RDC : Violences persistantes dans l’Est malgré les accords de paix

Alors que des combats intenses opposent depuis plusieurs jours l’armée congolaise au groupe armé M23 dans la région de Mulamba (Sud-Kivu), la persistance des violences interroge sur l’efficacité des récents accords de paix signés sous médiation internationale.
Depuis vendredi 8 août en effet, les affrontements se sont intensifiés autour de Mulamba, localité située à 80 km au sud-ouest de Bukavu. Selon des sources sécuritaires et locales concordantes, non seulement les Forces armées de la RDC (FARDC) et le M23 utilisent des armes lourdes, mais en plus les civils sont contraints de fuir sous les bombardements croisés.
Cette recrudescence survient paradoxalement après une série d’engagements diplomatiques : d’abord la signature d’un accord RDC-Rwanda fin juin 2025, puis celle d’une déclaration de principes entre Kinshasa et le M23 le 19 juillet à Doha, réaffirmant un « cessez-le-feu permanent ». Toutefois, ces déclarations semblent rester lettre morte sur le terrain.
Un cycle d’accusations mutuelles alimenté par des renforts militaires
Dans un communiqué du 11 août, le porte-parole du M23, Lawrence Kanyuka, a vivement accusé les FARDC de préparer « un conflit à grande échelle ». De son côté, Kinshasa maintient ses accusations contre le Rwanda, qu’il considère comme le principal soutien des rebelles – une position corroborée par plusieurs rapports d’experts de l’ONU.
Parallèlement à ces échanges verbaux, la situation militaire s’est aggravée avec l’arrivée de renforts des deux camps vers Mulamba dimanche dernier. Bien qu’aucun bilan humain officiel n’ait été communiqué, des témoins sur place rapportent des dégâts matériels considérables et une situation humanitaire alarmante.
Le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA) dresse un tableau préoccupant de la situation : plus de 2 millions de personnes ont été déplacées depuis janvier 2025 dans les Kivus, tandis que 25% des centres de santé sont hors service dans les zones touchées. De plus, l’accès humanitaire reste systématiquement bloqué sur plusieurs axes stratégiques, compliquant considérablement l’aide aux populations civiles.
Face à cette situation complexe, la communauté internationale, par la voix de la MONUSCO, appelle à « un retour immédiat au dialogue ». Cependant, sur le terrain, la militarisation croissante et l’enracinement des positions respectives laissent peu d’espoir quant à une résolution pacifique rapide du conflit.
Les racines profondes d’un conflit insoluble
Plusieurs facteurs expliquent cette résilience du conflit. Premièrement, la méfiance persiste entre les parties, d’autant que le M23 contrôle toujours des territoires conquis depuis 2021, y compris des villes stratégiques comme Goma et Bukavu. Deuxièmement, les enjeux économiques sont majeurs dans cette région riche en minerais stratégiques (or, coltan), qui servent de source de financement aux différents belligérants. Enfin, la dimension régionale du conflit ne peut être ignorée, avec l’implication persistante du Rwanda, régulièrement accusé de soutenir le M23 malgré ses dénégations répétées.
Roger BIÈRE



