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‎GABON : Geoffroy Foumboula Libeka, « Une Majorité bloquante pour ne pas dire oui à tout »

Dans un contexte politique gabonais en pleine mutation, Geoffroy Foumboula Libeka, figure engagée et 4e vice-président de l’Assemblée nationale de la Transition, porte une initiative audacieuse : «  La Majorité Bloquante ». Ce mouvement citoyen, né de la dynamique du COPIL CITOYEN, se présente comme une alternative inédite aux partis traditionnels, visant à fédérer des candidatures indépendantes pour peser sur les débats parlementaires et locaux.

À travers cette interview exclusive accordée à notre rédaction, Geoffroy Libeka détaille les enjeux de ce projet aux allures de contre-pouvoir législatif,  rassure sur son positionnement face au pouvoir actuel,  tout en répondant aux critiques sur la viabilité d’un tel mouvement face aux machines politiques établies.



‎1-La Majorité Bloquante est présentée comme un Mouvement citoyen à l’assaut du Parlement et des Conseils locaux. Pouvez-vous nous expliquer un peu plus ce concept, et surtout l’élément déclencheur de cette initiative ?

La Majorité Bloquante, pour mieux la comprendre, nous devons revenir à sa genèse. En 2023, le COPIL CITOYEN, mouvement citoyen regroupant en son sein treize Gouvernances, dont la Gouvernance Politique, avait lancé, par l’intermédiaire de cette dernière, le programme CONQUÊTE GABON afin d’accompagner les citoyens dans leur participation au débat démocratique, en tant que candidats ou électeurs. Ce programme CONQUÊTE GABON avait fédéré le plus grand nombre de candidatures indépendantes, se positionnant au quatrième rang en termes de nombre de candidatures présentées aux élections législatives et locales, derrière le Parti Démocratique Gabonais (parti au pouvoir en 2023), l’Union Nationale (parti de l’opposition) et le Rassemblement pour la Modernité (parti de l’opposition).

‎Le contexte de 2023 étant différent de celui de 2025, la Gouvernance Politique du COPIL CITOYEN, tout en conservant l’esprit de CONQUÊTE GABON, a lancé le programme dénommé Mouvement LA MAJORITÉ BLOQUANTE. Il ne s’agit pas véritablement de quelque chose de nouveau, mais bien de la continuité de ce que nous avons entrepris en 2023, en suscitant l’implication des citoyens dans le débat démocratique en tant que candidats ou électeurs.

‎Le concept, vous l’avez compris, consiste simplement à offrir aux candidats indépendants une plateforme autour de laquelle ils peuvent se fédérer tout en partageant notre vision. Si vous êtes candidats indépendants, prêts et organisés pour entrer en compétition, vous êtes les bienvenus. De même, si vous êtes candidats et souhaitez bénéficier d’un appui technique et stratégique, vous êtes également les bienvenus, car ensemble, nous mutualiserons nos efforts pour atteindre l’objectif escompté.


‎2. En quoi votre expérience parlementaire a-t-elle influencé la création de la Majorité Bloquante ?

‎L’inspiration de disposer d’une minorité de blocage fondant l’esprit du Mouvement LA MAJORITÉ BLOQUANTE ne date pas d’aujourd’hui, et encore moins de mon passage au Parlement. Toutefois, j’avoue que mon expérience parlementaire m’a permis de mesurer l’impérieuse nécessité de garantir le débat démocratique au sein de la Maison du Peuple pour les premiers pas de la Ve République.

‎Le Parlement étant désormais composé de 215 parlementaires, il serait important de disposer d’une minorité de blocage de 49 députés sur 145 et de 24 sénateurs sur 70, soit un total de 73 parlementaires, afin de constituer une véritable sécurité parlementaire pour les citoyens et de garantir l’animation du débat démocratique au sein du Parlement.

‎3. Quels seront les grands thèmes que défendront les élus de votre camp ?

‎En tant que parlementaires, nous aurons à défendre 73 propositions de loi, que nous soumettrons au futur Parlement. Ces propositions viseront à modifier certaines lois existantes, mais aussi à en rédiger de nouvelles, afin de mieux garantir les intérêts des populations.
‎En tant que conseillers locaux, une fois investis dans nos mandats de maires et de présidents de conseils départementaux, nous travaillerons à transformer nos circonscriptions en véritables modèles de développement urbain.
‎L’ensemble de ces engagements converge vers un objectif majeur : aussitôt élus, nous mettrons en œuvre la Fonction publique parlementaire et la Fonction publique locale, pour professionnaliser ces administrations et renforcer leur compétitivité.

‎4. Votre mouvement ambitionne de couvrir tout le Gabon, même si dans une récente vidéo, vous parlez surtout de Libreville et de Port-Gentil. Avez-vous un programme d’installation des cellules dans les autres localités du pays?

‎Comme précisé dans votre première question, notre mouvement est ponctuel. Il fédère des candidatures indépendantes autour de nos idéaux et prendra fin une fois l’élection achevée.
‎Ainsi, les membres de la Majorité Bloquante qui souhaiteront prolonger leur engagement civique en dehors des activités liées à la Gouvernance Politique du COPIL CITOYEN pourront rejoindre l’une des treize (13) Gouvernances que compte cette instance.
‎Dans cette perspective, il n’est pas nécessaire de parcourir le pays pour installer des coordinations locales.
‎Concernant Libreville et Port-Gentil, respectivement capitales politique et économique du pays, LA MAJORITÉ BLOQUANTE nourrit l’ambition de transformer ces communes — une ambition que nous sommes pleinement en mesure de porter, tant sur le plan éthique que technique.


5. Certains jugent utopiste de contourner les grands partis pour se faire élire. Et particulièrement le parti de Brice Clotaire Oligui Nguéma, qui vous a pourtant portés aux différentes fonctions que vous occupées aujourd’hui. Que leur répondez-vous ?

‎Voyez-vous, nous sommes avant tout des acteurs civiques, et non des acteurs politiques. Ce n’est pas la politique qui nous a révélés, mais bien l’inverse. Notre passage au Parlement a contribué à faire émerger ce que l’on pourrait appeler la véritable politique. E la vraie politique ne consiste pas à induire en erreur celui qui vous fait confiance en disant OUI à tout. .

‎Le Président Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA, à travers ses nominations, m’a invité à me mettre au service de la Nation, en accomplissant ma mission avec probité, et non dans une logique de rétribution. Jamais, en près de deux années de Transition, le Président de la République, Chef de l’État, n’a présenté, ni à moi-même ni publiquement, ma nomination comme une monnaie d’échange contre tout. Ce n’es pas dans sa nature, à la lumière de ce que j’ai pu observer en près de deux ans de transition.


‎6. Dans une précédente interview, vous avez déclaré que ‘La Majorité Bloquante’ vise à ‘reprendre le pouvoir par les urnes pour bloquer les lois néfastes’. Pouvez-vous citer quelques exemples de lois ou de votes parlementaires récents que votre mouvement aurait cherché à bloquer s’il avait déjà été actif ?

‎(Rires) ! Non, pas du tout, il ne faut pas l’interpréter ainsi. Toutefois, notre positionnement part d’un constat clair : 
‎- La résurgence marquée des membres du parti politique déchu (PDG), qui ont, par voie parlementaire, modifié des textes fondamentaux issus des grands rendez-vous citoyens, faute de l’existence d’une minorité de blocage ; 
‎- La non publication des conclusions des enquêtes parlementaires, notamment celles portant sur les fonds liés au COVID19, également due à l’absence d’une minorité de blocage à cette période.
‎La création de la Majorité Bloquante n’a pas pour vocation de s’opposer à tout, mais essentiellement à ce que nous jugerons comme inopportun et non bénéfique pour la population.


‎7. Pour bloquer une réforme, ne devrez-vous pas parfois vous allier à des partis que vous dénoncez ? Autrement, pourrait-il y avoir des cas où ce type d’alliance serait acceptable ?

‎Une fois élus, nous devenons les parlementaires du peuple et non les représentants d’un camp politique ou des élus eux-mêmes. En réalité, il n’existe pas d’alliances au sein du Parlement, mais seulement des accords ou des désaccords autour d’un texte de loi, ou de toute autre proposition.
‎Voyez-vous, la nouvelle Constitution du Gabon libère les parlementaires de toute forme de joug. Avant celle adoptée en 2024, un parlementaire qui exprimait un vote contraire à l’orientation de son parti risquait de perdre son mandat. Cette nouvelle Constitution permet désormais à chaque parlementaire de voter en son âme et conscience, sans risquer de perdre son siège.

‎Dès lors, vous comprenez aisément que la seule alliance qui vaille est celle de la conscience de chaque parlementaire vis-à-vis du texte soumis à notre examen. Selon la nature du texte et la sensibilité des parlementaires, une minorité de blocage peut recueillir des voix issues de camps traditionnellement opposés, y compris pendant la campagne.


‎8. Votre mouvement promet une ‘démocratie participative’. Concrètement, comment les citoyens pourront-ils influencer les votes des futurs élus de la Majorité Bloquante ? Allez-vous mettre en place des consultations populaires en ligne, ou des initiatives de cette envergure ?


‎Il convient tout d’abord de souligner que cette Constitution est la première du Gabon, et l’une des rares en Afrique à consacrer pleinement et explicitement la démocratie participative. Elle introduit notamment le « référendum d’initiative locale », permettant aux citoyens d’une localité de se prononcer sur des projets liés à leur propre développement.
‎À notre niveau, nous nous engageons à prendre en compte les avis des populations, notamment à travers des instruments tels que les pétitions. Le niveau de signatures recueillies nous permettra, en notre qualité de parlementaires issus de la MAJORITÉ BLOQUANTE, de porter ces revendications au sein du Parlement.
‎En tant qu’acteurs civiques engagés, nous relayons les préoccupations des populations. Nous entendons intensifier cet engagement dans l’exercice de notre mandat parlementaire.

‎9. Selon la loi gabonaise sur le financement des partis politiques (Loi n°7/96), tout mouvement politique doit déclarer ses sources de financement. La Majorité Bloquante compte-t-elle s’y conformer? Pouvez-vous garantir qu’aucun financement étranger ne sera accepté, comme l’exige l’article 12 de cette loi ?

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‎Nous ne sommes pas un mouvement politique et, à ce titre, nous ne sommes aucunement soumis à la loi régissant les partis politiques. Toutefois, l’obligation légale de déclarer les sources de financement de campagne concerne l’ensemble des candidats, sans exception : les indépendants n’en sont pas exonérés.
Je suis un fervent défenseur de l’encadrement du financement des campagnes électorales afin de rétablir une forme d’équité entre les citoyens engagés aux échéances électorales. Je suis parfaitement en phase avec cette disposition que j’ai moi-même défendue.


‎10. Pour éviter les infiltrations politiques, vous exigez que vos candidats n’aient jamais été membres d’un parti. Mais comment vérifierez-vous cela ? Allez-vous collaborer avec la Direction Générale des Élections (DGE) pour auditer les parcours politiques des postulants, comme cela se fait au Sénégal avec l’ONEL ?

‎Les dispositions du Code électoral sont explicites à ce sujet : elles exigent de chaque candidat la signature d’une déclaration sur l’honneur attestant de sa non-appartenance à une formation politique. Le non-respect de cette exigence expose les contrevenants aux sanctions prévues par la loi, notamment des peines d’emprisonnement et de lourdes amendes.
‎Notre démarche consiste simplement à rappeler ces obligations légales à ceux qui souhaitent se présenter sous les couleurs de la Majorité Bloquante. Nul n’a la qualité ou la compétence pour s’assurer que X ou Y candidat est membre ou non de X ou Y parti politique.

‎11. Vous visez 30% des circonscriptions en 2025. Ce n’est pas rien. Où en êtes-vous avec les actions préalables de terrain ?

‎Le concept de la Majorité Bloquante est simple : il s’agit de ceux qui souhaitent être candidats et qui sont résolus à défendre leur circonscription en jouant un rôle central en tant qu’élus. Les actions préalables ne relèvent pas de nous, mais de chaque candidat ayant décidé de rejoindre la Majorité Bloquante, et qui prépare depuis longtemps son projet de candidature.


‎12. Le Gabon sort de nombreuses années d’élections contestées. Peut-on dire que les griefs d’autrefois ont définitivement été résolus ?

‎Il serait prématuré de l’affirmer, même si nous disposons d’un code électoral offrant des garanties suffisantes en matière de transparence, ainsi que de l’expérience d’une élection présidentielle 2025 couronnée de succès. Les enjeux sont toutefois différents, car il s’agit ici de scrutins qui opposeront plusieurs des acteurs auparavant unis autour de la candidature du président Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA. Parmi eux, force est de constater la présence significative de personnalités qui, tout au long du règne BONGO-PDG, se sont distinguées principalement par la fraude et des pratiques  honteuses pour se faire élire. Même si le cadre législatif permet de rassurer sur la transparence du scrutin, il n’en demeure pas moins que ce sont toujours les Hommes qui gèrent ce processus.


13. Quel message souhaitez-vous adressez au peuple gabonais, et peut-être à la foule aussi, en guise de conclusion ?

‎(Rire) A la foule, toujours aussi nombreuse derrière son clavier, attendant tout des autres citoyens, il est temps qu’elle fasse le pas pour devenir le Peuple, en étant citoyen modèle. Au peuple qui, comme le proclame notre hymne national, «au cœur de la forêt, demeure vigilant»,  merci de continuer à croire à un Gabon meilleur. Mais bien au-delà, à continuer à vous impliquer en vous inscrivant massivement sur les listes électorales et en votant utile le 27 septembre 2025.


‎Propos recueillis par Roger BIÈRE 

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