Cameroun : Jacques Jonathan Nyemb, l’avocat d’affaires à l’œuvre pour transformer son pays

Ce trentenaire incarne une nouvelle figure du leadership économique africain. Formé à Harvard et à la London School of Economics, Jacques Jonathan Nyemb ne se contente pas de conseiller les puissants. Il ambitionne de refonder le modèle économique et sociétal camerounais. Portrait d’un avocat d’affaires devenu stratège d’un avenir possible.
Dans les milieux d’affaires au Cameroun, son nom fait désormais autorité. Jacques Jonathan Nyemb n’est plus seulement l’un des Conseils les plus sollicités du pays, il est devenu, en quelques années, une figure montante du renouveau économique au Cameroun. Loin du ton convenu des technocrates, cet avocat d’affaires spécialiste des politiques publiques défend une vision radicalement réformatrice pour son pays, nourrie d’un ancrage local fort et d’un carnet d’adresses global.
Une ascension rapide au cœur des grandes opérations
Major de sa promotion à l’université Panthéon-Assas, passé par Cleary Gottlieb à Paris et New York, il est l’un des rares avocats africains à avoir pris part à des opérations de première importance comme la restructuration de la dette grecque en 2012 ou le rachat de Maroc Telecom en 2014. Si son parcours l’amènera à siéger aux conseils de gouvernements, de multinationales et d’institutions internationales, il faut noter que c’est à Douala, au sein du cabinet familial qu’il codirige depuis 2016, que Jacques Jonathan Nyemb va véritablement déployer sa vision. Sous son leadership, le Cabinet Nyemb intègre le conseil juridique du gouvernement camerounais pour l’émission d’un Eurobond de 400 milliards de FCFA en 2021, puis pilote en 2023 l’acquisition historique de Guinness Cameroon par le géant local SABC, une transaction commerciale record chiffrée à 300 milliards de FCFA.
Le droit comme levier de transformation économique
Pour Jacques Jonathan Nyemb, le droit est un outil stratégique, au service d’une transformation structurelle du pays. « Le Cameroun a les ressources, les compétences, l’histoire. Ce qu’il nous manque, c’est une capacité à penser et mettre en œuvre des réformes ambitieuses », confiait-il lors d’un entretien télévisé.
Il faut préciser que le cabinet qu’il dirige ne se limite pas aux transactions financières il soutient aussi des réformes de gouvernance, milite pour la finance verte et accompagne les collectivités dans l’expérimentation de nouveaux dispositifs comme les prêts d’honneur aux jeunes entrepreneurs.
Un réseau discret, un agenda clair
Loin des postures flamboyantes, Jacques Jonathan Nyemb tisse méthodiquement un réseau d’influence à la croisée du secteur privé, des institutions financières, des milieux intellectuels et de la société civile. Celui qui siège aux conseils d’administration de plusieurs entreprises tech ou industrielles, entretient des liens de confiance avec des figures clés de l’élite économique camerounaise.
Sa discrétion masque mal une détermination à peser sur les politiques publiques. En quittant en 2023 le Groupement interpatronal du Cameroun (GICAM) où il avait initié des réformes d’envergure (code de gouvernance, appui aux PME, refonte du dialogue public-privé), il envoyait clairement un signal fort ; celui d’un homme qui refuse le statu quo.
Penser et agir pour l’après
C’est sans doute à travers The Okwelians, le think do tank qu’il cofonde en 2020 avec un cercle de proches, que Jacques Jonathan Nyemb cristallise le plus clairement son projet pour le Cameroun. Plus qu’un simple cercle de réflexion, The Okwelians se veut une véritable fabrique d’alternatives concrètes pour un Cameroun fier, prospère et solidaire comme il aime le dire. Depuis sa création, l’organisation est présidée par l’avocat d’affaires, qui en a fait un outil de structuration intellectuelle et d’action collective inédit dans l’écosystème national.
Le bilan impressionne. Plus de 3 000 membres et sympathisants répartis dans 15 pays sur 4 continents, composent aujourd’hui la communauté The Okwelians. À travers Okwelians Venture Fund, un dispositif financier interne, plus de 50 millions de francs CFA ont été investis pour accompagner l’éclosion de startups à fort impact identifiées comme de potentiels futurs champions nationaux.
En parallèle, près de 900 jeunes ont été formés au leadership par l’organisation qui compte plus de 200 publications parmi lesquelles un rapport sur la refondation du patronat camerounais, une série de propositions pour réinventer le contrat social, un ouvrage collectif sur les défis de la ville camerounaise face aux impératifs de durabilité.
En decembre 2024, le think do tank publiait un document phare : « 20 propositions pour transformer le Cameroun », véritable plan d’action pour une transformation durable fondée sur trois piliers que sont la bonne gouvernance, la cohésion sociale et la transformation économique. Le texte, salué dans les milieux politiques et économiques, a renforcé la crédibilité de The Okwelians comme force de proposition sérieuse.
Mais Jacques Jonathan Nyemb n’est pas qu’un théoricien il est, avant tout, un pragmatique. À l’occasion des cinq ans du think do tank, il initie The Okwelians Summit, le premier sommet économique international entièrement dédié au développement du Cameroun. L’événement, organisé à Yaoundé, a réuni 150 décideurs publics et privés, camerounais et étrangers, autour d’une reflexion sur la transformation structurelle du pays. À cette occasion, l’avocat avait su mobiliser aussi bien des membres du gouvernement que des figures de proue du secteur privé africain et international, telles que le milliardaire ivoirien Koné Dossongui, des dirigeants du conglomérat chinois Huawei, Nikhil Gandhi, directeur exécutif de Arise IIP, ou encore le Domingos Simoes Pereira, président de l’Assemblée nationale de Guinée-Bissau, pour ne citer que ceux-là. The Okwelians Summit a marqué les esprits, tant par la qualité des échanges que par l’ambition affichée. L’événement a clairement positionné le think do tank comme un acteur influent au service de la transformation durable du Cameroun.
Vers un rôle en politique ?
Alors que le Cameroun entre dans une zone de fortes turbulences économiques, certains voient en Jacques Jonathan Nyemb bien plus qu’un avocat. Un homme d’avenir. Un faiseur de consensus. Peut-être même un futur décideur.
Interrogé sur ses ambitions, l’intéressé reste discret. Dans son entourage, on décrit un leader au service des autres, engagé pour un avenir meilleur de son pays. Toutefois, au sein de la société civile, certains observateurs estiment que « si le jeune avocat s’est toujours tenu à l’écart des arènes politiques, il est peu probable qu’il reste éternellement en retrait. Ce pays a besoin de gens qui osent agir. Et je ne pense pas qu’il fasse partie de ceux qui se contentent de commenter », glisse avec conviction un acteur de la société civile qui lui est proche.
Au moment où le Cameroun cherche ses architectes de la modernité, Jacques Jonathan Nyemb s’impose comme l’un de ceux qui, plutôt que de fuir, a choisi de bâtir à partir d’ici. Avec méthode, vision, et surtout, une foi inébranlable en ce Cameroun qui, selon ses propres mots, « peut encore surprendre le monde. »
NSELE JEAN CHRISTIAN



