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À Yaoundé, l’OMC cherche un nouveau souffle

Du 26 au 29 mars 2026, Yaoundé accueille la 14ᵉ Conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Dans un contexte de tensions géopolitiques aiguës et d’un multilatéralisme fragilisé, les 4 000 délégués présents tentent d’éviter une paralysie durable du système commercial international.

‎Dès l’ouverture, la directrice générale de l’OMC, Ngozi Okonjo‑Iweala, a dressé un constat sans détour : l’ordre mondial ne reviendra pas à son état antérieur. Selon elle, il ne s’agit plus de défendre un statu quo dépassé, mais de « construire un nouveau système », en préservant ce qui fonctionne et en corrigeant les failles.

La CM14 se tient sous la double pression des tensions militaires entre les États‑Unis, l’Iran et Israël — qui font planer la menace d’une crise pétrolière aux effets immédiats sur les chaînes d’approvisionnement — et d’une montée continue du protectionnisme.

‎Des fractures persistantes

‎Les États‑Unis ont ouvert les débats en critiquant l’institution, accusée d’avoir « cautionné des déséquilibres graves », et en réclamant davantage de « réciprocité », au risque d’affaiblir le principe de la nation la plus favorisée. La Chine a répliqué en appelant à « s’opposer à l’unilatéralisme ».

‎Les divergences entre pays développés et pays en développement restent profondes, notamment sur les subventions agricoles — déjà au point mort à Abou Dhabi en 2024 — et sur la régulation du commerce numérique. Les pays africains, nombreux à s’exprimer sur leur propre continent, défendent le maintien du « traitement spécial et différencié » pour protéger leurs économies vulnérables.

‎Un sommet de la dernière chance

‎Aucun accord commercial majeur n’est attendu au terme des quatre jours de négociations. L’objectif est plutôt d’adopter une feuille de route pour la réforme de l’OMC, qui servira de base aux travaux jusqu’à la prochaine conférence.

‎Malgré les obstacles, le ministre camerounais du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, a appelé à faire de ce rendez‑vous « le premier pas d’un New Deal pour l’OMC ». Quelques avancées existent déjà, comme l’entrée en vigueur, en septembre 2025, de l’Accord sur les subventions à la pêche.


Ngozi Okonjo‑Iweala a conclu sur une note d’espoir, citant Kwame Nkrumah : « Il est temps d’avoir le courage de faire face à l’avenir. » L’histoire dira si Yaoundé aura permis de sauver la dernière grande institution gardienne du multilatéralisme.


‎Roger BIÈRE
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