Intelligence artificielle : Le Maroc passe à l’offensive technologique

Les premières Assises nationales de l’Intelligence Artificielle (IA), organisées les 1er et 2 juillet à Rabat et Salé, ont marqué un tournant décisif dans la politique technologique du Maroc. Placées sous l’égide du ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, ces assises ont rassemblé décideurs publics, industriels, chercheurs et startups autour d’un objectif commun : faire de l’IA un levier de souveraineté et de compétitivité.

Les participants ont insisté sur l’urgence d’agir, identifiant trois priorités majeures. Premièrement, le développement d’infrastructures avec la création de centres de données puissants et sécurisés. Deuxièmement, la formation avec le développement de talents locaux en IA. Troisièmement, la mise en place de mécanismes de financement dédiés pour les PME et startups. « L’IA n’est plus une perspective future, mais une réalité qui redéfinit nos systèmes de santé, d’éducation et d’économie », a affirmé Amal El Fallah Seghrouchni, ministre de la Transition numérique.
Mohammed Kettani, président d’Attijariwafa Bank, a souligné un frein majeur : « Aujourd’hui, seuls les grands groupes ont accès à des financements IA. Les PME en sont exclues. » Un constat qui appelle à une stratégie nationale plus inclusive.
Adoption d’une feuille de route nationale
Les assises ont abouti à des recommandations clés, dont la mise en place d’une feuille de route nationale pour un usage responsable et éthique de l’IA, alignée sur les standards de l’UNESCO. Parmi les autres mesures phares figurent l’établissement d’un cadre législatif pour encadrer l’IA, garantissant transparence, vie privée et non-discrimination.
Dans les secteurs de la santé et de l’éducation, l’accent est mis sur le développement d’outils d’IA pour le diagnostic précoce des maladies et la lutte contre le décrochage scolaire. Le renforcement des infrastructures critiques et le soutien accru aux startups complètent ce plan d’action ambitieux.
Les assises ont acté plusieurs chantiers concrets qui marqueront la prochaine phase. La création d’une plateforme nationale de données sécurisées pour la R&D figure parmi les priorités. Le Maroc prévoit également d’organiser des événements internationaux pour affirmer sa position d’acteur clé dans le domaine de l’IA. Enfin, la coopération Sud-Sud, notamment avec les pays africains, permettra de relever ensemble des défis communs dans des domaines comme l’agriculture et le développement de villes intelligentes.
Le Maroc, futur leader africain de l’IA ?
Le royaume ambitionne de devenir un hub continental en s’appuyant sur plusieurs atouts. L’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) s’affirme déjà comme pionnière en recherche. Des partenariats internationaux se développent avec des géants technologiques et des instituts de recherche. L’écosystème startup marocain, dynamique et innovant, bénéficie de politiques publiques ciblées. Le principal enjeu consiste à développer une IA souveraine, comme l’a souligné un expert présent : « Nous devons former et retenir nos talents, investir massivement en R&D, et sécuriser nos données. »
Roger BIÈRE



