Afrique : « E-Lux, un rétrofit conçu et développé pour l’Afrique »

Leader historique de la gestion de flottes au Gabon, GESPARC a surpris une nouvelle fois en dévoilant le E‑LUX, un pick‑up électrique rétrofité taillé pour les terrains africains. Entre innovation, souveraineté technologique et économie circulaire, l’entreprise veut démontrer que la transition énergétique peut et doit se construire en Afrique.

Pour commencer, monsieur le directeur général, pourriez-vous rappeler à nos lecteurs ce qu’est GESPARC et nous dire comment se porte aujourd’hui l’entreprise ?
Née il y a 28 ans, GESPARC est la société la plus jeune du Groupe SOGAFRIC.
Nous sommes spécialisés dans la location de véhicules en courte et longue durée.
Avec plus de 140 salariés, répartis sur nos 4 sites, tous équipés d’ateliers de réparation et de maintenance, dans les régions de l’Estuaire, de l’Ogooué Maritime et du Haut Ogooué, nous sommes leader de la gestion de flottes automobiles au Gabon avec plus de 1.200 véhicules en parc actif.
Grâce au dévouement et à l’implication de nos collaborateurs, nous avons, entre autres, développé un haut degré d’expertise sur les sites isolés des grands opérateurs miniers et pétroliers, qui nous accordent et nous renouvellent leur confiance année après année.
Aujourd’hui, nous sommes toujours leader dans notre domaine d’activité. Cependant, la multiplication de la concurrence, et notamment dans le secteur informel, nous pousse à la résilience et à l’excellence. Notre principale force ? C’est d’être constamment à l’écoute de nos clients pour améliorer continuellement nos process et proposer des innovations pour satisfaire et devancer leurs besoins.

- Vous venez de lancer sur le marché un nouveau type de véhicules, le E-Lux, issu du rétrofit électrique. Pouvez-vous expliquer en quelques mots en quoi consiste cette technologie et pourquoi GESPARC a choisi de s’engager dans ce projet au Gabon ?
En quelques mots, le rétrofit, c’est l’art de donner une seconde vie « propre » à un véhicule existant. Plutôt que d’envoyer une voiture à la casse pour en acheter une neuve, on change son cœur : on remplace son moteur thermique (essence ou diesel) par un moteur électrique alimenté par des batteries.
Cette initiative est née, il y a deux ans, sous l’impulsion d’un de nos clients historiques du secteur pétrolier, qui souhaitait remplacer sa flotte de pick up diesel par des pick up électriques.
- Après une première présentation à Oued Zem au Maroc en 2025 et aujourd’hui une deuxième présentation au Gabon devant les experts de la direction générale de transport terrestre, peut-on dire que la révolution du E-Lux est en marche et que désormais l’Afrique peut prendre le volant de sa transition énergétique ?
Tout à fait. Et j’ajouterais, plus que jamais. E-Lux symbolise une nouvelle ère, où l’Afrique n’est plus passagère d’une transition énergétique imposée par des modèles importés d’autres continents qui, selon moi, sont inadaptés. E-LUX a été conçu et développé pour l’Afrique, pour son climat, pour ses routes et pour sa population, fortement orienté sur une économie circulaire. En imposant aux concepteurs, notre propre cahier des charges et en plaçant le transfert de technologie et l’assemblage local des E-LUX comme une exigence non négociable, nous démontrons que l’Afrique peut être aux commandes de sa transition énergétique.
- Comment est née la collaboration entre GESPARC et REV Mobilities ?
A l’époque, il n’existait pas, ou presque pas de pick up électriques neufs sur le marché mondial. Sachant que ces véhicules devraient évoluer sur des sites off road, isolés au Gabon, donc soumis à des conditions de température et d’humidité extrêmes, dans un environnement routier exigeant, tout en satisfaisant aux normes de sécurité les plus strictes imposées par les zones CEVESO, je dirais même qu’à ce jour, il n’existe toujours pas de pick up électrique neuf capable de répondre à ce niveau d’exigence.
Après avoir parcouru l’Europe (en voiture électrique) et rencontré l’ensemble des acteurs majeurs du rétrofit, le choix de la société REV Mobilities, m’est apparu comme une évidence. En effet, non seulement ses ingénieurs étaient tous issus des plus grands constructeurs mondiaux, mais en plus, son Président, Arnaud Pigounides était l’instigateur de la règlementation sur le rétrofit en France et en Europe.
Ce choix a été conforté par le refus de REV Mobilities, dans un premier temps, de relever le défi, tant le cahier des charges que nous leur soumettions était exigeant. C’était pour moi le gage de leur sérieux et de leur réalisme. Paradoxalement, ce refus me rassurait.
Dernier point et non des moindres : ce qui les a finalement poussés a relever ce défi technologique, c’est que je les ai convaincu que le rétrofit était LE modèle le mieux adapté pour le continent Africain : une conception sur mesure tenant compte des spécificités de notre continent et pas une adaptation, l’intégration de cette technologie dans un modèle d’économie circulaire et enfin, un transfert de compétences avec 100% de l’assemblage réalisé au Gabon.
- En quoi cette nouvelle offre constitue-t‑elle une innovation dans le paysage des transports terrestres gabonais ? Sinon quels en sont les avantages pour les usagers ?
D’abord, un silence de fonctionnement offrant un confort exceptionnel.
Ensuite, un niveau de fiabilité inégalable et des opérations de maintenance fortement réduites, en comparaison avec un moteur thermique.
Enfin, une utilisation ne nécessitant plus aucun recours aux carburants fossiles.
- Peut-on considérer que ce projet s’inscrit dans la dynamique mondiale — et gabonaise — de transition énergétique et de réduction des émissions de gaz à effet de serre ?
Absolument. On ne jette pas la carrosserie ni le châssis, qui sont encore en bon état. On évite ainsi la pollution liée à la fabrication et à l’acheminement d’une voiture neuve.
De plus, un Toyota Hilux Diesel parcourant 30.000 km par an rejette près de 10 tonnes de CO2 dans l’atmosphère. Notre E-LUX : Zéro !
- Les véhicules rétrofités mettent l’accent sur la sécurité des personnes et des biens. Quelles garanties techniques le kit REV apporte-t‑il pour assurer cette sécurité ?
Les batteries qui équipent le E-LUX, sont des batteries de type Lithium Ion qui répondent à la norme la plus élevée au monde en termes de sécurité : ce qu’on appelle la norme R100 révision 2. Ces batteries passent des tests de résistances aux vibrations, à des chocs thermiques brutaux, à des décélérations des 28G, à des écrasements de 10 tonnes et à des feux alimentés par des combustibles. Peu de véhicules électriques neufs, y compris ceux proposés par les plus grands constructeurs mondiaux, répondent à cette norme.
- Comment GESPARC garantit-il la sécurité tout au long du cycle de vie d’un véhicule rétrofité, notamment dans le contexte gabonais ?
L’ensemble des composants de notre chaîne de traction bénéficie d’une garantie de 8 ans.
- Le rétrofit nécessite comme nous le disions tantôt, une main-d’œuvre qualifiée. Avez-vous prévu la formation des techniciens sur le territoire gabonais ?
Bien sûr. Elle a même déjà commencé. Les équipes de REV Mobilities sont venues à Libreville en septembre dernier pour dispenser des formations certifiantes à nos jeunes techniciens gabonais. Une nouvelle mission est prévue pour mars 2026, pour la formation de nos nouvelles recrues. Des formateurs locaux, seront eux aussi formés et recevront un agrément du constructeur. Nous aurons ainsi la possibilité de dispenser nous même ces formations à nos futurs techniciens en toute autonomie.
Quelles sont les prochaines étapes après la soumission du cadre réglementaire à la Direction générale des Transports terrestres (DGTT) ?
Nous soumettrons dans un premier temps le modèle E-LUX aux procédures d’homologation de la DGTT. Ensuite, chaque véhicule qui sortira de nos chaînes d’assemblage fera l’objet d’une réception à titre isolé (RTI) par la DGTT, qui validera ainsi, sa conformité.
- À plus long terme, envisagez-vous d’étendre cette solution à d’autres types de véhicules ou d’intégrer de nouvelles options technologiques dans les interfaces proposées ?

Tout à fait. Nous sommes déjà en mesure de rétrofiter le Toyota Fortuner et nous prévoyons prochainement le développement d’une chaîne de traction pour les Toyota Land Cruiser séries 70 ainsi que pour le bus Toyota Coaster.
- Quel message souhaitez-vous adresser aux autorités gabonaises, aux partenaires industriels et aux citoyens concernant l’avenir de la mobilité durable au Gabon ?
En faisant du Gabon, le premier pays d’Afrique Centrale et un des premiers pays du Continent à assembler des véhicules électriques, cette initiative pourra contribuer au rayonnement de la Nation sur la scène internationale. Je tiens d’ailleurs à remercier et à saluer le soutien et l’enthousiasme de la Direction Générale des Douanes et de la Direction Générale des Transports Terrestres, dont les précieux conseils et recommandations, nous ont permis d’inscrire notre démarche dans le respect des règlementations gabonaises. Nous avons aussi sollicité le soutien de l’Etat, au travers du Ministère de l’Economie, pour nous aider à renforcer l’attractivité économique de ce projet ambitieux, stratégique et structurant.
- Enfin, y a‑t‑il un point que nous n’aurions pas abordé et que vous jugeriez essentiel de porter à la connaissance de nos lecteurs ?
J’aimerais rendre hommage à notre regretté fondateur, Robert Boutonnet. Saluer l’audace d’un homme qui, dans les années 50, avait compris que le progrès du Gabon passerait par la maîtrise technique. L’aventure E-LUX que nous portons aujourd’hui s’inscrit dans le sillage direct de son œuvre : là où il a été le précurseur du froid et de la climatisation, nous nous attachons à relever les défis technologiques de notre siècle. Perpétuer son héritage, c’est pour nous une mission d’engagement : celle de mettre l’innovation à la portée de chaque Gabonais et de faire du transfert de technologie un véritable levier d’émancipation nationale. En transformant la haute technologie en un outil quotidien et accessible, nous restons fidèles à la vision de celui qui, le premier, a su bâtir un pont entre le génie technique et le bien-être des populations.
Propos recueillis par Roger BIERE



