre, mesurer et ajuster en permanence l’exécution des
engagements du Chef de l’État. Elle devrait agir, une fois mise en place, comme une
tour de contrôle, capable de détecter les retards, d’anticiper les blocages et de
mobiliser les arbitrages nécessaires pour que chaque chantier prioritaire avance non
seulement dans les délais, mais aussi selon les standards de qualité et d’impact fixés.
Par son exigence méthodologique, la C2S2P incarne la volonté présidentielle de passer
d’une culture de moyens à une culture de résultats, et de faire du suivi-évaluation un
levier de performance au coeur de l’action publique.
Signe d’un retour à la normalité institutionnelle, la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon
(SEEG) est revenue à une gouvernance statutaire après la fin de l’administration
provisoire.
La réforme institutionnelle ne s’est pas arrêtée aux portes de l’Exécutif. La nouvelle
répartition des sièges parlementaires inclut désormais pleinement la diaspora,
traduisant la volonté d’une représentation nationale élargie à tous les Gabonais, où
qu’ils vivent. Le corps électoral a été convoqué pour septembre et octobre 2025,
marquant une étape clé du renouveau démocratique. Parallèlement, la décentralisation
a été relancée sur des bases concrètes : un plan de transfert de compétences vers les
collectivités locales et un fonds de péréquation destiné à réduire les inégalités
territoriales rapprocheront l’État des citoyens et donneront aux provinces les moyens
réels d’agir.
La diplomatie, elle, s’est voulue offensive et inventive. Une caravane touristique
nationale sillonne le pays pour révéler ses paysages et ses cultures. La gratuité des
visas pendant trois mois, délivrés en quarante-huit heures, a ouvert grand les portes du
Gabon aux visiteurs du monde entier. Une unité de police touristique a été créée pour
garantir la sécurité et renforcer la qualité de l’accueil.
Mais derrière ces réformes politiques et diplomatiques se profile une ambition plus
vaste : remettre de l’ordre dans les finances publiques pour libérer des marges de
manoeuvre, financer l’investissement productif et créer les conditions d’une croissance
forte et durable. Comme l’a affirmé le Président Oligui lors du Conseil des ministres du
12 août 2025, il s’agit de « revenir aux fondamentaux budgétaires », en engageant un
plan national d’ajustement qui ne soit pas dicté de l’extérieur, mais conçu par et pour le
Gabon. L’objectif est double : assainir nos comptes pour mieux investir, et restaurer la
confiance nécessaire à l’essor de l’investissement privé.
Dans cette logique, toute nouvelle exonération fiscale a été suspendue pendant trois
mois, le temps de mener un audit exhaustif des régimes dérogatoires. Les comptes
d’affectation spéciale sont en cours de rationalisation, les paiements de missions
seront désormais dématérialisés pour gagner en transparence et en rapidité, et les
voyages officiels strictement encadrés pour mettre fin aux pratiques coûteuses et
superflues. Un inventaire exhaustif du patrimoine de l’État – du foncier aux véhicules –
est engagé afin de centraliser, sécuriser et valoriser les actifs publics. Pour conduire
cette opération de redressement avec méthode, l’État s’est adjoint l’expertise d’Algest
4
et de Rothschild & Cie, confirmant sa volonté de s’entourer des meilleures
compétences pour optimiser sa stratégie et son ingénierie financières.
Le Président de la République a fixé le cap : rétablir l’équilibre des finances publiques
pour permettre, à moyen terme, une croissance d’au moins 10 %, portée par un
secteur non pétrolier robuste, diversifié et créateur d’emplois. Cela suppose de
produire davantage de valeur ajoutée localement, de mettre fin aux exonérations
abusives et de conduire une évaluation rigoureuse des services publics afin de
supprimer ou de réorganiser ceux qui se révèlent improductifs, en adaptant les régimes
de rémunération aux performances réelles.
Le séminaire gouvernemental d’août a identifié quatre axes d’action immédiate :
fluidifier l’action administrative, garantir la cohérence diplomatique, instaurer un
monopole étatique sur la production d’agrégats et créer un Laboratoire national du BTP
pour garantir la qualité des infrastructures. À ces mesures s’ajoutent des réformes
structurelles majeures : refonte du système foncier avec régularisation massive de 50
000 titres de propriété, réforme de la SNI et nouvelle politique nationale du logement,
prélèvement fiscal automatisé pour moderniser la collecte des impôts, obligation de
stockage national des données pour assurer la souveraineté numérique.
L’action gouvernementale se concentrera sur les secteurs stratégiques – infrastructures
routières, logement, foncier, souveraineté économique, transformation numérique,
éducation, agriculture et réformes institutionnelles – avec un financement mixte
associant budget national, partenariats techniques et financiers, et coopération
internationale. Le suivi sera assuré par un Conseil présidentiel de performance, chargé
de lever les blocages et de maintenir un pilotage permanent.
Les finances publiques seront pilotées autour du Compte Unique du Trésor, d’un suivi
budgétaire hebdomadaire et d’un recentrage strict des investissements sur les priorités
nationales, tandis que la gouvernance des entreprises publiques sera réformée pour
centraliser la gestion des participations de l’État.
Enfin, le Président Oligui et son Gouvernement ont adopté des mesures fortes pour
libérer l’énergie entrepreneuriale nationale et réorganiser en profondeur le commerce
informel. Il ne s’agit pas seulement d’interdire à des opérateurs étrangers certaines
activités de petite envergure – commerce de proximité, services artisanaux, prestations
à faible capital – mais de créer les conditions d’un véritable transfert économique au
profit des Gabonais. L’objectif est clair : encourager nos compatriotes à se réapproprier
leur économie, à occuper pleinement l’espace commercial local et à transformer leur
savoir-faire en richesse nationale.
Pour ce faire, l’État mettra en place un dispositif complet d’accompagnement vers la
formalisation : procédures simplifiées, appui technique et fiscal, dispositifs de
financement adaptés et formation aux bonnes pratiques commerciales. Ce plan vise à
transformer un secteur longtemps laissé à lui-même en un moteur structuré de
croissance inclusive, capable de créer des emplois, de renforcer la résilience
économique du pays et de bâtir une classe moyenne gabonaise solide et
entreprenante.
Ces cent jours sont le départ, pas l’arrivée. Ils marquent le moment où le navire a quitté
le port, à la manière d’Ulysse quittant Troie, cap fixé vers Ithaque mais conscient des
tempêtes à venir. Les réformes foncières, la transformation numérique,
5
l’industrialisation des filières locales, l’ancrage définitif d’un État éthique et décentralisé
sont les épreuves à franchir. Mais, comme le disait Pindare, « Deviens ce que tu es » :
le Gabon est en train de devenir ce qu’il rêve d’être – un État juste, souverain et
prospère, dressé sur des fondations que ces cent premiers jours auront contribué à
rendre inébranlables.
Par Yves D. Sylvain Moussavou Boussougou, Conseiller Spécial du Président de la
République, Secrétaire du Conseil des Ministres
