Enquête

GABON : Ghislain Yoppa vs FIAT, 34 ans de lutte pour la reconnaissance

Depuis 34 ans, Ghislain Arsène Yoppa, un inventeur gabonais, lutte pour faire reconnaître ses droits face à au constructeur italien FIAT, pour avoir commercialisé l’un de ses modèles sans son accord. Malgré des démarches complexes et infructueuses, Yoppa continue de chercher justice, espérant le soutien des nouvelles autorités gabonaises.

Depuis plus de trois décennies, Ghislain Arsène Yoppa, un concepteur automobile gabonais, se bat pour faire reconnaître ses droits d’inventeur face au géant italien de l’automobile, FIAT. En 1990, alors âgé de 20 ans, il avait envoyé plusieurs plans de véhicules au constructeur italien par boîte postale, espérant une collaboration ou une reconnaissance de son travail. À sa grande stupéfaction, cinq ans plus tard, il découvre dans une revue spécialisée que l’un de ses projets, un modèle qu’il avait lui-même conçu, avait été commercialisé par FIAT sans son accord préalable. 34 ans plus tard, l’inventeur continue de réclamer justice.

En 1995, feuilletant L’Automobile Magazine, Ghislain Arsène Yoppa tombe sur un modèle de voiture étonnamment familier : la Fiat Brava, un véhicule dont les contours ressemblaient étrangement aux croquis qu’il avait soumis à FIAT des années auparavant. Ce fut un choc pour Yoppa, qui, malgré sa surprise initiale, réalisa rapidement l’ampleur de la situation : son projet, déposé sans brevet et sans les protections légales nécessaires, avait été repris et mis en production par FIAT.

Des démarches de protection complexes et infructueuses

À l’époque, le Gabon ne faisait pas partie de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI), limitant ainsi les recours disponibles pour Yoppa. Le Gabon n’a adhéré à l’OMPI qu’en décembre 2002, bien après que le préjudice eut été consommé. En l’absence de soutien financier pour protéger son invention, Yoppa avait naïvement demandé à FIAT de le faire à sa place, en contrepartie d’un paiement des droits d’invention. La réponse de FIAT fut catégorique : « Nous ne pratiquons pas la protection des tiers. Faites-le et nous vous paierons. »

Sans les ressources nécessaires pour entreprendre cette démarche, Yoppa s’est retrouvé dans une impasse. Il tenta de solliciter l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (OAPI), mais ses démarches n’aboutirent pas, l’OAPI ne protégeant à l’époque que les inventions sous-régionales. Le Gabon, de son côté, était déjà membre de la Convention de Paris de 1883, qui protégeait les inventions, mais cela n’offrait que peu de recours à Yoppa face au géant de l’automobile.

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Un long combat juridique et diplomatique

Dépourvu de soutien institutionnel, le jeune inventeur se tourne alors vers la représentation diplomatique italienne au Gabon. Selon ses dires, celle-ci aurait reconnu, en privé, la similarité frappante entre les plans envoyés par Yoppa et la Fiat Brava mise sur le marché. Cependant, aucune action concrète ne fut prise pour résoudre le litige, malgré les appels répétés à une solution à l’amiable. Le dossier s’enlise dans une impasse diplomatique, avec un constructeur italien refusant toute reconnaissance officielle des faits.

Aujourd’hui âgé de 53 ans, Yoppa n’a toujours pas obtenu gain de cause. Il dénonce ce qu’il appelle “le mépris” du géant italien, estimant que FIAT le croit probablement décédé après toutes ces années de silence. Pourtant, l’arrivée de nouvelles autorités à la tête du Gabon a ravivé l’espoir de cet inventeur passionné. Pour lui, cette affaire dépasse la simple reconnaissance de droits ; il s’agit d’une question de dignité nationale, de la reconnaissance du génie gabonais et de la défense des œuvres de l’esprit.

Un dernier espoir avec les nouvelles autorités gabonaises

Avec le changement de régime politique au Gabon, Yoppa espère enfin obtenir le soutien des nouvelles autorités de son pays. « Il est temps que mon pays se saisisse de ce dossier et qu’une solution soit trouvée », déclare-t-il avec détermination. Pour Yoppa, cette bataille représente bien plus qu’un combat personnel : c’est une lutte pour la reconnaissance du talent africain sur la scène mondiale, une bataille pour tous les inventeurs gabonais et africains dont le travail a été exploité sans leur consentement.

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Alors que la justice internationale reste un chemin ardu et semé d’embûches, Ghislain Arsène Yoppa ne perd pas espoir. Il croit fermement que son pays finira par se lever pour défendre ses droits, non seulement pour lui, mais pour tous ceux qui, comme lui, ont été privés de la reconnaissance qu’ils méritent.

Rayan NZIENGUI

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