Économie

Bitcoin : Vers la fin de l’eldorado éthiopien ?

L’Éthiopie, devenue une destination privilégiée pour le minage de Bitcoin, vient de freiner net son expansion. Vendredi dernier, les autorités ont annoncé la suspension de toute nouvelle licence pour les entreprises étrangères spécialisées dans la cryptomonnaie. Une vingtaine de sociétés, majoritairement chinoises, restent actives, mais le gouvernement veut éviter une surcharge du réseau électrique au détriment des ménages. 

‎300 millions de dollars générés… mais pour combien de temps ?

‎Le minage de Bitcoin a rapporté près de 300 millions de dollars en un an, une manne bienvenue pour un pays en manque de devises étrangères. Pourtant, Asheber Balcha, PDG d’Ethiopian Electric Power (EEP), a averti : «  Ce n’est pas une stratégie à long terme. Dans quelques années, ces entreprises devront partir ou se reconvertir. » Un discours qui contraste avec la réalité : en 2025, un tiers de l’électricité produite pourrait être consommée par les mineurs de Bitcoin… alors que la moitié de la population n’a toujours pas accès au courant.

‎Barrage géant, mais réseau électrique en retard

‎Le Grand Barrage de la Renaissance (GERD), plus grand projet hydroélectrique d’Afrique, a dopé la production énergétique éthiopienne, passée de 2 à 8 gigawatts en cinq ans. Mais les infrastructures de distribution peinent à suivre. Résultat ? Le surplus d’électricité est vendu aux mineurs de Bitcoin plutôt que d’être distribué aux citoyens. 

‎Pire, les revenus générés par ce commerce devaient financer l’extension du réseau. Or, seuls 25% du territoire sont aujourd’hui couverts, reconnaît le ministère de l’Énergie. Le GERD, officiellement achevé, sera inauguré en septembre 2025. Mais sans un réseau électrique performant, l’Éthiopie risque de rester un pays aux deux vitesses : une poignée d’entreprises profitant d’une énergie bon marché, tandis que des millions d’habitants restent dans le noir. 


‎Vers un revirement de politique ?

‎Cette suspension marque-t-elle la fin de l’aventure Bitcoin en Éthiopie ? Pas forcément. Mais elle révèle une tension croissante entre opportunité économique et souveraineté énergétique. Si le minage de cryptomonnaies a boosté les revenus du pays, sa durabilité est remise en question. 

‎À moyen terme, Addis-Abeba pourrait imposer des conditions plus strictes aux mineurs, voire les taxer davantage. Une chose est sûre : le gouvernement ne veut plus que l’Éthiopie soit une simple « ferme à Bitcoin » au détriment de son propre développement. 


‎Roger BIÈRE
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