Environnement

Gabon : Braconnage, Paul Biyoghe Mba, « l’appel à une réévaluation des moyens et des lois »

Paul Biyoghe Mba, président de la Commission Environnement et Développement durable de l’Assemblée Nationale de Transition et ancien Premier Ministre du Gabon, lance un appel vibrant pour réévaluer les moyens et les lois afin de lutter efficacement contre le braconnage. Il met en lumière les défis et les solutions nécessaires pour protéger la faune gabonaise, soulignant que la perception locale du braconnage diffère souvent de celle des textes officiels.

Comment percevez-vous le problème du braconnage des animaux sauvages à l’Assemblée nationale ?

C’est un thème sensible à aborder avec beaucoup de retenue. Si l’on prend la définition du braconnage, elle ne correspond pas réellement aux mentalités de nos populations. Nos populations vivent de cueillette, de pêche et de chasse depuis toujours. Il y a encore énormément de familles au Gabon, dans toutes les provinces, qui chassent pour se nourrir. Avec la vie moderne qui rend tout marchand, beaucoup chassent du gibier ou pêchent pour vendre. Mais il faut protéger la faune et la flore, car si l’on utilise des moyens modernes de chasse, comme des fusils automatiques, on va tout décimer. Il existe des textes qui ont créé des parcs nationaux et des zones interdites de chasse. Normalement, à l’intérieur de ces parcs, ces activités ne sont pas autorisées, sauf dérogation. L’administration gabonaise a également instauré des périodes d’interdiction de chasse et de pêche, et certaines espèces sont protégées. Il y a donc un environnement législatif et réglementaire en place. Pour un occidental, tendre un piège pour attraper un porc-épic ou une gazelle est du braconnage. En tant qu’homme politique, je dois faire la part des choses. Peut-être que cette personne attrape ce porc-épic ou cette gazelle pour se nourrir. Ce n’est pas du braconnage en tant que tel. Mais dans les zones interdites de chasse ou de pêche, c’est illégal. Le grand braconnage, en réalité, ne concerne pas les nationaux. Ce sont surtout les expatriés qui viennent frauduleusement abattre du grand gibier, en particulier les éléphants, souvent avec la complicité des nationaux.

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La complicité des nationaux dites-vous ?

Il y a forcément des collusions. Un étranger ne peut pas venir comme ça et pénétrer dans nos brousses. Il faut quelqu’un qui connaisse les pistes forestières, qui sache où trouver des éléphants et comment sortir de la forêt. Il y a forcément des complicités, mais je ne sais pas à quel degré. Ce qui est certain, c’est que le dispositif législatif existe. Quiconque se rend complice d’un acte illégal, d’une chasse illégale, l’acteur principal et le complice seront poursuivis et sanctionnés.

Peut-on avoir une idée de l’enveloppe budgétaire que l’Etat gabonais alloue à la lutte contre le braconnage ?

C’est difficile à quantifier, car ces questions sont transversales. On ne concentre pas tout dans un seul ministère. Il y a les Eaux et Forêts, le ministère de la Mer et de l’Environnement, le ministère de l’Administration du Territoire, etc. Il y a beaucoup de choses à agréger. Je ne dirai pas que ces sommes sont importantes, mais elles existent.

Pensez-vous qu’il faut réévaluer ce budget ?

Forcément, oui. Pour que nous continuions d’avoir un leadership affirmé et reconnu en matière d’environnement et de climat, il faut investir dans ces domaines. Le Gabon est le deuxième pays après la RDC, dans le bassin du Congo, à avoir le plus de forêts. Il y a des problèmes liés à la conservation de cet écosystème. Nous avons beaucoup d’éléments et d’arguments pour mener ces politiques avec succès. C’est ce que nous faisons actuellement, mais il reste beaucoup à faire.

Depuis le début de votre législature, avez-vous eu des textes de lois visant à améliorer la lutte anti-braconnage ?

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Sur le braconnage spécifiquement, non. En revanche, nous avons un texte sur les parcs nationaux. Nous rédigeons actuellement une proposition de loi sur les parcs nationaux, et qui touchera forcément à la faune. Ce texte vise à promouvoir, sensibiliser, informer et former les personnes pour gérer nos espaces forestiers et marins. Nous mettons l’accent sur la formation de ces personnes et sur les moyens de déplacement. Les forêts sont étendues, il faut pouvoir se déplacer. Quand il y a des routes, il faut des moyens de locomotion. Et quand il n’y a pas de routes, il faut les créer. La nouvelle loi que nous rédigeons, une fois adoptée, permettra à l’exécutif, au pays et au parlement de mener des actions plus efficaces et immédiatement porteuses. La loi actuelle sur les parcs nationaux date de 2007. Beaucoup de choses ont changé depuis. Il faut donc adapter la loi.

La législation anti-braconnage du Gabon est-elle satisfaisante selon vous ?

Je voudrais être rigoureux. Satisfaisante, peut-être pas, mais elle a le mérite d’exister et freine beaucoup d’actes illégaux. Il faut améliorer cette loi anti-braconnage. Si on ne l’améliore pas, les braconniers continueront à sévir dans nos forêts, détruisant la faune et tuant de nombreuses espèces. Certaines espèces sont très menacées dans nos forêts. Il ne faut pas aggraver la situation. Vous me donnez l’occasion de revoir cette loi en profondeur. Je vais demander aux membres de ma commission de l’évaluer. Avant cet entretien, je n’avais pas enregistré beaucoup de plaintes à ce sujet.

Freddy EYOGUE

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