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Sénégal : le pays tourne la page de la présence militaire française

Ce jeudi matin, une cérémonie historique a marqué la fin de 65 années de présence militaire française au Sénégal. La restitution du « camp Geille », dernière base française située à Ouakam, ainsi que de l’escale aéronautique militaire de Dakar, symbolise un tournant majeur dans les relations entre la France et l’Afrique. Ce retrait, entamé en mars dernier et mené en concertation avec les autorités sénégalaises, s’inscrit dans une dynamique plus large de réaffirmation de la souveraineté africaine. 

‎‎La présence permanente de l’armée française au Sénégal remonte à 1960, année de l’indépendance du pays. Initialement, les accords de défense prévoyaient un soutien à la construction de l’armée sénégalaise et une garantie de sécurité en cas d’agression extérieure. Au fil des décennies, cette coopération a évolué, passant d’une logique de protection à un partenariat axé sur la formation et l’entraînement conjoint.  En 2011, les Forces Françaises du Cap-Vert (FFCV) laissent place aux Éléments Français au Sénégal (EFS), composés d’environ 350 militaires dont la mission principale était l’appui opérationnel et la formation des forces sénégalaises. Un an plus tard, un traité bilatéral acte la fin du rôle combattant de la France, confiant la défense du territoire exclusivement aux forces sénégalaises. 

‎Un retrait concerté, dans un contexte de défiance régionale

‎‎Contrairement aux retraits précipités du Mali, du Burkina Faso et du Niger où les militaires au pouvoir ont exigé le départ des troupes françaises ,  le processus sénégalais s’est déroulé dans un cadre diplomatique apaisé. Dès 2022, des discussions ont été engagées entre Paris et Dakar, anticipant une nécessaire adaptation aux réalités géopolitiques africaines. 

‎Le président Bassirou Diomaye Faye, élu en 2024, a officialisé cette transition en novembre dernier, déclarant : «  Le Sénégal est un pays souverain, et la souveraineté ne s’accommode pas de la présence de bases militaires étrangères. » Toutefois, il a insisté sur la volonté de maintenir un « partenariat rénové » avec la France, notamment dans la lutte contre la cybercriminalité et la sécurisation des espaces maritimes. 

‎L’Afrique redéfinit son autonomie stratégique

‎Ce retrait s’inscrit dans un mouvement plus large de réduction de l’empreinte militaire française en Afrique. Depuis 2022, la France a quitté le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad, tout en transformant sa base gabonaise en un « camp partagé » dédié à la formation. Seule Djibouti conserve une présence significative, avec 1 500 soldats français.  Pour le Sénégal, cette étape marque une affirmation de son leadership régional. Le professeur Mor Ndiaye, historien à l’Université Cheikh Anta Diop, y voit «  un symbole fort de la fin d’une époque, où l’Afrique reprend pleinement les rênes de sa sécurité. »

‎Pour la France, ce retrait marque la fin d’une époque, mais ouvre peut-être la voie à un partenariat plus respectueux des souverainetés. 

‎‎Roger BIÈRE 

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