Madagascar : Interview du nouveau président de l’Assemblée nationale « Etre au service du peuple ! »

Élu avec une majorité écrasante à la tête de l’Assemblée nationale, Siteny Randrianasoloniaiko entend incarner une nouvelle ère politique à Madagascar. Refusant les clivages partisans, il se pose en bâtisseur d’un consensus national, prônant la refondation des institutions, la décentralisation effective et l’éveil citoyen de la jeunesse. Entretien avec un homme qui veut conjuguer autorité et ouverture.

Monsieur le Président, quelle est votre première réaction après votre élection à la tête de l’Assemblée nationale ?
Je tiens à remercier l’ensemble des députés présents, qu’ils aient voté pour moi ou non. La confiance qu’ils m’ont accordée ne sera pas trahie. J’ai été questeur lors de mon premier mandat, puis simple député, et j’ai toujours assumé mes responsabilités, y compris récemment en tant que chef de l’opposition. Je connais les difficultés du métier de député à Madagascar, mais je suis déterminé à honorer cette institution et à redonner à l’Assemblée nationale toute sa valeur.
Quelle sera la ligne directrice de votre mandat ?
Nous représentons plus de 30 millions de Malgaches. Mon engagement est clair : rappeler à chaque député qu’il est au service du peuple. Je ne veux pas être un président d’union symbolique, ni le représentant d’un groupe politique, mais le président de tous les députés. Je souhaite que nous avancions ensemble, main dans la main, pour relever le pays et restaurer la confiance entre les citoyens et leurs représentants.
Vous étiez auparavant chef de l’opposition. Comment comptez-vous gérer cette transition ?
Dès aujourd’hui, je ne suis plus chef de l’opposition. Mon rôle évolue : je quitte la contestation pour entrer dans la construction. Je travaillerai pour le bien commun, dans un esprit de solidarité et de responsabilité partagée. Je le redis : je serai le président de tous, sans distinction de bord politique.
Certains ont parlé d’un coup d’État. Que répondez-vous à cela ?
Il n’y a eu aucun coup d’État. Ce qui s’est produit, c’est un mouvement populaire, une expression démocratique du peuple. Dans mon cas, le bureau permanent précédent ayant été dissous, une nouvelle élection s’imposait. J’ai moi-même saisi la Haute Cour Constitutionnelle (HCC), qui a confirmé la vacance du poste de président et validé le processus. Nous avons œuvré ensemble pour ce changement, dans le respect de la loi.
Vous parlez souvent de “refondation”. Qu’entendez-vous par là ?
La refondation va bien au-delà des réformes administratives. Il s’agit de repenser notre système en profondeur. Prenons l’exemple du ministère de l’Éducation : il ne s’agit pas seulement de gérer des écoles, mais de former des citoyens compétents et responsables. Nous, les 163 députés, n’avons plus le droit de rester spectateurs. Nous devons agir pour transformer le pays.
Si Madagascar perdait l’aide internationale, que feriez-vous ?
Madagascar est une terre bénie, riche en ressources. Si nous les gérons avec transparence, nous pouvons nous affranchir de la dépendance aux aides extérieures. Le problème n’est pas le manque de richesses, mais l’absence de bonne gouvernance. Ce que Dubaï possède, Madagascar le possède aussi. Il nous faut réformer nos structures et instaurer une véritable transparence dans la gestion publique.
La décentralisation est un sujet récurrent. Quelle est votre position ?
C’est l’un de mes combats. Aujourd’hui, tout est centralisé à Antananarivo, tandis que les provinces sont marginalisées. Nous devons bâtir un État décentralisé, où chaque région dispose des moyens nécessaires à son développement. C’est une condition essentielle pour une croissance équitable et durable.
Quelle est votre vision des relations internationales de Madagascar ? Faut-il rompre avec la France ?
Non, rompre avec la France n’est pas la solution. Nous devons être pleinement souverains, mais ouverts à tous les partenariats bilatéraux bénéfiques pour le pays. J’invite les nouveaux dirigeants à analyser qui nous aide réellement. Par exemple, le Japon est un partenaire sincère : il nous soutient sans rien exiger en retour. Pourquoi n’avons-nous pas d’ambassadeur là-bas ? Je suis favorable à une ouverture équilibrée : que ce soit avec le Japon, la Russie, la France ou d’autres, Madagascar doit rester ouverte à tous.

Vous avez un message particulier pour la jeunesse, notamment la Génération Z ?
Oui. Je m’adresse directement à eux. Je sais que beaucoup de jeunes ont ressenti que leurs droits étaient bafoués. Vous avez refusé de vous taire, et cela témoigne d’une maturité citoyenne. Je vous invite à lire la Constitution pour connaître vos droits. Quand les jeunes sont conscients, même la pression politique venue d’en haut ne peut plus les étouffer. Restez éveillés, restez vigilants. C’est votre avenir qui se joue ici, à Madagascar.
Un mot pour conclure ?
Je rends grâce à Dieu pour cette journée historique. Désormais, la fonction de président de l’opposition parlementaire est assurée par l’honorable Milavonjý Philibert, à qui je transmets officiellement cette responsabilité. Quant à moi, je quitte l’opposition pour m’engager dans la construction. Je lui souhaite plein succès dans sa mission. Que Dieu le bénisse dans son travail.
Propos recueillis par Cynthia Rahelindisa



