Interview

GABON : Trois questions au Pr Biyogo, « Cette Transition constitue un véritable recommencement de l’histoire »

Dans cette interview, le Pr Grégoire Biyogo, universitaire et savant gabonais, jette un regard sur la fin de la Transition politique au Gabon dix-sept mois après l’avènement des militaires au pouvoir, analysant par ailleurs, avec un regard rétrospectif  la Relation entre Universitaires et changement politique avant de clore son propos sur sa Chaire d’égyptologie.

Propos écrits recueillis par Marianne IWANI

Ceux Qui Font l’Afrique : Professeur, vous êtes rentré au Gabon au lendemain du coup dit de libération, après plusieurs années d’exil. Quel regarde, sous forme de bilan objectif, jetez-vous sur la période de Transition au Gabon et sur les perspectives ?

Fixée à une durée de deux ans, du 30 Août 2023 – 30 Août 2025, cette Transition constitue un véritable recommencement de l’histoire.  Son enjeu était en effet de tout rebâtir sur les ruines de l’ancien régime alors caractérisé par le disfonctionnement des institutions, la faillite de l’économie et la démission de l’Etat. Il a donc fallu concentrer cet effort de réorganisations des institutions sur une période courte avec de nouvelles bases fondées sur la redéfinition des Normes là où s’était imposée une société sans Normes, ni Lois, ni perspectives économiques. La Transition oppose à cette anomie et à cette situation d’inconstitutionnalité de l’Etat un réapprentissage et une nouvelle volonté d’implémenter la constitutionnalité au sein de l’Etat de droit alors dévoyé. Le plus important ici était de retrouver la transparence, la traçabilité dans la gestion de la chose publique et l’économie.

Le principal concept de cette réforme économique, politique et sociale, dû au président de la Transition lui-même est celui transversal, dynamique et opératoire de l’inclusivité. Il s’agit d’interdire tout obstacle à l’unité, toute exclusion, tout isolement, tout repli identitaire et solipsiste, tout fétichisme de la division en travaillant à promouvoir la solidarité, la réflexivité, l’interconnectivité, les logiques du système ouvert avec des combinaisons systémiques des initiatives transversales, extensives… républicaines. Telle est la philosophie politique de cette Transition où l’Etat, le Citoyen et la République elle-même sont uniques, indivisibles et inséparables avec des mutations et des permutations qui renforcent le grand principe constitutionnel et administratif de l’unicité.

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Mise en place pour prévenir la banqueroute de l’économie et le risque de cessation de payement, la Transition s’est caractérisée par une réforme pentagonale (Ndlr 5 axes) à travers l’organisation des assises suivantes :

–          Le Dialogue National Inclusif (DNI),

–          Les Commissions Constitutionnelles, de Suivies et d’Evaluation des 1000 conclusions du DNI.

–          La Nouvelle Constitution adoptée et promulguée,

–          Par le Référendum

–          Et enfin la séquence qui clos le chronogramme politique de cette Transition : L’élection présidentielle du 12 avril 2025 en vue d’instaurer une Nouvelle République.

L’Université, creuset du savoir a souvent joué un rôle majeur dans la démocratisation des pays africains notamment. Comment jugez-vous aujourd’hui le rapport de l’universitaire gabonais à la politique au regard d’un passé pas si lointain qui faisait aussi des universités gabonais le creuset du bouillonnement démocratique ? 

Dans l’histoire politique du Gabon indépendant depuis 1960, la première secousse politique est venue des Militaires insurgés contre le régime du président Léon M’ba en 1964.

Le second séisme politique est venu des étudiants et des universitaires avec les événements de la Gare-Routière autour des années 1980 à 1981, à l’initiative du MORENA (Ndlr Mouvement de Redressement National), dont l’une des figures de proue a été le Recteur  Nzoghe Nguema…

Le moment acméique de ses mouvements d’insurrection populaire, celui intensif de 1990 qui réintroduit le multipartisme au Gabon au lendemain du sommet de la Baule, est aussi dû en partie aux étudiants et aux universitaires.

Ainsi du rôle pionnier qu’ils ont joué respectivement en 1993 (boycott de l’élection du Père Mba Abessole par le PDG), en 1998 (boycott de l’élection de Pierre Mamboundou Mamboundou par le PDG), en 2009 (confiscation de l’élection du Docteur André Mba Obame par le PDG), en 2016 ( confiscation de l’élection du président Jean PING par le PDG), et en 2023 ( détournement de l’élection du Professeur Albert Ondo Ossa par le PDG jusqu’au coup de Libération du 30 août 2023). 

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De tout temps donc, étudiants et institution universitaire ont joué un rôle politique prépondérant et avant-gardiste dans le changement, la contestation radicale de l’autocratie.

En tant qu’universitaire, vous aviez une chaire à l’Université Omar Bongo, la Chaire Cheick Anta Diop. Où en êtes sur vos travaux de recherche et quelles sont vos perspectives ?

En effet, outre la poétique et la théorie littéraires, l’histoire de la philosophie, la méthodologie et l’épistémologie de la Recherche, les théories politiques ou la philologie, notre principal enseignement d’alors à l’Université du Gabon était l’égyptologie introduite en 1995 avec la création de l’Institut Cheikh Anta DIOP (ICAD) qui était après l’IFAN à Dakar le tout premier Institut de ce genre en Afrique.

Dans cet Institut, les étudiants et chercheurs (Icadiens) étudiaient d‘ores et déjà sous l’autorité du Maître, l’Egypte ancienne : son histoire, ses institutions, ses sciences, ses écoles de pensées, sa plastique et son architecture solaires, ses papyrus, sa civilisation, ses philosophies religieuses et son système des Oracles …, ses dynasties, ses pharaons (Faraou), ses Maîtres (Nebou) et ses savants (Rekhou), sa langue savante et ancienne (Le Medu Netjer).

Ce furent des années fastes au cours desquelles l’ICAD a représenté le Gabon dans les Congrès mondiaux d’égyptologie, et de publications de grands ouvrages dans la discipline :

–          Thèbes ou Athènes : Résolution autour de la controverse sur l’origine de la philosophie et des sciences.

–          Origine égyptienne de la philosophie. Au-delà d’une amnésie millénaire : le Nil comme berceau universel de la philosophie.

–          Kémit antidémocrate ? Reterritorialisation des origines de la philosophie.

–          Aux sources égyptiennes du savoir  (2 Volumes) :

Généalogie et enjeux de la pensée de Cheikh Anta DIOP. Introduction au rectificationnisme.

–          Système et antisystème dans l’épistémologie de l’égyptologie.

–          Encyclopédie du Mvett (2 Volumes) : De l’Egypte antique jusqu’en Afrique Centrale.

–          Zénon de Cittium, l’Africain… (2 Volumes)

Puis ce fut le black-out : le long exil du fondateur de l’Institut Cheikh Anta DIOP en France qui a duré 15 ans. Ici s’est opérée la délocalisation de l’Ecole d’égyptologie du Gabon, HDR devenu depuis et Savant Africain le 05 novembre 2014 à Bruxelles, celui qui va porter désormais le nom de Shemsu Maât (Le suivant et l’élu de la divinité) va déployer ses plus hautes œuvres de l’esprit qui ont obtenu une consécration mondiale :

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–          Dictionnaire comparé égyptien ancien-Fang Beti. De la coappartenance Kemit-Ekang.

–          Dictionnaire encyclopédique des connaissances et des concepts philosophiques de l’Egypte antique (2 Volumes).

–          La naissance de la philosophie en Egypte dans les Temples des NEBOU.

Au titre des perspectives en dehors des Chaires que je dirige dans les Ecoles doctorales et postdoctorales de France, d’Europe et d’Afrique dans les matières suivantes :

–          Histoire de la philosophie comparée

–          Histoire de la philosophie

–          Méthodologie et épistémologie de la recherche

–          Théories politiques

–          Epistémologie de l’égyptologie

–          Philologie et lexicologie …

Nos efforts   actuels consistent à créer une Académie Africaine des sciences humaines et sociales avec des recherches adaptées aux contextes historiques, sociologiques, économiques, politiques et philosophico-théologiques du continent lui-même.

–          Inventions et sciences créées par le Savant Africain d’origine gabonaise Grégoire BIYOGO :

–          La Mvettologie (science qui étudie le Mvett)

–          L’ékangologie (science qui étudie la civilisation, les institutions et la langue des Ekang (Fang-Beti-Bulu)

–          La polémologie assymétrique ou encore l’assymétrologie (science qui étudie la guerre et la géostratégie sous un angle hypercomplexe).

–          L’épistémologie de l’égyptologie qui fait de cette science non plus seulement celle qui étudie les monuments et la civilisation antique de l’Egypte, mais encore celle qui élabore de nouvelles connaissances, de nouvelles méthodes et de nouveaux objets épistémiques.

–          La quinadologie (science qui étudie les théories, méthodes, raisonnement et objets quinaires en cinq axes).

–          L’histoire de la philosophie africaine revisitée par la déconstruction derridienne et la désessentialisation rortyenne.

–          La philosophie de l’histoire de la philosophie.

–          Le raisonnement pentagonal.

–          La découverte des origines égyptiennes de la philosophie mondiale.

–          Les poétiques transversales.

–          La dépronominalisation

–          La déponctuation

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