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RDC : Les chefs traditionnels dénoncent une «usurpation d’attribution» par l’Eglise

L’Alliance des autorités traditionnelles et coutumières du Congo, l’une des principales organisations représentatives des chefs traditionnels en République démocratique du Congo (RDC), a porté plainte auprès du procureur général près la Cour de cassation pour « usurpation d’attribution » par les religieux. Cette démarche fait suite aux consultations menées par la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et l’Église du Christ au Congo (ECC) en vue d’un dialogue national pour la cohésion sociale.
‎Les deux entités religieuses ont multiplié les rencontres avec des acteurs politiques, diplomatiques et sociaux en vue d’un « pacte pour la paix et le vivre-ensemble », dans un contexte où une partie de l’Est du pays échappe toujours au contrôle de Kinshasa.
‎Les chefs traditionnels considèrent cette initiative comme une ingérence dans leurs attributions et réclament que les conclusions de ces consultations leur soient transmises pour qu’ils en assurent la coordination.

‎Une plainte fondée sur la Constitution

Dans leur recours, les chefs traditionnels invoquent une violation de l’article 207, alinéa 4 de la Constitution congolaise, qui leur confie explicitement la mission de « veiller à la cohésion nationale ». Emmanuel Kabuya Lemba Lemba, porte-parole de l’Alliance, a déclaré à RFI : « Notre plainte porte sur la violation flagrante de la Constitution. Si le pays traverse une crise, qu’elle soit à l’est ou à l’ouest, ce sont aux autorités traditionnelles de s’organiser pour ramener la paix parmi leurs enfants ».

‎Il ajoute, avec fermeté : «  Nous demandons à ces enfants [les religieux] de se retirer. Ce sont des usurpateurs. Nous sommes les sages, les gardiens de la tradition. Comment peuvent-ils sillonner le pays sans nous associer ? Ils doivent nous rendre compte de leurs actions pour que nous puissions convoquer un dialogue sincère ».

‎«Nous ne sommes pas contre leurs efforts, mais ils doivent respecter la loi. Sans cela, leurs actions n’aboutiront à rien. En tant que propriétaires de la terre, nous ne pouvons pas cautionner cette marginalisation »,  a insisté Kabuya Lemba Lemba. 

‎Les Églises défendent une démarche « pastorale et citoyenne »

Interrogés sur ces accusations, les responsables de la CENCO et de l’ECC ont réaffirmé le caractère apolitique de leur initiative, soulignant qu’elle s’inscrit dans un cadre pastoral et citoyen.  « Notre objectif est strictement la paix et l’unité nationale. Nous agissons en complémentarité avec toutes les forces vives de la nation, y compris les autorités coutumières » ont-ils expliqué. 

Malgré ces assurances, l’Alliance des chefs traditionnels maintient sa plainte et exige un rééquilibrage des rôles, conformément à la Constitution. Cette crispation intervient dans un contexte politique et sécuritaire déjà tendu, où la recherche d’une solution inclusive reste plus que jamais nécessaire. 

‎La balle est désormais dans le camp de la justice, qui devra trancher sur la légalité des actions des Églises au regard des prérogatives des chefs coutumiers. Certains observateurs suggèrent une médiation pour éviter une polarisation contre-productive, alors que la RDC a plus que jamais besoin d’un front uni face aux défis sécuritaires et politiques qui la traversent.  Une chose est certaine : cette affaire relance le débat sur le rôle des différentes institutions dans la consolidation de la paix en RDC, et sur la nécessaire harmonisation entre tradition, religion et État. 


Roger BIÈRE 

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