Banque africaine : « On doit développer des grands projets énergétiques pour attirer plus d’investisseurs »

René Awambeng, directeur du portefeuille client à la Banque africaine d’import-export.
L’Afrique continue de souffrir d’un déficit énergétique de plus en plus important. Quelles solutions peut-on mettre en place pour corriger cela ?
Les défis de l’industrialisation sont réels en Afrique. Le déficit énergétique est très élevé dans tous nos pays. Et sans l’énergie, on ne pourra pas faire fonctionner nos économies. Il est de ce point de vue clair que nous devons passer en revue tous nos différents points. Il s’agit par exemple de réviser nos réformes dans ce secteur. Cela suppose de voir, en termes de politique, comme standardiser nos réformes. Qu’il s’agisse de la production, de la distribution ou du transport. Ceci devrait permettre de faire évoluer ensemble les différents pays. Si nous prenons le cas de l’Afrique centrale, pourquoi on ne pourrait pas avoir des mutualisations qui vont de Kribi jusqu’à N’Djamena ? Pourquoi faut-il avoir une règlementation propre à chaque pays de la sous-région ? Aussi, pour réaliser des projets importants, ils doivent avoir une certaine taille afin d’attirer plus d’investisseurs. On ne va pas faire un projet destiné à une population de six millions d’habitants alors qu’il y a un marché de 50 millions d’habitants ? Il y a donc ce besoin de faire des réformes dans le secteur énergétique.
Le deuxième point consiste à développer de grands projets sous-régionaux, liés au secteur énergétique. Ces projets peuvent porter sur les différents segments du secteur énergétique, à savoir la production, la distribution. Cela peut également se faire dans le secteur du solaire, car, disons-le, son potentiel est énorme. Pareil dans le secteur pétrolier, parce que cela va faciliter le développement de notre sous-région, et partant de notre continent. Vous voyez par exemple le projet de Dangote au Nigéria qui va permettre de ravitailler tout le marché de l’Afrique de l’Ouest. C’est vers ce type de projet qu’il faut aller. Vous voyez aussi ce qui se passe en Angola où l’on produit plus de 450 barils de pétrole. En Afrique centrale, on doit pouvoir mettre sur pied des projets de cette nature. Je sais par exemple que la Central Africa Business Energy Forum (Cabef) est en train de travailler sur un projet d’infrastructure visant à créer des pipelines devant relier tous les pays de l’Afrique centrale et leur permettre de faire face à leurs besoins. Aujourd’hui, pour transporter un camion de produits pétroliers de N’Djamena à Douala ou de Douala à Bangui, cela peut prendre trois semaines, et cela coûte énormément cher. Pourtant si on avait un pipeline adossé à celui qui existe entre le Tchad et le Cameroun par exemple, cela faciliterait la distribution de ces produits dans les pays de la sous-région. En plus des réformes donc, il faut de grands projets sous-régionaux pour attirer des investisseurs.
Il reste que les financements font défaut pour mettre sur pied ce type de projet ?
Tout à fait, et c’est d’ailleurs le troisième point que je souhaite aborder. Il faut effectivement des ressources financières importantes pour développer ces projets et réduire le déficit énergétique actuel. Ces financements proviennent d’où ? Il faut dire que les bailleurs de fonds traditionnels auxquels nous étions habitués sont en train de quitter le continent et n’affichent plus un intérêt réel à investir dans nos marchés. Il faut trouver des solutions africaines aux problèmes africains. C’est pour cette raison que nous sommes en train de créer l’Africa Energy Bank qui compte actuellement 18 pays membres africains. Et je dois d’ailleurs préciser que presque tous les pays en Afrique centrale sont membres de l’Association des pays producteurs de pétrole. C’est une bonne masse pour loger cette banque dans notre région et commencer les opérations de financement des projets dans le secteur énergétique et faire face au déficit énergétique que nous connaissons.
Qu’est-ce qu’Afreximbank est capable de mettre sur la table pour réduire le déficit énergétique et permettre que l’industrie se développe en Afrique centrale ?
Afreximbank a mis en place ce qu’on appelle le Project Preparation Facility (mécanisme de préparation des projets), un instrument qui vise à assister les acteurs économiques dans les études de faisabilité qui parfois font défaut dans la mise en œuvre des projets. S’il y a des développeurs de projets, des partenaires et autres acteurs prêts à se lancer dans les projets du secteur de l’énergie, nous pouvons mettre à leur disposition des financements pour leur permettre d’effectuer des études d’impacts environnementaux, des études techniques, financières et même tout ce qui a trait au volet juridique. Tout ceci pour s’assurer qu’ils ont des dossiers bancables, c’est-à-dire susceptibles de leur permettre de lever des financements sans aucun problème. Dans la même perspective, nous avons mis en place le Fonds de développement des exportations, qui peut travailler avec d’autres partenaires financiers, pour trouver ne serait-ce que le capital nécessaire, et faire progresser les choses dans le secteur de l’énergie au Cameroun. De même, une nouvelle banque verra bientôt le jour. Il s’agit notamment de l’Africa Energy Bank. Elle pourra contribuer à résoudre le problème des besoins de financement de la dette de nos pays.
Vous avez parlé tout à l’heure de l’Africa Energy Bank. Quelles seront ses missions ?
L’Organisation des producteurs de pétrole africains (APO) et la Banque africaine d’import-export (Afreximbank) travaillent depuis deux ans pour la mise en place d’une banque multilatérale qui sera focalisée sur le secteur de l’énergie. Cette banque est en création, et je pense qu’elle pourra voir le jour et ouvrir ses portes en 2024. Cette banque va être capitalisée à hauteur de cinq milliards de dollars (3 012 milliards de francs), et les membres de cette banque sont les 18 pays africains producteurs de pétrole. D’ailleurs, l’année prochaine, le Cameroun va occuper la présidence de l’APO à travers la Société nationale des hydrocarbures. Nous allons travailler avec elle pour la mise en place de cette institution qui va desservir l’Afrique.
Quel rôle peut jouer le secteur privé dans ce vaste chantier ?
C’est l’occasion d’indiquer qu’aujourd’hui, tout ne doit pas être dans les mains de l’Etat. Le secteur privé doit jouer son rôle, pour accompagner les besoins énergétiques. Le rôle de l’Etat est de créer le cadre ou l’environnement propice à la mise en place des projets, mais les privés africains doivent prendre sur eux de créer les projets industriels dans le secteur de l’énergie. C’est un impératif. Ça ne doit pas être la seule affaire des institutions étatiques.
René Awambeng, directeur du portefeuille client à la Banque africaine d’import-export.
L’Afrique continue de souffrir d’un déficit énergétique de plus en plus important. Quelles solutions peut-on mettre en place pour corriger cela ?
Les défis de l’industrialisation sont réels en Afrique. Le déficit énergétique est très élevé dans tous nos pays. Et sans l’énergie, on ne pourra pas faire fonctionner nos économies. Il est de ce point de vue clair que nous devons passer en revue tous nos différents points. Il s’agit par exemple de réviser nos réformes dans ce secteur. Cela suppose de voir, en termes de politique, comme standardiser nos réformes. Qu’il s’agisse de la production, de la distribution ou du transport. Ceci devrait permettre de faire évoluer ensemble les différents pays. Si nous prenons le cas de l’Afrique centrale, pourquoi on ne pourrait pas avoir des mutualisations qui vont de Kribi jusqu’à N’Djamena ? Pourquoi faut-il avoir une règlementation propre à chaque pays de la sous-région ? Aussi, pour réaliser des projets importants, ils doivent avoir une certaine taille afin d’attirer plus d’investisseurs. On ne va pas faire un projet destiné à une population de six millions d’habitants alors qu’il y a un marché de 50 millions d’habitants ? Il y a donc ce besoin de faire des réformes dans le secteur énergétique.
Le deuxième point consiste à développer de grands projets sous-régionaux, liés au secteur énergétique. Ces projets peuvent porter sur les différents segments du secteur énergétique, à savoir la production, la distribution. Cela peut également se faire dans le secteur du solaire, car, disons-le, son potentiel est énorme. Pareil dans le secteur pétrolier, parce que cela va faciliter le développement de notre sous-région, et partant de notre continent. Vous voyez par exemple le projet de Dangote au Nigéria qui va permettre de ravitailler tout le marché de l’Afrique de l’Ouest. C’est vers ce type de projet qu’il faut aller. Vous voyez aussi ce qui se passe en Angola où l’on produit plus de 450 barils de pétrole. En Afrique centrale, on doit pouvoir mettre sur pied des projets de cette nature. Je sais par exemple que la Central Africa Business Energy Forum (Cabef) est en train de travailler sur un projet d’infrastructure visant à créer des pipelines devant relier tous les pays de l’Afrique centrale et leur permettre de faire face à leurs besoins. Aujourd’hui, pour transporter un camion de produits pétroliers de N’Djamena à Douala ou de Douala à Bangui, cela peut prendre trois semaines, et cela coûte énormément cher. Pourtant si on avait un pipeline adossé à celui qui existe entre le Tchad et le Cameroun par exemple, cela faciliterait la distribution de ces produits dans les pays de la sous-région. En plus des réformes donc, il faut de grands projets sous-régionaux pour attirer des investisseurs.
Il reste que les financements font défaut pour mettre sur pied ce type de projet ?
Tout à fait, et c’est d’ailleurs le troisième point que je souhaite aborder. Il faut effectivement des ressources financières importantes pour développer ces projets et réduire le déficit énergétique actuel. Ces financements proviennent d’où ? Il faut dire que les bailleurs de fonds traditionnels auxquels nous étions habitués sont en train de quitter le continent et n’affichent plus un intérêt réel à investir dans nos marchés. Il faut trouver des solutions africaines aux problèmes africains. C’est pour cette raison que nous sommes en train de créer l’Africa Energy Bank qui compte actuellement 18 pays membres africains. Et je dois d’ailleurs préciser que presque tous les pays en Afrique centrale sont membres de l’Association des pays producteurs de pétrole. C’est une bonne masse pour loger cette banque dans notre région et commencer les opérations de financement des projets dans le secteur énergétique et faire face au déficit énergétique que nous connaissons.
Qu’est-ce qu’Afreximbank est capable de mettre sur la table pour réduire le déficit énergétique et permettre que l’industrie se développe en Afrique centrale ?
Afreximbank a mis en place ce qu’on appelle le Project Preparation Facility (mécanisme de préparation des projets), un instrument qui vise à assister les acteurs économiques dans les études de faisabilité qui parfois font défaut dans la mise en œuvre des projets. S’il y a des développeurs de projets, des partenaires et autres acteurs prêts à se lancer dans les projets du secteur de l’énergie, nous pouvons mettre à leur disposition des financements pour leur permettre d’effectuer des études d’impacts environnementaux, des études techniques, financières et même tout ce qui a trait au volet juridique. Tout ceci pour s’assurer qu’ils ont des dossiers bancables, c’est-à-dire susceptibles de leur permettre de lever des financements sans aucun problème. Dans la même perspective, nous avons mis en place le Fonds de développement des exportations, qui peut travailler avec d’autres partenaires financiers, pour trouver ne serait-ce que le capital nécessaire, et faire progresser les choses dans le secteur de l’énergie au Cameroun. De même, une nouvelle banque verra bientôt le jour. Il s’agit notamment de l’Africa Energy Bank. Elle pourra contribuer à résoudre le problème des besoins de financement de la dette de nos pays.
Vous avez parlé tout à l’heure de l’Africa Energy Bank. Quelles seront ses missions ?
L’Organisation des producteurs de pétrole africains (APO) et la Banque africaine d’import-export (Afreximbank) travaillent depuis deux ans pour la mise en place d’une banque multilatérale qui sera focalisée sur le secteur de l’énergie. Cette banque est en création, et je pense qu’elle pourra voir le jour et ouvrir ses portes en 2024. Cette banque va être capitalisée à hauteur de cinq milliards de dollars (3 012 milliards de francs), et les membres de cette banque sont les 18 pays africains producteurs de pétrole. D’ailleurs, l’année prochaine, le Cameroun va occuper la présidence de l’APO à travers la Société nationale des hydrocarbures. Nous allons travailler avec elle pour la mise en place de cette institution qui va desservir l’Afrique.
Quel rôle peut jouer le secteur privé dans ce vaste chantier ?
C’est l’occasion d’indiquer qu’aujourd’hui, tout ne doit pas être dans les mains de l’Etat. Le secteur privé doit jouer son rôle, pour accompagner les besoins énergétiques. Le rôle de l’Etat est de créer le cadre ou l’environnement propice à la mise en place des projets, mais les privés africains doivent prendre sur eux de créer les projets industriels dans le secteur de l’énergie. C’est un impératif. Ça ne doit pas être la seule affaire des institutions étatiques.
Propos recueillis par AssolMar



